Part intime de nos enveloppes corporelles ou bien exposition qui attire les regards, le tatouage dit beaucoup sur nos envies et nos personnalités. L’encre creuse la peau et le sang apparaît. C’est ensuite que la beauté surgit. Tamara Shatirishvili dite Tomagematoma dessine l’harmonie sur les corps.
Passionnée par le tatouage, cette artiste belarusso-géorgienne, réfugiée en France, retranscrit un certain aperçu de la nature. Oiseaux, plantes, reptiles… C’est finalement la forme qui accompagne la peau et les muscles. Les tatouages sont comme animés sur nous, êtres vivants.
Entretien avec Tomagematoma, artiste des peaux.
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Depuis quand entretenez-vous un lien avec le tatouage ?
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Tout a commencé en 2012. J’avais fait des études de design mais je ne m’imaginais pas exercer ce métier. Mon petit ami de l’époque avait l’habitude de se tatouer lui-même. Un jour, il m’a demandé de créer un motif sur son torse. Il a commencé à le tatouer devant le miroir, mais cela a viré au désastre. Il m’a alors demandé de poursuivre le travail. Pour être honnête, j’ai vraiment apprécié l’expérience.
J’ai toujours aimé dessiner. Lorsqu’on étudie le design, on apprend surtout à travailler avec la technologie et l’informatique. Moi, j’aspirais à un travail plus manuel. Le tatouage représente un retour à l’encre et au dessin.
Je ne voulais pas être designeuse mais artiste. C’est ainsi que j’ai vraiment commencé à tatouer en 2014.
Cela dit, je ne suis pas tatouée moi-même. Je n’en ressens tout simplement pas le besoin.
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Quand avez-vous créé votre nom d’artiste, « Tomagematoma » ?
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Pour quelqu’un qui ne parle pas russe, cela n’a aucun sens (rires). Mon diminutif est Toma. C’est un jeu de mots rythmés : « Gematoma » rappelle le mot russe désignant un hématome. J’aime beaucoup ce nom.
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Vous venez de Biélorussie. Selon vous, existe-t-il une identité artistique spécifique à votre pays ? Voyez-vous une différence avec d’autres tatoueurs ?
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Chaque pays a ses particularités. En France, j’ai remarqué que beaucoup de tatouages sont inspirés du street art. En Pologne, le style est plus gothique. En Biélorussie et en Russie — des pays slaves —, les tatouages sont plus réalistes. Je puise mon inspiration dans ce style.
J’essaie de m’exprimer à travers mes créations tout en intégrant des influences variées. J’aime beaucoup les motifs asiatiques.
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Oiseaux, fleurs asiatiques, feuillages, encre noire… cherchez-vous à créer une certaine harmonie sur la peau ?
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J’aime la diversité. Je veux créer des tatouages qui agissent comme une seconde peau. Il faut qu’il y ait une connexion entre la personne et son tatouage. Avec les arbres ou les oiseaux, il se dégage quelque chose d’organique.
La première étape, c’est l’échange avec les clients. Ils viennent au studio et nous discutons de leurs attentes. Ensuite, je leur demande de m’envoyer des photos de leur corps – je tiens à l’étudier l’anatomie avant de tatouer. Tout doit être fait sérieusement. J’ai ma propre vision et je souhaite dessiner plusieurs options avant de passer à l’acte.
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Votre grand-père était professeur de géographie. Vous avez même illustré certains de ses ouvrages.
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C’est exact. Ce fut une expérience merveilleuse. C’est avec mon grand-père que j’ai appris à observer la nature sauvage. Je continue à consulter des livres et des documentaires à ce sujet. J’adorerais travailler comme ornithologue. Les oiseaux sont des êtres fascinants – Ils sont les descendants des dinosaures.
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Le tatouage est une expérience émotionnelle et personnelle (je pense notamment aux cas de mastectomie). Est-ce aussi une expérience chargée en émotions pour vous ?
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Bien sûr. Chacun de nous a ses propres émotions. Lorsque je tatoue, je ressens ce que vivent les personnes. Certaines s’endorment, d’autres souffrent. En tant que personne empathique, j’essaie d’agir avec douceur. Chaque jour, je rencontre de nouvelles personnes, et donc de nouvelles émotions.
J’essaie de limiter ma charge de travail car, parfois, c’est trop lourd, trop épuisant sur le plan émotionnel. J’y laisse beaucoup de moi-même.
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Le travail sur la peau représente-t-il encore un défi ?
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Je ne ressens plus de stress. J’ai confiance en mes compétences car je donne toujours le meilleur de moi-même. Certaines créations sont toutefois très complexes ; elles exigent plus de temps et de réflexion.
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Quelle est la suite pour vous ?
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Venant d’une petite ville de Biélorussie, vivre à Paris est une expérience formidable. J’ai plein de beaux projets. Je suis curieuse de voir ce que l’avenir me réserve. Je veux continuer à tatouer tout en explorant d’autres formes de création artistique.
Je prévois de me rendre tôt ou tard en Asie. J’aimerais approfondir mes connaissances et trouver de nouvelles sources d’inspiration.
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Photo de couverture : © Tamara Shatirishvili







