Il y a des projets artistiques qui méritent le plus grand intérêt car ils sont le fruit d’un travail et même d’une réflexion à plusieurs. C’est le cas des œuvres de Liubov Lukashenko et Yevhenii Ivanchenko – photographes ukrainiens et couple à la ville.
Varsovie, Berlin, Los Angeles, Paris… Le monde entier est ce qui les inspire. Devant leur objectif, les détails deviennent des rôles principaux, des regards ou des poses se transforment en beauté.
Entretien avec Liubov Lukashenko et Yevhenii Ivanchenko, photographes-poètes.
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Depuis quand vous êtes-vous passionnés pour la photographie ?
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Yevhenii Ivanchenko : Pour Liubov, cela fait 12 ans ; pour moi, environ 11 ans.
Liubov Lukashenko : C’est un parcours assez intéressant. J’ai commencé à me passionner pour la photographie lorsque j’étais adolescente.
Je prenais des photos pour mon propre plaisir et je participais à divers projets photographiques en tant que modèle. Le résultat ne me satisfaisait jamais. Je me suis alors demandé ce que cela donnerait si, à mon tour, je prenais l’appareil pour photographier d’autres personnes.
Mon père m’a offert un appareil photo semi-professionnel – juste pour essayer. Une fois lancée, je n’ai plus pu m’arrêter.
Yevhenii Ivanchenko : Au départ, musicien, je souhaitais créer mes propres images pour les pochettes de mes sorties musicales. En explorant la ville, appareil en main, je suis tombé amoureux de l’idée de devenir un vrai photographe.
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Vous considérez-vous comme des conteurs ?
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Liubov Lukashenko : Il est très difficile de raconter une histoire complète en une seule image. Chaque projet est unique, tout comme chaque personne. Il est vrai que j’aime créer des séries de portraits pour raconter l’histoire de quelqu’un. Parfois, j’invite des personnes à participer à mes projets personnels pour raconter ma propre histoire. C’est fascinant d’observer la transformation d’une personne, du début à la fin d’une séance photo.
Trouver de la beauté en chacun est une source d’inspiration constante pour moi.
Yevhenii Ivanchenko : Parfois, on crée simplement une belle image puis l’histoire émerge plus tard. Elle se révèle — ou non — à travers le regard de celui qui la contemple.
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Vous êtes un couple qui travaille ensemble.
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Yevhenii Ivanchenko : Oui, les deux dernières années passées à Los Angeles ont profondément changé nos vies. Désormais, nous travaillons ensemble sur presque toutes nos séances photo. Nous continuons toutefois à mener nos propres projets. C’est un peu comme si nous menions une carrière en solo et en duo simultanément.
Liubov Lukashenko : J’apprécie aussi de découvrir une autre facette de la photographie à travers son regard. Nous partageons tous les deux le goût de raconter des histoires et d’explorer davantage le champ artistique. Lorsque nous travaillons ensemble, notre vision prend une tout autre ampleur.
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Vous avez vécu à Kharkiv. Comment avez-vous utilisé votre appareil photo en tant que témoin de l’invasion russe et de la résistance ukrainienne (puis, par la suite, en Pologne et en France) ?
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Liubov Lukashenko : J’étais alors en Pologne pour un mois. J’y ai participé à quelques manifestations en tant que photographe, afin de documenter ce qui s’y passait.
Il m’était assez difficile de faire de même en Ukraine, en raison — dirais-je — d’une certaine instabilité émotionnelle. Dans l’ensemble, c’est un sujet très délicat pour moi car il est douloureux.
La guerre nous a transformés plus que toute autre chose.
Nous avons vécu la guerre. Quand je repense à cette période, l’émotion est très forte et la douleur est bien présente.
En tant qu’artistes ukrainiens, notre objectif est de parler de l’Ukraine, de son peuple et de notre culture. Nous voulons faire exister notre art à l’échelle mondiale, pour que le monde entier puisse entendre nos voix.
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Trouvez-vous le temps d’échanger avec les modèles et les maquilleurs avant les séances photo ?
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Liubov Lukashenko : Je considère la préparation comme l’étape la plus importante. Lorsque nous organisons un projet, il est indispensable de discuter en amont et de concevoir des planches visuelles (moodboards) complètes, afin que chacun puisse bien saisir la nature du projet.
