Il y a chez Ibrahim Maalouf une manière singulière de faire dialoguer les mondes. Sa trompette porte le souffle du jazz, les échos de l’Orient mais surtout une histoire intime : celle d’un instrument imaginé par son père et devenu, entre ses mains, un formidable outil de transmission.
Avec la sortie de « A la française », le 18 septembre 2026, Ibrahim Maalouf, avec Hiba Tawaji, rend un vibrant hommage à la chanson française. Ce nouvel album permet en effet de partager les influences, les passions et faire croiser les horizons.
Entretien avec Ibrahim Maalouf, musicien, compositeur et rassembleur d’histoires.
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Vous étiez récemment au Canada, vous allez prochainement au Maroc, avec l’objectif d’être compris. Être sur scène, est-il le plus grand des plaisirs pour vous ?
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Je participais à des concerts dès l’âge de 8 ans. Mon but est avant tout d’établir une connexion. Vous composez, vous jouez avec d’autres musiciens et vous partagez des émotions avec le public.
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Est-ce que la vie quotidienne vous inspire ?
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Je ne me considère pas comme un musicien technicien. J’ai en effet suivi une formation stricte mais je souhaitais aller au-delà de ce que m’avait appris mon père. [Nassim Maalouf]. J’ai participé à des concours, j’en ai gagné certains mais finalement cela ne m’intéressait pas. Je n’ai jamais voulu être un virtuose ou même un technicien de la musique.
Je suis devenu un élève doué parce qu’il fallait l’être. Ce qui me passionne dans la musique, c’est justement les rapports humains. Par conséquent, la vie quotidienne en effet m’inspire.
Toutes les musiques s’inspirent de la vie de tous les jours.
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Est-ce que c’est justement la technicité qui vous a rendu libre ?
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Je pense que oui. J’ai moi-même enseigné et je me suis rendu compte qu’après avoir acquis de solides connaissances, vous pouvez vous détacher plus facilement des codes. Plus vous étudiez, plus vous développez un langage et plus vous gagnez en liberté.
La musique est le seul langage dans lequel je me sens vraiment très à l’aise. J’ai écrit un livre en 2020, « Petite philosophie de l’improvisation » et en ce moment j’en réalise un autre. J’ai la chance d’avoir une éditrice qui m’aide à structurer les mots et les idées. Avec la musique, je ne perds pas le contrôle.
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Vous avez composé « Beirut » à l’âge de 12 ans. Apportez-vous encore aujourd’hui avec votre musique un rythme libanais dans votre musique ?
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Le Liban est partout. Le livre de mon oncle Amin Maalouf, « Les identités meurtrières » (1998), a longtemps été mon livre de chevet. Le livre définit vraiment ce qu’est une identité. Cette idée m’accompagne encore aujourd’hui. Nous ne pouvons pas nous définir comme n’ayant qu’une seule identité. Nous sommes tous multiples.
Je me considère à la fois comme étant 100% Français et à la fois 100% Libanais. J’aime cette double culture. Lorsque je compose et je joue, ces identités existent.
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Les collaborations, fruit souvent de commandes, ont-elles été tout de même de belles découvertes (Sting – concert au Bataclan, Juliette Gréco, Hiba Tawaji, ASAP Rocky, Monica Bellucci, …) ?
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Toutes les collaborations que j’ai eues n’ont jamais été des commandes. Dans le monde de la musique, c’est une grande chance. A chaque fois, ce fut de vraies rencontres sincères, authentiques.
En montant mon label en 2005, j’ai eu le souhait d’être un artiste indépendant.
Chaque collaboration m’a apporté beaucoup au même titre que les rencontres avec le public. Je reste ravi de voir que des familles entières viennent à mes concerts.
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Il y a une place à l’improvisation ?
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C’est l’identité même du jazz. Il faut de temps en temps lâcher ses certitudes, aller dans une direction qui n’était pas tellement prévue au départ et être complètement surpris par le résultat.
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Vous êtes également compositeur de musique de films. Y’a-t-il aussi un temps d’adaptation avec l’image et le scénario ?
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Dès mon enfance, je voulais composer pour le cinéma. C’est une contrainte fantastique car vous vous mettez au service du film et du réalisateur afin d’obtenir une harmonie entre l’image et la musique. En tant que compositeur, je veux être transporté par les émotions. Même un film plus artisanal peut vous amener un tel résultat. Ce fut le cas avec « Reste un peu » (2022) de Gad Elmaleh. Le film est si humain qu’il m’a retourné l’esprit.
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La trompette peut être perçue comme un instrument de musique du passé. Avez-vous souhaité changer cette image ?
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Je ne crois pas que qu’elle soit dépassée. Il y a eu des époques où par contre la trompette a été snobée. Mais à chaque fois, une personnalité a su remettre l’instrument au goût du jour. En France, Maurice André a été un trompettiste si extraordinaire qu’il a eu un public et qui l’a suivi.
Je pense également au travail d’Éric Truffat. Quant à moi, j’ai voulu présenter ma propre vision de la trompette et établir des connexions avec un plus large public. Je crois vraiment que la trompette est un instrument qui permet de réunir le plus grand nombre.
Il y a quelques années, je disais que j’allais remplir des zéniths en tant que trompettiste. Avec mon petit label, on me voyait comme un illuminé.
De nos jours, les professeurs de conservatoire me disent que leurs classes se remplissent. Cela me fait très plaisir. La trompette reprend vie.
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Le 10 avril 2027 aura lieu le plus grand concert de jazz de l’histoire. L’événement célébrera vos 20 ans de carrière. Est-ce que ce sera tout de même un événement un rendez-vous personnel avec le public ?
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Oui et ce sera surtout une grande célébration autour de la trompette. Avant le concert, nous allons tenter de battre le record du monde de la plus grande improvisation.
L’événement doit célébrer 20 ans de carrière mais finalement je joue de la musique depuis plus de 40 ans. Une telle longévité est inespérée de nos jours.
Le concert sera diffusé en direct sur France Télévisions et sur d’autres chaînes étrangères. Entre 20 et 30 millions de personnes vont voir le concert. C’est complètement fou.
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Qu’est-ce que vous jouez quand vous êtes seul ?
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Je compose avant tout. C’est ma plus grande passion.
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Que souhaitez-vous réaliser à présent ?
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Je veux continuer à composer, jouer et vivre de ma passion. J’ai conscience que tout est très fragile, fébrile et vulnérable. Un rien peut tout détruire. Je bénis la vie de m’avoir offert ce que j’ai et j’espère vraiment pouvoir partager encore de belles choses.








