De « Fleurs carnivores » à « Lorenzaccio », d' »Antigone » au « Procès de l’Immortel », Régis Penet a toujours exploré les possibilités d’une ligne à la fois précise et expressive. C’est un auteur et un dessinateur qui valorise aussi bien le récit que les lieux. Son trait cherche également une beauté de l’être humain, un espace de circulation entre le réel et l’imaginaire.

Lorenzaccio, Beethoven, Balzac, Antigone… Ces personnages si connus deviennent plus proches de nous. Le futur et autres utopies font écho à nos interrogations.

Entretien avec Régis Penet, dessinateur en quête de nouveaux horizons.

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La carrière de dessinateur a-t-elle été une grande réflexion pour vous ?

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Je souhaitais être dessinateur depuis l’adolescence, sans vraiment réfléchir à ce que cela impliquait. Mon grand-père était sculpteur sur bois et professeur de dessin et J’ai grandi dans un univers ouvert à la culture. Très jeune, j’ai dessiné naturellement. C’est plus tard, au fil de ma carrière, en abordant les aspects narratifs de ce métier, mais aussi les exigences liées à la parution d’un livre, qui n’est pas un objet anodin, que les réflexions sont venues et se poursuivent encore.

J’ai fait des études d’histoire par goût pour cette matière mais surtout en attendant de décrocher un contrat de dessinateur de BD.

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© Les Enfants rouges
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En tant que peintre, vous utilisez le nom de Louis Neyret. Pourquoi un tel choix ?

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En commençant ma carrière de dessinateur, j’avais déjà voulu prendre un pseudonyme. Neyret ce sont les syllabes 2 et 3 de Penet Régis. Louis sonne bien avec Neyret.

Bandes-dessinées et peinture sont des activités très différentes. J’ai réalisé beaucoup de mes couvertures à l’huile sur toile ou sur bois, mais cela n’a rien à voir avec une activité de peintre. La distinction est moins technique que dans l’approche.

En passant à la peinture, je change de registre. Une peinture n’est pas une illustration et une illustration n’est pas une peinture. Norman Rockwell, l’illustrateur, n’est pas Edward Hopper, le peintre. Pourtant, les deux artistes peignent à la même époque, tous les deux utilisent l’huile et mettent en scène leur contemporain. L’un est illustrateur, l’autre peintre. Cette distinction est à la fois évidente mais au fond assez mystérieuse.

Je constate également les fossés entre les galeries de peinture et celles de bande dessinée. Elles n’ont pas la même logique, ni la même clientèle, ni le même fonctionnement.
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Vous avez parfois écrit seul vos scénarios mais vous vous êtes également associé à des personnalités comme Jean Dufaux, Didier Convard, Frédéric L’Homme, Philippe Richelle ou encore Anne-Laure Reboul. Est-ce le même exercice ?
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C’est très différent à chaque fois.

J’ai travaillé de façon particulière avec Anne-Laure Reboul et Frédéric L’Homme, avec beaucoup de réflexions au cours d’un travail véritablement commun, sur la mise en scène notamment. Avec cette proximité ma façon de dessiner certains personnages peut aussi influencer le scénario en cours. C’est un travail plus long mais plus enrichissant et plus personnel. Un projet comme « La Tomate » (2018) avec Anne-Laure est aussi personnel que des scénarios que j’ai écrits comme « Lorenzaccio » (2011) et « Antigone » (2018).
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© Glénat
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« Antigone », « Lorenzaccio » – L’adaptation de classiques de la littérature est-elle un exercice plus périlleux ?
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 J’ai découvert la poésie puis le théâtre d’Alfred de Musset à l’âge de 17 ans. « Lorenzaccio » m’avait marqué. Au fil des années, je l’ai lu et relu, commencé plusieurs adaptations sans trouver le bon angle, jusqu’à la version parue en 2011. Lorsque je l’ai attaqué, j’ai à peine eu besoin de relire l’œuvre, tant je la connaissais.

