Quand sommes-nous spectateur, acteur et metteur en scène ? Dans tous les cas, nous agissons tout en regardant. Dans la photographie, il y a un jeu de l’image fixe. Nous produisons et observons avec émotions.

La photographe polonaise Eliza Krakо́wka porte cette énergie. Auparavant modèle, elle a choisi de se placer derrière l’objectif. Une façon de mieux regarder et comprendre.

Entretien avec Eliza Krakо́wka, photographe mais aussi DJ.

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Qu’est-ce qui vous définit le plus : la photographie ou la musique ?

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La photographie, sans aucun doute, même si je crois sincèrement qu’il est bon d’avoir plusieurs passions. Les passions élargissent notre perception et notre façon de vivre. J’aime me laisser emporter par la musique tout en contemplant le monde à travers mes images. Il y a des moments où je voudrais pouvoir prendre des photos en permanence. Certains lieux et certains instants possèdent quelque chose qui mérite d’être immortalisé.

Quand je photographie, mon univers se réduit à la personne qui se tient devant moi. Quand je joue de la musique, je ne fais qu’un avec la foule. Ce sont des énergies complètement différentes, et pourtant, toutes deux recherchent la même chose : une réaction. Je veux que les gens ressentent quelque chose. Même si c’est difficile, inconfortable ou peu esthétique. L’émotion doit être authentique.
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© Eliza Krakо́wka
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Vous avez une préférence pour la couleur ou le noir et blanc ?

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Je ne veux pas être défini par la couleur. La photographie est pour moi à la fois une forme de communication et d’expression. Tout dépend de l’humeur et du moment. Les images parlent d’elles-mêmes.
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La féminité est-elle votre sujet de prédilection ?

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Je pense que les femmes sont naturellement plus complexes émotionnellement, et en tant que femme moi-même, je les ressens et je les comprends. Nous, les Polonaises, portons en nous quelque chose de particulier. Parmi ces qualités, la force et l’autonomie, transmises de génération en génération, forgées en temps de guerre, lorsque les hommes partaient au combat et mouraient, et que les femmes devaient prendre en main la vie au foyer. Mais nous portons aussi un autre fardeau.

© Eliza Krakо́wka

Nous avons grandi dans un pays profondément catholique qui, pendant des années, nous a appris à avoir honte de notre propre corps. Nombre d’entre nous aspirent à retrouver notre nature sauvage et une certaine liberté. Ce désir ressurgit souvent lors des séances photo. Il existe aussi des qualités qui unissent les femmes du monde entier. C’est un sujet fascinant et inépuisable.

Dans mon travail quotidien, je suis photographe professionnelle et je réalise des reportages, des photos de mode et des portraits. Je photographie aussi des hommes. Mais les séances thérapeutiques sont mon refuge et une forme d’épanouissement spirituel, un espace où je me ressource autant grâce à des projets artistiques.

J’aime considérer la photographie comme un outil pour faire le bien.

Pendant ces séances, nous passons des heures ensemble – à parler, à rire. Et puis, je vois quelque chose changer chez la femme en face de moi. Elle regarde les photos et se voit, peut-être pour la première fois. Elle découvre son corps. Elle découvre sa beauté. Elle repart, les ailes déployées. C’est, pour moi, le plus beau dans ce travail.

Je m’engage aussi dans divers projets sociaux, notamment des portraits photographiques de femmes sans-abri. C’est un sujet profondément poignant, empreint de larmes et de tendresse.
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Que représente la nudité en image pour vous ?

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Pour moi, le corps est le reflet de ce que nous portons en nous. Chargé d’une énergie vivante et magnifique, il devient magnétique. C’est notre enveloppe, notre moyen d’expression. À travers lui, nous montrons nos sentiments, nous dansons, nous gesticulons, nous attirons les autres. Tout y est inscrit. Je perçois le corps comme un tout complexe et entier, et avec le temps, j’ai appris à aimer le mien.
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© Eliza Krakо́wka

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Faites-vous des autoportraits ?

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Pendant un temps, j’ai réalisé des autoportraits érotiques, et deux de ces photographies ont été exposées. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à photographier d’autres femmes. Depuis, je n’y suis pas vraiment revenue, même si j’ai acheté un déclencheur à distance dans cette intention.

Adolescente, j’étais moi-même mannequin, j’avais donc une certaine expérience de l’autre côté de l’objectif. Aujourd’hui, mes amis et moi avons pour petite tradition de nous photographier mutuellement de temps en temps. C’est un exercice rafraîchissant.
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La lumière est-elle votre personnage principal ?

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Le personnage principal est toujours la personne que je photographie. Tout est agencé autour d’eux. J’adore travailler avec la lumière naturelle, mais j’ai aussi une profonde affection pour les vieux flashs de reportage, puissants et caractéristiques. Chacun raconte une histoire différente.
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© Eliza Krakо́wka

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Que souhaitez-vous réaliser à présent ?

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Je souhaite continuer à évoluer en tant que photographe et parcourir le monde pour des séances photo exceptionnelles. Et, pour parler de choses plus simples, je veux simplement vivre pleinement ma vie, sans jamais avoir de regrets.
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© Eliza Krakо́wka
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