Publicitaire, illustrateur pour la littérature jeunesse, Louis Alloing a multiplié les fonctions. Fidèle compagnon de route du scénariste Rodolphe, il est aujourd’hui dessinateur de l’adaptation BD du roman allemand « Deux dans Berlin » (Éditions PICTAVITA – 2026). Alors que le IIIème Reich s’effondre, un policier nazi traque un fugitif. « Deux dans Berlin » est un récit de chasses à l’homme et de survie. Rodolphe et Louis Alloing y installent un climat anxiogène et un trait impeccable. La bande dessinée est décidément un genre qui a tant à révéler.

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Entretien avec Louis Alloing, dessinateur de « Deux dans Berlin ».

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La bande dessinée a-t-elle été une évidence ?

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Dès l’école primaire, je réalisais mes propres bandes dessinées. J’ai étudié les arts appliqués au lycée à Marseille puis à Paris à Olivier de Serre. Lorsque j’ai dû trouver un travail, je me suis tourné vers l’univers de la publicité. Savoir dessiner était un atout. J’ai commencé comme maquettiste puis je suis devenu directeur artistique.

Ce n’est que plus tard que je deviens illustrateur et dessinateur de bande dessinée chez Bayard.

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Y’a-t-il un temps d’adaptation lorsqu’un dessinateur doit réaliser un livre de littérature jeunesse ?

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Bayard était à la fois une maison d’éditions et de presse, je devais à chaque fois m’adapter. Le style était plutôt ligne claire et en effet orienté vers la jeunesse. J’en ai tenu compte.

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« Dans la secte » a-t-il été un livre à part ?

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Oui. Depuis un certain temps, je souhaitais réaliser un roman graphique. Une de mes amies avait été une victime de l’Eglise de Scientologie. Le Conseil National du Livre a accepté de nous suivre moi et le scénariste Pierre Henri. Nous avons choisi de n’utiliser que deux couleurs.

Le dessin restait tout de même assez proche de la littérature jeunesse. Mon regret était que mes personnages avaient de trop grosses têtes. J’aurais voulu proposer un dessin plus réaliste car le sujet était grave.

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En 2006, vous reprenez le dessin de la série Marion Duval. Y’a-t-il eu un moment d’adaptation ?

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Le dessinateur d’origine était Yvan Pommaux. Certes la série Marion Duval était pour un public jeune mais c’était un dessin assez réaliste. J’étais à l’époque éloigné de ce style. Mon premier album fut « Photo Fatale » (2006) mais il a fallu du temps pour m’adapter au trait d’Yvan Pommaux.
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© Bayard
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Avec la série des Aventures des Moineaux, vous commencez un long partenariat avec le scénariste Rodolphe. Comment travaillez-vous ensemble ?
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Pour chaque nouveau projet, nous déjeunons d’abord ensemble. Rodolphe est un scénariste très précis mais qui donne tout de même de la liberté au dessinateur. Les échanges sont très naturels.
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« La Marque Jacobs » est-il votre hommage à la ligne claire ?
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Le projet était certes une biographie sur un grand maître de la ligne claire, Edgar P. Jacobs. Cependant, je souhaitais proposer un style de dessin différent. Les éditions Delcourt m’ont persuadé de finalement m’approcher du style ligne claire.

On peut retrouver des échos à mon travail sur la série Marion Duval. Avec « La Marque Jacobs », j’ai tenu à garder ma signature.

Malheureusement, la couverture du livre n’a pas plu aux héritiers de Jacobs. Il y avait beaucoup trop de clins d’œil, de références. Nous avons dû la changer pour la seconde édition. La nouvelle couverture est plus modeste.   

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© Delcourt

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Avec « Demain », le dessinateur brésilien Léo devient co-scénariste. Comment se passe le travail ?

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Que ce soit avec Rodolphe et Léo, nous travaillons très bien ensemble. Toutes les séries de ce duo de scénaristes sont variées. Il y a toujours 5 albums. Il est logique pour eux de choisir un dessinateur différent.

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Les couvertures doivent-elles être époustouflantes ?

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Un grand nombre de bandes dessinées sont proposées chaque semaine. Dans une librairie, la couverture doit attirer l’œil du lecteur. Je garde mes réflexes de publicitaire. La couverture doit amener le rêve et l’envie de lire l’histoire.
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© Delcourt

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« Deux dans Berlin » est l’adaptation d’un roman des historiens Richard Birkefeld et Göran Hachmeister. La bande dessinée se devait-elle d’être réaliste ?
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Mon épouse avait lu le roman lors d’un voyage en train. Elle m’a conseillé de l’étudier. J’ai tout de suite voulu l’adapter en bande dessinée. Rodolphe a accepté de réaliser l’adaptation. Il a réussi l’exploit de transposer un si gros roman en un album BD.

Le projet est également particulier puisqu’il a duré en tout plus de 3 ans. Je réalisais d’autres albums en même temps.

J’ai tenu en effet à être proche du Berlin de 1945. Je me suis mis à la recherche de photographies et d’iconographies de l’époque. Le public est redoutable face aux approximations historiques. Mon style graphique reste proche de la ligne claire mais, au vu de l’intrigue, je voulais être le plus crédible possible.

A titre d’exemple, j’ai tenu à dessiner les abris antiaériens de façon réaliste. Birkefeld et Hachmeister, bien qu’historiens allemands, savaient peu de choses sur le sujet. J’ai dû chercher la moindre documentation pour pouvoir m’aider.
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© PICTAVITA

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Quel est le rôle du rouge dans ce récit en noir & blanc ?

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Il a plusieurs fonctions. Le rouge accentue la colère des personnages. Il met également en lumière le sang, les brassards et les drapeaux nazis.
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Quelles sont les femmes de vos bandes dessinées ?

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Je reste fidèle au scénario. Il n’y a jamais de type de personnages définis qui revient sans cesse dans mes albums. J’aime toujours dessiner de nouvelles silhouettes et figures.

Pour « Deux dans Berlin », le visage de Meryl Streep a pu m’influencer pour Merit, l’épouse du policier nazi. Je m’inspire rarement d’une photographie. Je laisse mon instinct me guider.
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© PICTAVITA

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Le mal dans « Deux dans Berlin » est-il une réalité ?

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Les scènes d’amoncellement de cadavres furent assez éprouvantes à dessiner. Cependant, « Deux dans Berlin » est un roman noir et la mort est forcément omniprésente. Difficile d’y échapper.
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Quels sont vos projets ?

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Je travaille sur une autre série avec Rodolphe et Léo. Elle s’appelle Ailleurs. Le premier album sortira à la fin de l’année.

Si j’ai le temps, je souhaite également adapter un nouveau roman policier en bande dessinée. Il a été question de faire une suite de « Deux dans Berlin » mais j’aimerais étudier une autre époque que la Seconde Guerre mondiale.
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© Brieuc Cudennec

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Image de couverture : © PICTAVITA

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