Véritable genre à part entière, le roman graphique a bouleversé depuis ses dernières années la littérature. Le dessin accompagne le texte et vice-versa. L’histoire dépasse largement le format type de la bande dessinée.
De nombreux-ses artistes sont devenus des maîtres incontestés du genre. Deb JJ Lee, artiste new-yorkaise d’origine coréenne, fait partie de celles et ceux qu’il faut suivre avec grand intérêt. Dans « In Limbo » (2024 – Editions Akileos), elles/ils [nous utilisons la 2ème personne du pluriel pour parler et pour s’adresse à l’autrice] narrent la vie de Deborah/Jung Lee, jeune lycéenne.
Ses amitiés changent, évoluent, se brisent. Elle n’arrive plus à suivre en cours. Deb n’aime pas non plus ses yeux. Les disputes avec sa mère dégénèrent. Elle est coincée dans les limbes, prisonnière du vide, sans le moindre refuge. Sa santé mentale s’effondre. Confrontée à une telle souffrance, elle tente de se suicider.
Mais Deb est forte. Elle veut guérir. Elle essaye.
« In Limbo » est un voyage passionné et passionnant qui donne une part magnifique au dessin.
Entretien avec Deb JJ Lee, dessinatrice-voyageu(r)se.
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Bien que « In Limbo » soit une autobiographie, a-t-il été difficile de transposer sa propre histoire sous forme de roman graphique ?
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Pour ce qui est de dessiner les planches, pas vraiment. Je pense déjà en images, alors j’ai simplement dessiné ce qui me venait à l’esprit. Mais lorsqu’il s’agit de transformer des événements réels en un récit destiné à des lecteurs, il est essentiel d’ajouter ou de supprimer certaines scènes dans le but de maintenir l’intérêt et la cohérence. Parfois, il est aussi judicieux de fusionner des séquences pour éviter les répétitions ! Par exemple, dans la première version de « In Limbo », je décrivais plusieurs interactions avec des personnes réelles qui aboutissaient toutes au même résultat. Il m’a semblé plus pertinent de les regrouper en une seule scène, même si, dans la réalité, les choses ne se sont pas déroulées ainsi.
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Comment l’idée de la couverture (riche en couleurs et en éléments fantastiques) a-t-elle germé ?
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L’expression en anglais « In Limbo » évoque pour moi un état de transition. Et comme j’avais dessiné de l’eau au début du livre — un choix qui m’est venu très naturellement ! — cela tombait sous le sens. L’eau, par sa nature réfléchissante, offre par ailleurs un prétexte idéal pour utiliser une grande variété de couleurs.
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À l’exception de la couverture, le livre ne comporte qu’une seule couleur. Est-ce le reflet d’un état d’esprit particulier ? Leurs autres projets sont, quant à eux, très colorés. La couleur est-elle une composante essentielle de leur identité artistique ?
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Pas du tout – c’est juste que j’avais peur de la couleur ! Par ailleurs, ce choix me semblait parfaitement cohérent avec le titre du livre (rires).
Mon éditrice m’a suggéré d’ajouter une seconde couleur. Mais, déjà très intimidée à l’idée de réaliser un ouvrage de 330 pages, j’ai préféré décliner sa proposition. Le projet a été réalisé en 2019. Depuis 2022, j’ai gagné en assurance et l’utilisation de palettes de couleurs audacieuses est devenue une caractéristique qui me permet aujourd’hui d’être facilement identifiable !
Ça tombait bien, car c’est à cette période que j’ai entamé mon roman graphique suivant — destiné à un public plus jeune — qui, pour le coup, exigeait une palette multicolore.
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Le silence est-il, en quelque sorte, un personnage à part entière dans « In Limbo » ? On a l’impression que les personnages ont du mal à se confier aux autres.
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C’est une façon intéressante de voir les choses. Je pense que, parfois, une page blanche en dit plus long qu’un dialogue. Comme on dit, le silence est d’or !
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Dans « In Limbo », le séjour en Corée du Sud semble si agréable et appétissant (il y est beaucoup question de nourriture). Était-ce la partie la plus plaisante à réaliser ?
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C’est amusant que vous disiez cela car j’ai eu du mal à rendre la nourriture appétissante sur des pages monochromes. D’un autre côté, c’était plus simple, car je pouvais m’appuyer sur mes propres références photographiques ; je n’avais donc plus besoin de trop réfléchir. Réaliser des ouvrages aussi longs peut être vraiment épuisant.
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Est-ce ce lien fort avec la Corée du Sud qui a inspiré leur deuxième bande dessinée, « The Other Side of Tomorrow » ?
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Ce n’est pas moi qui ai écrit cet ouvrage – c’est l’autrice Tina Cho ! La maison d’édition m’a transmis le manuscrit après avoir découvert mon travail sur Twitter et appris que j’étais d’origine coréenne. J’ai accepté car le parcours des réfugiés nord-coréens a suscité ma curiosité. Le projet représentait également un défi : il fallait dessiner en utilisant des références difficiles à trouver dans le domaine public.
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La bande dessinée française leur inspire-t-elle toujours ?
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Pour être honnête, ce n’était pas le cas au moment de la création. Mais, grâce à une tournée en France organisée par mon éditeur, Akileos (!!!), j’ai pu découvrir plusieurs ouvrages et réaliser à quel point la bande dessinée française est riche, belle et d’une grande qualité. J’admire beaucoup la place qu’occupe la bande dessinée dans la vie quotidienne des Français, quel que soit leur âge — une réalité qu’on ne soupçonne même pas ici, aux États-Unis.
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Quels sont leurs prochains projets ?
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Je travaille sur quelques albums illustrés qui paraîtront bientôt ! Le premier, intitulé « Infinity in Your Hand », sortira aux États-Unis en avril 2027. Il y en a un autre, dont je ne peux pas encore dire grand-chose, si ce n’est qu’il est réalisé en collaboration avec un auteur que j’admire énormément.
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Image de couverture : © Akileos Editions







