Au fil des années, l’univers télévisuel de Dorothée s’est nourri de multiples influences. Il y a eu les dessins animés, les tubes, les sketches mais aussi les dessins. Cabu fut le grand caricaturiste. Mais au moment du passage à TF1, c’est Lionel Gédébé qui a pris avec talent la relève. Grandi dans le milieu de la télévision, cet artiste touche-à-touche a été aux côtés de Dorothée, Ariane et autres Jacky comme un poisson dans l’eau.

Entretien avec Lionel Gédébé, créateur à tous les étages et auteur du livre « Mes années Dorothée« .
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Jeune, vous dessinez à la fois pour la littérature jeunesse mais aussi pour des magazines comme Métal Hurlant et Fluide Glacial. Quel était votre style ?

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Je rêvais de faire de la bande dessinée. Il n’y avait pas de genre spécifique que je souhaitais explorer. J’adorais Gotlib, Jean Giraud et Franquin. Tout au long de ma carrière au Club Dorothée, il y avait toujours un animal comme une mouette ou une souris qui faisait écho à ceux que j’admirais tant.

© Lionel Gédébé

A 14 ans, j’ai gagné un concours de bande dessinée. Franquin faisait partie du jury. Cela m’a motivé et plus tard, avec mon carton à dessins sous le bras, j’ai frappé à toutes les portes des rédactions. J’étais assez inventif et je réalisais déjà des montages qui mélangeaient dessin et photographie.

Je rêvais de travailler pour Métal Hurlant. J’ai pu réaliser une couverture pour la version allemande avec une femme montée sur un dragon. C’était assez loin du style que j’ai pu réaliser pour le Club Dorothée (rires). J’avais eu également l’ambition de réaliser l’affiche du festival fantastique d’Avoriaz. Chaque année, je me présentais mais cela n’allait jamais. Puis, un jour, les organisateurs, admirant ma ténacité, m’ont juste invité au festival (rires). J’ai voulu passer par la fenêtre puis au final j’ai été VIP.

J’ai aussi réalisé des dessins pour StarFix, le magazine de Christophe Gans.    

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Comment avez-vous rencontré Dorothée ?

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Ma mère, Ariane Gil, était responsable des variétés de Récré A2 l’émission qu’animait William Leymergie. Dorothée est venue plus tard. Adorant le dessinateur Cabu, je me rendais souvent sur le plateau. Jean-Luc Azoulay a eu l’idée de faire chanter à Dorothée de vieilles chansons françaises. J’ai présenté mes dessins et j’ai dessiné les décors de Discopuce. Je faisais de nouvelles illustrations chaque semaine.

A l’époque, il n’y avait que 3 chaînes. Mon travail était vu par un grand nombre de téléspectateurs.
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Quels étaient vos liens avec Cabu ?

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Je l’ai connu alors que je n’avais que 16 ans. Nous avions de très bonnes relations. Alors que Cabu dessinait sur le plateau de Récré A2, moi, je réalisais les pochettes de disque de Dorothée, notamment Le Jardin des chansons qui a connu un succès considérable.

Puis il y a le passage de France 2 à TF1. Dorothée a changé de chaîne mais Cabu n’a pas souhaité poursuivre. Il a proposé à Jean-Luc Azoulay que je prenne sa suite pour le personnage de Dorothée.

Même si j’ai repris le dessin de Cabu, j’avais mon propre style. Ma Dorothée était légèrement plus sexy. 
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© Lionel Gédébé
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Comment se passait le travail ?

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Je travaillais essentiellement avec le producteur Jean-Luc Azoulay. Nous étions toujours dans l’urgence. On m’apportait des tirages photos de Dorothée et je réalisais des montages avec mes propres dessins. Attendant le résultat final, Jean-Luc et moi pouvions travailler jusqu’à 4 heures du matin.