L’idée d’adapter « Antigone » est venue ensuite. Cette héroïne me semblait être le miroir inversé de Lorenzaccio. Le geste, le meurtre, chez ce dernier est, dans sa conception, purement politique. Puis au fil de l’intrigue, Alfred de Musset le dépouille de cette dimension pour en faire un geste purement intime. Dans « Antigone », Sophocle transforme une décision intime, enterrer le frère, en une action politique.

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Que révèlent les couvertures ?

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C’est une question qui se pose à chaque album ! Elles doivent avant tout susciter la curiosité, je pense.

La couverture de « Lorenzaccio » est issue d’une peinture réalisée en marge de mon travail sur l’album et qui n’était pas du tout un projet de couv. C’est l’éditeur qui l’a vu passer et qui a voulu en faire la couv. C’était une bonne idée. Un bras, un poignard : toute la vie de Lorenzaccio qui se résume en un geste.
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© Glénat
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Quelle est la place des femmes dans votre univers graphique ?

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Très grande. J’observe leur ligne, leur coiffure, leurs vêtements, la façon de se tenir, les modifications du visage. C’est d’abord esthétique puis je leur suppose- avec une grande marge d’erreur (!)- des traits de caractère. Les visages féminins que je dessine ont toujours une histoire à raconter.

Quand j’ai imaginé Lorenzaccio, j’ai d’abord pensé à un physique androgyne proche de celui de David Bowie. L’allure restait encore trop masculine. C’est finalement le visage de ma compagne de l’époque qui m’a servi de référence.

Je crois qu’Honoré de Balzac aimait fréquenter les cafés de Paris dans le but d’écouter les conversations des femmes. Elles parlaient de leur mari ou leurs amants. Je fréquente aussi beaucoup les cafés…

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Avez-vous ajouté une part de vous dans le personnage de Beethoven, cet « ours de salon » ?

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Au même titre que « Lorenzaccio », je souhaitais dessiner un jour Ludwig Van Beethoven. Comme pour Lorenzaccio, il y a eu plusieurs tentatives avant de trouver le bon angle.  En l’abordant du point de vue d’un enfant, cela m’a permis de retranscrire le lien à la fois intime et intimidant que je ressens face au compositeur.
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© La Boîte à bulles
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Avec « La tomate », vous abordez la science-fiction. Est-ce un genre qui vous a donné plus de liberté ?

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Ce qui nous intéressait, Anne-Laure et moi, c’était de représenter un monde à bien des égards cauchemardesques au regard de nos standards actuels, mais auquel les protagonistes sont accoutumés et ne vivent pas si mal, en tout cas jusqu’au déclenchement de l’intrigue. Graphiquement, nous voulions un monde froid, figé, je crois que nous l’avons obtenu même si je regrette un peu de ne pas avoir poussé l’épure beaucoup plus loin et de ne pas avoir été exempt d’une certaine raideur.
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« Le Procès d’un immortel » (Editions Pictavita 2026) va plus dans la fantaisie ?

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© Pictavita

En fait, je ne sais pas vraiment où est allé ce projet. Ce fut un très gros travail pour le laisser partir dans des directions que je n’imaginais pas tout en lui conservant une cohérence.

C’est une quête d’immortalité 2.0, on y rencontre des philosophes et des figures mythologiques tels que Gilgamesh et Orphée dans un contexte très contemporain. Le personnage principal résume sa propre quête d’immortalité en disant qu’il fait le pari de Pascal avec les moyens de la Silicon Valley. Un libraire m’a dit qu’il voulait proposer le livre à la fois en roman graphique et à la fois dans le rayon des sciences humaines (rires).

Hadès préside le procès en enfer et c’est Perséphone qui est l’avocate de la défense. Elle devient, à ce titre, le principal personnage de la deuxième partie de l’album. Ses relations avec son client, le candidat à l’immortalité sont au cœur du récit.

 L’album propose plus de questions que de réponses. Cela, je le savais par avance.
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Quels sont vos projets ?

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Je travaille à nouveau avec Anne-Laure Reboul sur un one-shot. Je réfléchis à un autre projet dont certains thèmes prolongeraient ceux abordés dans « le Procès de l’immortel » mais avec un mode narratif et une atmosphère très différente.
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© Régis Penet

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Image de couverture : © Pictavita

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