Genre incontestable et pourtant souvent caché, la littérature érotique s’est enrichie au fil du temps. Au cours du palpitant XVIIIème siècle, les écrits coquins se mélangent à ceux plus politiques des Lumières. Nombreux écrivains célèbres et populaires vont à leur tour raconter des scènes torrides. Le genre érotique permet aussi de se raconter, de mieux se comprendre.

Par ses mots, son rythme d’écriture, Léa Grosson bouscule les esprits, éveille les désirs. La littérature est décidément une magie qui continue de nous troubler.

Entretien avec Léa Grosson, écrivaine et conteuse.

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Quelle est votre relation avec la littérature érotique et pourquoi avoir décidé de franchir le pas de l’écriture ?
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J’ai toujours eu une relation très forte avec la littérature. Je lis énormément depuis l’enfance et, toute petite déjà, je fabriquais mes propres livres en rêvant de devenir un jour écrivaine. J’avais même tenté d’écrire un premier roman vers mes 20 ans, mais je l’avais rapidement abandonné.

Ma rencontre avec la littérature érotique est arrivée bien plus tard, peu avant mes trente ans, et elle a été une véritable révélation. Je me souviens avoir été bouleversée par mes premières lectures, par leur capacité à provoquer des émotions, mais surtout des sensations physiques extrêmement fortes. J’ai découvert à quel point les mots pouvaient éveiller le désir, stimuler l’imaginaire et même transformer notre rapport à notre propre sexualité, à notre corps et à nos fantasmes.

J’ai alors commencé à lire énormément de littérature érotique, mais j’ai rapidement ressenti une certaine frustration. J’avais envie de découvrir des histoires plus modernes, plus réalistes, avec des personnages auxquels je pouvais m’identifier, des situations qui me semblaient proches de la vraie vie, tout en conservant cette puissance érotique qui m’avait tant marquée. Et comme je ne trouvais pas toujours ce que je cherchais, j’ai fini par me dire que j’allais essayer de l’écrire moi-même.

C’est ainsi que, la veille de mes 30 ans, j’ai décidé de me lancer dans l’écriture érotique. Au départ, j’avais simplement envie de raconter des histoires et, surtout, de réussir à faire ressentir à mes lecteurs ce que j’avais moi-même ressenti en découvrant cette littérature : cette immersion totale, ces émotions intenses, cette excitation qui naît simplement à travers les mots. Et puis c’est devenu mon métier.

Aujourd’hui encore, c’est ce qui me passionne le plus dans l’écriture érotique. Cette possibilité presque magique de faire vivre des expériences, d’éveiller des désirs parfois insoupçonnés et de faire voyager les lecteurs bien au-delà de leur propre réalité.
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Vos premiers écrits sur votre blog et les réseaux sociaux étaient-ils une volonté d’écrire et de dialoguer avec les autres ?
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Au départ, c’était avant tout une envie d’écrire et de partager mes histoires. Lorsque j’ai commencé à publier mes premiers textes érotiques sur Instagram, en 2020, je n’avais absolument pas imaginé tout ce qui allait suivre. J’avais simplement envie de me lancer, de laisser libre cours à mon imagination et de voir si mes histoires pouvaient toucher d’autres personnes.

Mais très vite, les échanges avec les lecteurs ont pris une place importante dans cette aventure. J’ai découvert à quel point la littérature érotique pouvait créer du lien, susciter des discussions, éveiller la curiosité et parfois même libérer la parole sur des sujets encore très intimes. J’ai commencé à recevoir des messages de personnes qui se reconnaissaient dans mes histoires, qui me confiaient leurs ressentis, leurs envies ou les réflexions que mes textes avaient provoquées chez elles.

Aujourd’hui, cette relation avec mes lecteurs reste extrêmement précieuse. J’aime évidemment écrire, inventer des personnages et raconter des histoires, mais j’aime tout autant que mes textes soient un formidable point de départ pour échanger, questionner ses désirs et parler plus librement de sexualité.
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© Léa Grosson
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Y’a-t-il selon vous des différences entre le lecteur et la lectrice des livres érotiques ?

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Je crois qu’il faut éviter les généralités. On entend souvent que les femmes seraient davantage sensibles aux émotions et à la romance, tandis que les hommes rechercheraient quelque chose de plus direct, de plus visuel ou de plus cru. Pourtant, mes échanges avec les lecteurs me montrent que les goûts sont beaucoup plus variés que cela. Certaines femmes adorent les récits très explicites, certains hommes aiment les histoires où les sentiments et la psychologie occupent une place importante.