Le rythme a également été intense avec Dorothée Magazine. Un numéro sortait chaque semaine. Pour gagner du temps, je réalisais l’essentiel de la 4ème de couverture et des planches sans savoir ce que j’allais raconter. Cela marchait bien car un gag fonctionne surtout avec une bonne chute, et au fil de la réalisation, je trouvais la blague. D’une certaine façon, je réalisais de loin un avion qui faisait des loopings dans le ciel. La dernière case montrait Dorothée avec un engin télécommandé.  
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Comment arriviez-vous à trouver les bonnes idées de dessin lors des directs ?

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J’avais juste le temps avant que le dessin animé soit diffusé – soit 20 minutes environ. Au retour de plateau, cela devait être terminé. Cela me donnait beaucoup de pression et Dorothée pouvait être assez exigeante.

En un an, l’émission de Dorothée représentait en tout une durée de 1 200 heures. J’ai exposé mon travail à la Mairie du 17ème arrondissement de Paris. Il a fallu replonger dans des dessins vieux de 40 ans. En un an de direct, chaque mercredi, j’ai réalisé 280 images.

J’aimais beaucoup dessiner Dorothée et Ariane. C’était moins facile avec Jacky. Je n’ai pas réussi à bien le cerner.

Je sors un livre sur mon travail. J’ai dû me remettre à dessiner.
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© Lionel Gédébé
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Vous avez même conçu en 1986 le décor du concert de Dorothée au Zénith.

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Je venais de réaliser le décor du concert de Jeanne Mas à l’Olympia. Jean-Luc a donc fait appel à moi. Chose amusante : Je montais en même temps le décor du concert de Bernard Lavilliers à la Grande Arche de La Villette, à 200 mètres du Zénith. C’était passionnant, pour chaque concert, je venais regarder tous les postes sur le spectacle. Je pouvais aussi être à côté de l’ingénieur du son.  Par conséquent, je travaillais toute la journée, dès 7 heures, pour Dorothée. Ensuite, j’allais m’occuper du décor de Lavilliers et voir le résultat jusqu’à 4 heures du matin. Quand j’y pense, c’était bien intense.
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Vous réalisez en 1989 le clip « Tremblement de terre » de Dorothée. Est-il une œuvre plus profonde qu’on ne le pense ?
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Passionné de cinéma, je voulais rendre hommage au cinéma muet de Fritz Lang. Les enfants n’ont pas saisi la référence mais je voulais apporter de l’originalité. AB Productions avait les moyens pour réaliser quelque chose de nouveau. Nous avons essayé la 3D. C’était totalement nouveau à l’époque.

Le clip a même été tourné en 35 mm. Cela lui donne un aspect plus cinématographique.
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© Lionel Gédébé
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Comment avez-vous rencontré Kad & Olivier ?

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C’était en 1991. Ils présentaient une émission sur OuiFM. Le « Rock’n roll circus » Kad & Olivier avaient une énergie incroyable. Pour une vidéo, nous avons eu le culot de bloquer le Boulevard Sébastopol à Paris.
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La photographie a-t-elle été avant tout pour vous des rencontres ?

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Au fil du temps, j’ai travaillé pour une agence de presse. Je réalisais les photos chez moi. Pierre Richard, José Garcia ou Annie Girardot se sont déplacés. Un jour, j’étais concentré à installer le studio et je me suis rendu compte que le couturier Pierre Cardin était déjà arrivé, là devant moi ; c’était pour une séance photo pour Paris-match. Il était entré sans un bruit et m’a demandé de visiter mon appartement. Il me dit ensuite : « En 60 ans de mode, je n’ai jamais vu un endroit comme ça ». 
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Vous avez même réalisé des romans photo et des affiches.

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Tout est venu avec les rencontres. J’ai même écrit une pièce de théâtre. Je me suis toujours adapté.

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Le 7 janvier 2015, Cabu est assassiné lors de la conférence de rédaction de Charlie Hebdo. Comment avez-vous réagi à la nouvelle ?
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Je me souviendrai toute ma vie de ce moment. J’étais dans un taxi à Paris. La radio a informé que quelque chose de tragique se passait chez Charlie Hebdo. C’était vraiment la sidération. En hommage à Cabu, j’ai réalisé ce dessin où Dorothée pleure. 

Cabu demeure pour moi un artiste majeur de ma vie.
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© Lionel Gédébé
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