Plus l’équipe est solide et la préparation rigoureuse, meilleur sera le résultat final.
Les membres de l’équipe peuvent apporter des idées nouvelles, auxquelles on n’aurait peut-être même pas songé, car chacun est un expert dans son domaine. Il est essentiel d’écouter leurs avis sur le maquillage, la coiffure, le stylisme, etc. ; il y a tellement de rôles cruciaux sur un plateau.
Yevhenii Ivanchenko : Il est impossible d’être préparé à 100 % ; il est crucial de laisser de la place à l’improvisation et à l’imprévu. C’est précisément ce qui confère une dimension humaine à l’image.
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Est-ce que Paris vous inspire ?
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Liubov Lukashenko : Oui, oui et oui. J’adore cette ville ! Nous sommes désormais installés à Paris.
Yevhenii Ivanchenko : C’est une ville qui possède un véritable héritage. Cela en fait un lieu idéal pour les photographes. Les opportunités y sont également nombreuses.
Paris est foisonnant de détails en tout genre. Nous adorons cela. J’ajouterais que c’est la ville des reflets : on y trouve énormément de miroirs ainsi que des reflets sur le sol. Nous aimons jouer avec tout cela.
Liubov : Lorsque vous sortez dans la rue avec votre appareil photo, vous pouvez créer de l’art. Car, selon moi, l’art est un reflet de nous-mêmes.
Au cours des deux dernières années — une période qui inclut notre séjour à Los Angeles — nous avons vécu des expériences très variées. J’ai le sentiment que nous avons mûri.
Aujourd’hui, nous percevons la ville différemment de lors de notre précédente visite.
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Le corps humain est-il, pour vous, un élément central ?
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Liubov Lukashenko : Pas seulement le corps, je dirais plutôt le mouvement – ou encore la manière dont une personne regarde l’objectif.
En général, je guide les modèles durant la séance photo ; je les aide toujours à trouver la bonne pose.
Au début du shooting, j’aime observer ce que la personne propose naturellement, puis je travaille en suivant ce mouvement.
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Capturer la lumière idéale représente-t-il un véritable défi ?
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Yevhenii Ivanchenko : C’est en effet parfois un véritable casse-tête. Même après tant d’années de pratique, il existe encore une infinité de façons de travailler la lumière.
Liubov Lukashenko : Trouver la lumière adaptée à une personne en particulier est un vrai défi car nos visages ont des formes bien différentes, tout comme nos structures osseuses. Une lumière qui convient à quelqu’un peut ne pas fonctionner pour une autre personne.
C’est particulièrement vrai dans le domaine de la mode — une discipline à part entière au sein de la photographie. Il faut comprendre la nature de la lumière et trouver la technique adéquate pour concrétiser une idée précise. On peut ainsi créer des atmosphères et susciter des émotions.
À mon sens, la lumière n’est pas le seul élément important. Les ombres le sont tout autant.
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J’ai remarqué que vous portez un intérêt particulier à la peau.
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Liubov Lukashenko : Chaque personne possède également une carnation unique. Il est de plus très intéressant d’explorer une personne à travers sa peau. En tant que photographe, j’ai participé à de nombreuses séances photo axées sur la beauté, et j’adore observer cette transformation. J’aime montrer la personne de la manière la plus naturelle possible. La peau, en soi, est comme un monde à part.
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Que souhaitez-vous réaliser à présent ?
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Yevhenii Ivanchenko : Nous avons énormément d’idées tant pour des travaux éditoriaux dans le domaine de la mode que pour des projets personnels. Ces derniers sont en cours. Ils doivent être finalisés et publiés.
Nous vouons une grande passion pour les fleurs. C’est d’ailleurs l’une de nos séries photographiques que nous tenons absolument à terminer et à dévoiler.
Liubov Lukashenko : J’aimerais aussi explorer plus en profondeur l’univers de la macrophotographie. C’est un domaine totalement nouveau pour nous. J’espère que notre projet autour des fleurs pourra, un jour, faire l’objet d’une exposition.
Les êtres humains, les fleurs et les animaux constituent notre plus grande source d’inspiration.
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Photo de couverture : © Liubov Lukashenko & Yevhenii Ivanchenko