Finalement, je pense que les différences se trouvent davantage dans les sensibilités, les fantasmes et les attentes de chacun que dans le genre du lecteur. Et c’est aussi pour cela que j’aime écrire des histoires qui mêlent érotisme, émotions et psychologie, sans jamais chercher à m’adresser exclusivement aux femmes ou aux hommes.
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Êtes-vous parfois surprise par la ressemblance de vos personnages (féminins et masculins) avec vous-même ? comme s’il y avait eu un lâcher pris. Léna est-elle Léa ?
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Je crois qu’il y a toujours un peu de soi dans les personnages que l’on crée, parfois même sans en avoir conscience. On leur prête forcément certaines de nos réflexions, de nos émotions, de nos interrogations ou de nos fantasmes. Et il m’arrive effectivement de découvrir, avec un peu de recul, des ressemblances que je n’avais pas nécessairement cherchées pendant l’écriture.

Mais Léna n’est pas Léa, même si j’aime à dire qu’il n’y a qu’un « n » qui les séparent. C’est le personnage que j’ai beaucoup utilisé pour écrire à mes débuts, et il m’est arrivé de puiser dans mes souvenirs, dans mes expériences personnelles pour écrire. Donc effectivement, elle me ressemble beaucoup. Mais comme tous mes personnages, elle possède sa propre personnalité, son histoire, ses désirs et ses contradictions.
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© Léa Grosson

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L’histoire « Celle qui aimait » devait-elle être une trilogie dès le départ ?

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Non, pas du tout ! À l’origine, je n’avais absolument pas imaginé Celle qui aimait comme une trilogie. C’est en reprenant l’ensemble des histoires de Léna, que j’avais écrites au fil du temps, que l’idée s’est imposée. J’ai alors décidé de les réunir et de les organiser en trois livres pour retracer son parcours à travers les cinq personnes qui ont marqué sa vie. La trilogie est donc née après l’écriture des histoires, avec l’envie de leur donner une cohérence et de proposer aux lecteurs une vision d’ensemble du cheminement de Léna.
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La nouvelle apporte-t-elle un caractère plus intime car courte et vague ?

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Je ne dirais pas nécessairement que la nouvelle est plus intime que le roman, mais elle permet d’aborder l’intimité différemment. Son format court nous plonge souvent directement dans un moment précis, une rencontre, un désir, une expérience, sans avoir besoin de développer tout ce qui l’entoure. Il y a quelque chose de très intéressant dans cette liberté de ne pas tout raconter, de laisser certaines zones d’ombre et de faire davantage appel à l’imagination du lecteur.

C’est d’ailleurs ce que j’aime particulièrement dans la nouvelle érotique : cette possibilité de capturer un instant, parfois très intense, et d’en faire une histoire à part entière. Le roman, lui, me permet d’explorer plus profondément la psychologie des personnages, leurs relations et leur évolution. Ce sont deux formats différents, mais que je trouve tout aussi intéressants pour raconter l’intime.
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Le fantasme est-il un rêve plutôt qu’un projet selon vous ? La littérature (érotique) est-elle un refuge ?

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Je pense que le fantasme peut être les deux, et c’est justement ce qui le rend si intéressant. Certains fantasmes sont des désirs que l’on aimerait concrétiser, tandis que d’autres sont faits pour rester dans notre imaginaire. Et ce n’est pas parce qu’on fantasme sur une situation qu’on souhaite nécessairement la vivre dans la réalité. Je trouve important de rappeler qu’un fantasme n’a aucune obligation de devenir un projet. Il peut exister simplement pour le plaisir qu’il nous procure.

Et c’est là que la littérature érotique prend tout son sens ! Elle offre un espace de liberté extraordinaire, dans lequel on peut explorer des désirs, des pratiques ou des situations sans avoir à les vivre réellement. On peut s’identifier à un personnage, ressentir ses émotions, partager son excitation, tout en restant confortablement installé dans son canapé.

Mais l’inverse est tout aussi intéressant ! La littérature érotique peut aussi être une formidable source d’inspiration. À travers une histoire, on peut découvrir des pratiques auxquelles on n’avait jamais pensé, éveiller de nouveaux désirs ou se surprendre à avoir envie d’expérimenter quelque chose dans sa propre vie. La fiction peut alors devenir le point de départ de nouveaux fantasmes que l’on aura, cette fois, envie de concrétiser.

Alors oui, je pense que la littérature érotique peut être un refuge, un espace où l’on s’autorise à fantasmer librement, sans jugement ni obligation de passer à l’acte. Mais elle peut aussi être une porte ouverte vers de nouvelles expériences, une manière d’enrichir sa sexualité et de nourrir ses envies dans la vraie vie. Et je trouve que c’est précisément cette double possibilité qui fait toute sa richesse.
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© Léa Grosson

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Photo de couverture : © Léa Grosson

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