Au cœur des steppes de Mongolie aux paysages détruits de l’Ukraine en guerre – en passant sous nos propres jupes, Robin Block de Friberg est un photographe-aventurier.
Mais que recherche-t-il avant tout ? Eh bien l’humain. Parfois, Block de Friberg est allé à la rencontre afin de mieux comprendre son monde. La photographie reste un médium qui fascine car il capture des moments que nous n’avons pas pu observer.
Entretien avec Robin Block de Friberg, photographe au cœur de l’humanité.
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Vous avez effectué un voyage de 2 ans autour du monde. Ce périple a été important pour votre conception des images ?
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Dès l’enfance, je voulais « aller voir ailleurs ». Pour mieux comprendre, pour tout simplement voir. J’avais découvert la photo avec un livre, que malheureusement je n’arrive plus à retrouver, qui était un reportage sur des cueilleurs de miel en Amérique latine. Lors de la récolte, les hommes montaient dans des immenses arbres.

Je tournais les pages avec passion. Je regardais de nombreux reportages et j’ai eu une fascination pour les films Indiana Jones.
J’ai commencé par une licence de cinéma documentaire. Puis, je me suis dit qu’il fallait que je réalise ce rêve d’enfant : découvrir par moi-même le monde. Et je suis parti avec un projet photographique en tête. Dans chaque pays, je devais remettre 5 appareils photo jetables à des personnes locales. Ce qui me permettait, moi, d’entrer dans leur intimité sans les bousculer et de découvrir leur regard. Je revenais sur les lieux et ainsi je réalisais un regard croisé et échangé en développant leurs photos et en mettant en parallèle les miennes. Pourquoi pas un jour en faire une exposition ?
C’est ainsi que je me suis formé à la photographie – de manière autodidacte. Avec un premier appareil photo que je ne maîtrisais pas totalement, en utilisant l’argentique et le numérique.
Je pense que mon œil et mon ouverture d’esprit se sont développés ainsi.
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Quel pays vous a marqué à ce moment-là ?
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Il est difficile d’en choisir un. La Mongolie, le Japon, la Bolivie, la Russie d’avant l’invasion en Ukraine ont été de véritables chocs pour moi. Après 2 ans de périples, je suis revenu en France pile au moment de la pandémie de Covid-19.
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Qu’est-ce qui vous fascine avec le visage ? Est-ce une difficulté d’être photographe lorsque tout le monde est familier avec les portraits ?
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Aujourd’hui, un grand nombre d’entre nous a un rapport avec l’image dès la naissance. Ainsi la fille de mon cousin ne sait pas encore écrire parfaitement mais sait déverrouiller l’écran d’un iPad, le mettre sur appareil photo et se prendre en photo.
De nos jours, tout le monde a un sens du cadre, souvent un sens de l’image. Dans un monde d’images surreprésentées, il y a de l’image partout autour de nous.
En tant que photographe, afin de capturer un moment naturel, je dois me faire oublier. Pour cela, j’ai besoin d’un temps de connaissance avec la personne, de la mettre à l’aise, de faire partie de son quotidien et même tisser un lien pour qu’ensuite je puisse sortir mon appareil photo de manière spontanée. Ce qui ne m’empêche pas d’aimer aussi faire des portraits en studio ou à la volée sur le terrain. Tout est une question de confiance et/ou de chance.
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Vous n’aurez jamais terminé avec les visages ?
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Je pense que l’humain sera toujours au cœur de mon travail, parce que cela reste malgré tout une créature mystérieuse. Comprendre l’humain c’est se comprendre soi-même.
Même dans ma série “Sous les juges”, traitant du consentement sexuel, le sujet reste l’humain et sa liberté.
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Avec la série « Des néons qui s’éteignent », vous avez photographié les lieux emblématiques du Paris sexuel. Vous parlez d’âme érotique. Le désir est-il en voie de disparition ?
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J’ai effectivement traité de la disparition des sex-shops. La majorité de la population souhaite ne plus voir de tels lieux. A moins de 500 mètres d’une école, la loi ferme les sex-shops.
Ces anciens lieux de plaisir sont maintenant réticents à des reportages photos. Aujourd’hui, la réalité est multiple et de nouveaux modes de vie et de relations coexistent. Le désir perdure mais on s’autocentre. La pornographie sur Internet explose. Cela donne de mauvaises visions de la sexualité et de la relation avec autrui.
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Il y a notamment cette photo d’une machine à pièces. C’est encore marqué en franc. C’est une machine à pièces. Les lieux parisiens du plaisir sont-ils devenus des musées poussiéreux ?
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C’est vintage. Rien n’a vraiment changé depuis des années. Nous sommes témoins d’une disparition. Les sex-shops sont remplacés par des love-shops. Ces lieux sont softs, visuellement acceptables et les vitres ne sont pas teintées – ce qui les normalise.
La clientèle des sex-shops est vieillissante mais ce sont des endroits où on peut encore parler, et conseiller.
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La série « Sous les Jupes » a-t-elle été une libération ?
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Tout est venu du Japon, pays toujours conservateur. Tous les téléphones là-bas sont calibrés pour déclencher une alarme sonore ou lumineuse dès qu’on veut prendre une photo. Il s’agit d’un système mis en place pour traquer les pervers dans les transports en commun.

En rentrant en France, j’ai alors eu l’idée de la série « Sous les jupes » afin de détourner et de dénoncer ce phénomène de “upskirting” qui consiste à prendre des photos des parties génitales sans consentement. Ce fut une grande expérience pour moi car j’ai parfois dû aborder des inconnus.
La jupe dépasse les genres. Depuis des millénaires, elle fait partie de multiples cultures. Les hommes portent le kilt ou le pagne. Un soir, j’ai vu cet ami en jupe. Il semblait si à l’aise et confiant. Nous avons parlé et je l’ai convaincu de prendre en photo son intimité et lui ai proposé de participer au projet. J’ai ensuite continué avec des gens croisés dans la rue ou en soirées – toujours avec leur consentement.. J’utilisais une caisse afin de surélever mes modèles. Certaines images ont été réalisées en studio.
A chaque fois, ce fut un cadeau. De temps en temps, je ne pouvais qu’enclencher mon appareil photo sans regarder avec mes propres yeux. Je réalisais l’image à l’aveugle quitte à en oublier le visage même du participant. Même pour moi, avec le temps, il y avait un aspect anonyme. De plus, avec l’argentique, vous ne voyez pas l’image tout de suite.
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Vivons-nous selon vous dans un monde fini ?
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Je reviens de Kyiv où les bombardements sont quasi-quotidiens. Lorsque je vois mes photographies notamment en noir & blanc, j’ai l’impression de regarder un monde dystopique, en perdition. Pourtant, j’ai photographié le vivant plein d’espoir dans un monde détruit. J’ai rencontré des Ukrainiens remplis de force et de combativité.
Je crois que les nouvelles générations seront moins pessimistes et plus renseignées que nous. J’espère moi-même un avenir plus optimiste auquel je veux participer.
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Photo de couverture : © Robin Block de Friberg







