Les couleurs, les poses, l’environnement, les peaux… tout est essentiel dans le monde éblouissant de Sanja Marušić. A la fois Néerlandaise et Croate, la photographe explore les images avec une large palette d’émotions. Les couleurs s’étalent dans des lieux à la fois expérimentaux et familiers. Pourtant, chez Marušić, l’œuvre n’est pas de la science fiction mais bien un écho à notre présent.
« Sanja Marušić – The Endless coloured ways » (Editions Hannibal Books – 2023) est un grand hommage aux couleurs et aux formes. La beauté est partout autour de nous. Il faut juste regarder plus attentivement.
Entretien avec Sanja Marušić, photographe des émotions colorées.
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Vous considérez-vous comme une photographe-conteuse ?
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Pas vraiment. En tout cas, pas au sens narratif traditionnel. Je ne souhaite pas raconter une histoire linéaire. Je veux en fait créer un espace où émotions, souvenirs et sensations peuvent coexister.
Mes images naissent souvent d’une émotion plutôt que d’une intrigue. De plus, j’aime laisser place à l’ambiguïté pour que les spectateurs puissent s’approprier l’œuvre et compléter eux-mêmes le récit.
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Les couleurs vives sont omniprésentes dans vos compositions. Est-ce une sorte d’échappatoire à notre monde souvent bien terne ?
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La couleur est un langage pour moi. Par contre, ce n’est pas une fuite de la réalité, mais une autre façon de la vivre.
Les couleurs ont le pouvoir de transformer des lieux et des situations familiers en quelque chose de plus émotionnel, de plus onirique. Elles me permettent de mettre en lumière la beauté, l’étrangeté et l’intensité qui nous entourent. Si mon travail donne l’impression d’être une fenêtre colorée, c’est peut-être parce que j’invite les gens à regarder le monde avec une sensibilité différente.
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Les autoportraits et les figures sans visage reflètent-ils aussi une part de votre identité, de votre état d’esprit ou même de votre propre vécu ?
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Absolument. Même lorsqu’une figure est anonyme ou sans visage, il y a souvent quelque chose qui m’est personnel dans l’image. L’autoportrait me permet d’explorer directement mes propres émotions au même titre que mes questionnements.
Quant aux figures sans visage, ils offrent un espace plus universel. Elles peuvent être moi, mais elles peuvent aussi être n’importe qui d’autre. J’apprécie cet équilibre entre le personnel et le collectif.
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Les lieux sont-ils aussi importants que les figures ? Chaque voyage est-il une nouvelle expérience visuelle ?
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Les lieux sont extrêmement importants pour moi. Je ne considère jamais les paysages comme de simples décors. Ils participent activement à l’image.
Un lieu possède sa propre énergie, son histoire et son atmosphère – et ces éléments influencent la photographie finale autant que les personnes qui s’y trouvent.
Voyager est toujours une expérience visuelle pour moi, car cela modifie ma façon d’observer. Les nouveaux environnements remettent en question mes habitudes et m’amènent souvent à des idées et des liens inattendus.
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Êtes-vous parfois surprise par votre propre travail ? Vous sentez-vous comme une spectatrice pendant les prises de vue ou la post-production ?
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Oui ! Et je pense que la surprise est essentielle. Je commence souvent avec une vision claire, mais les moments les plus intéressants surviennent lorsqu’un élément inattendu s’immisce dans le processus. Cela peut être un geste, un changement de lumière, une coïncidence dans le paysage.
Aussi bien pendant la prise de vue que pendant le montage, il m’arrive de prendre du recul et d’observer plutôt que de contrôler. À ces moments-là, je me sens comme spectatrice, découvrant quelque chose qui était resté caché dans l’œuvre depuis le début. Ce sentiment de découverte rend le processus passionnant à mes yeux.
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Photo de couverture : © Sanja Marušić






