La photographie fascine car, tout en capturant la réalité, elle nous emmène vers d’autres univers, nous donne une autre lecture des faits. Oleg Kushnir est un photographe ukrainien qui explore les différentes facettes de l’image. Les espaces, les corps et le noir & blanc fusionnent afin d’offrir une autre harmonie.

Notre regard prend part à l’œuvre photographique. L’image devient alors plus réelle, plus troublante. La photographie, pourtant bicentenaire, a décidemment encore beaucoup à révéler.

Entretien avec Oleg Kushnir, artiste-explorateur.

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Dans un monde saturé de milliards d’images, qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans la photographie ?

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Ce qui me fascine le plus c’est la capacité de la photographie à figer le temps et à capter l’attention sur un instant précis. Nous voyons en effet des milliers d’images chaque jour. Pourtant, seules quelques-unes nous incitent à nous arrêter et à les contempler véritablement.

À travers mon travail, je m’efforce de créer non seulement des photographies mais aussi des expériences visuelles qui invitent à la réflexion et révèlent de nouvelles significations.
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© Oleg Kushnir
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Vous considérez-vous plutôt comme un technicien ou un artiste ?

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Je me vois avant tout comme un artiste. Il est vrai que la maîtrise technique est essentielle dans ce métier mais elle n’est qu’un outil au service d’une vision créative.

Ce qui compte le plus pour moi c’est l’idée, l’émotion et l’histoire qu’une image peut raconter. La technique contribue à donner vie à cette vision mais elle ne la définit pas.
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En 2022, vous avez présenté à Kyiv la plus grande collection de photographies miniatures (2×3 mm). Vous invitiez ainsi les visiteurs à une approche plus consciente des images. L’œil humain est-il un instrument de perception remarquable ?
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Absolument. L’œil humain est capable de percevoir bien plus que ce que nous nous autorisons habituellement à remarquer. Ce projet de photographie miniature visait à inciter les visiteurs à renouer avec une observation plus attentive.

À l’ère de la consommation rapide de contenus, je souhaitais rappeler que voir véritablement exige du temps, de la concentration et un engagement personnel.
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© Oleg Kushnir
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La même année, les troupes russes ont envahi l’Ukraine. Avez-vous photographié cette période chaotique ?
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Comme pour tous les Ukrainiens, l’invasion a représenté une épreuve personnelle profonde. Par une étrange coïncidence, mon exposition avait lieu à ce moment-là. Le 15 février 2022, j’ai reçu mon certificat officiel de record pour mon projet de photographie miniature.

Cependant, après l’entrée des troupes russes en Ukraine, mon envie de créer a disparu. J’ai perdu tout intérêt non seulement pour la photographie mais aussi pour la musique. Ce fut une période de déclin artistique difficile.

Avec le temps, j’ai compris que je devais consciemment renouer avec la création. La créativité est devenue un moyen de retrouver l’équilibre et d’aller de l’avant.
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Vous vivez à présent à Zurich. C’est une ville qui vous inspire ?

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Oui, absolument. Zurich possède une atmosphère unique de calme, de précision et de liberté créative. La ville offre la possibilité de se concentrer sur le processus créatif, d’observer et de découvrir de nouvelles sources d’inspiration.

L’architecture, la culture et la qualité de la lumière de la ville influencent ma vision artistique. Par ailleurs, je ne reste jamais trop longtemps au même endroit. Je voyage fréquemment. Grâce à ces déplacements, j’élargis sans cesse mes perspectives et je trouve de nouvelles idées.

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Le corps féminin est-il le personnage principal de votre travail ? Diriez-vous que la sensualité est l’un de vos thèmes de prédilection ?
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Le corps humain est l’une des formes d’expression artistique les plus puissantes. Dans mon travail, le corps féminin apparaît souvent non comme un objet mais comme un symbole d’émotions, de beauté, de force, de vulnérabilité et d’harmonie intérieure.

La sensualité est certes présente mais elle n’est jamais une fin en soi. Je m’intéresse davantage à l’interaction entre la lumière, la forme et la présence humaine.
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Après tant d’années de travail créatif, entretenez-vous une relation particulière avec la lumière ? Trouver la lumière idéale est-il devenu instinctif ou est-ce toujours un processus d’exploration ?
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La lumière demeure à la fois mon plus grand mystère et mon outil créatif le plus précieux. L’expérience me permet d’en percevoir plus rapidement les possibilités, mais chaque nouveau projet présente de nouveaux défis. Je continue d’étudier la lumière aujourd’hui encore. Elle a, selon moi, le pouvoir de transformer sans cesse l’espace, la forme et l’émotion au sein d’une image.
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© Oleg Kushnir

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Comment choisissez-vous vos lieux de prise de vue ?

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Un lieu doit renforcer l’idée sous-jacente d’une photographie. Je suis parfois attiré par l’architecture, parfois par l’atmosphère d’un lieu, et parfois par les qualités uniques de sa lumière.

Je recherche toujours des espaces qui s’intègrent au récit. Ils ne doivent pas uniquement servir de décor.
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La photographie en noir et blanc est-elle pour vous une forme d’art à part entière ?

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Oui. La photographie en noir et blanc possède un langage visuel différent. Elle élimine les distractions et permet au spectateur de se concentrer sur la forme, la texture, l’émotion et la lumière. Certaines histoires gagnent en puissance sans couleur car elles paraissent plus universelles et intemporelles.
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© Oleg Kushnir
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Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

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Aujourd’hui, je continue d’explorer les liens entre la lumière, le corps humain et notre propre perception des choses. Je souhaite réaliser de nouvelles expositions qui permettent de voir différemment la photographie et qui incitent les spectateurs à une observation plus approfondie.

Parallèlement, je compose de la musique, je réalise des vidéos et j’élargis constamment mes horizons créatifs en découvrant des lieux et des perspectives inédits.

Explorer de nouveaux environnements m’amène souvent à faire émerger des idées nouvelles et à percevoir le monde sous un jour entièrement nouveau.
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© Oleg Kushnir

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photo de couverture : © Oleg Kushnir

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