« Dès mon enfance, j’ai subi l’attraction de l’océan (…). Je devais y consacrer ma vie. » – Peintre de la mer et des marins, Mathurin Méheut (1882-1958) voue une passion pour les sciences naturelles, les paysages bretons et le mouvement. Ce sont ses sujets, ses couleurs et la force de son trait qui fascinent toujours autant.

Mathurin Méheut vivait dans ses œuvres comme pour pouvoir y trouver la plus grande des satisfactions. L’art est une fenêtre vers finalement plus de mystères.

Dans « Mathurin Méheut – La mer et les marins » (Editions Ouest-France – 2025), Denis-Michel Boëll, historien et ancien conservateur étudie avec passion les récits picturaux de l’artiste breton.

Entretien.

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Peintre, illustrateur, professeur, décorateur, graveur, céramiste, observateur de la nature grand voyageur,… Mathurin Méheut était-il perçu à son époque comme un artiste aux multiples talents ?
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La carrière artistique de Méheut s’étend sur plus d’un demi-siècle, et il exercé dans de multiples domaines. La cohérence de son œuvre, certes affichée lors de ses deux expositions au Pavillon de Marsan (1913 et 1921) n’est vraiment apparue qu’après sa mort, au fil des expositions et des publications posthumes, et grâce au travail du musée monographique qui lui est consacré à Lamballe.

 Jusqu’en 1913, c’est le dessinateur naturaliste et en particulier animalier qui reçoit d’importantes commandes d’ouvrages de planches, dont les Études d’animaux (1911) et l’Étude de la Mer (1913), fruit des deux années passées à Roscoff. La première guerre mondiale révèle « un artiste combattant », chroniqueur du quotidien du front. Puis c’est après son séjour en Bretagne (1919-1920) qu’il peut présenter en 1921 lors d’une seconde exposition au musée des Arts décoratifs une grande variété de productions : céramiques, estampes, dessins d’Hawaï et du Japon, mais surtout plusieurs ensembles de panneaux qui manifestent son ambition de décorateur. C’est dans ce domaine que l’entre-deux-guerres le voit réussir, à l’écart des courants de l’avant-garde artistique : paquebots, grands décors privés et publics, et abondante production céramique. Par ailleurs de nombreux éditeurs font appel au prolifique illustrateur de la Bretagne. Travailleur acharné, Méheut répond à des commanditaires et des clientèles hétérogènes, en marge de l’histoire de l’art contemporain. Ce n’est qu’avec le recul du temps que nous est apparue la puissance de son œuvre.
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Roscoff fait-il partie de l’identité visuelle de Mathurin Méheut ?
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Le premier séjour à Roscoff est indéniablement la matrice de nombreux sujets. Au-delà de la faune et de la flore marines, qui resteront les thèmes de plusieurs décors, c’est aussi le lieu de la rencontre avec les marins-pêcheurs, les goémoniers, c’est aussi la révélation des pardons. Avant de séjourner en pays bigouden en 1919,pour s’y ressourcer après les cinq années de guerre, il fait halte à Roscoff, où sa fille fait sa première communion.
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© Editions Ouest France

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Les animaux de la mer sont-ils magnifiés chez Mathurin Méheut ?
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Dans le bestiaire et dans la flore marine, il va identifier quelques motifs qu’il va particulièrement transfigurer : c’est le homard de « Regarde… » ou l’hippocampe qui figure en couverture de l’Étude de la mer et se décline en fer forgé sur la porte de sa maison au hameau d’Alleray. Notons qu’il s’agit d’animaux qu’il a observés dans la réalité, qu’il a étudiés et auxquels il donne une force formelle.
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Les séjours à Hawaï et au Japon sont-ils des étapes majeures dans la carrière de Mathurin Méheut ?
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Le passage à Hawaï reste cantonné dans le sujet de son voyage, l’étude d’un autre univers marin et maritime. Le séjour au Japon est par contre le révélateur d’une altérité culturelle dont il rapporte, après beaucoup d’autres voyageurs, des témoignages : religion, danseuses, théâtre, commerçants, bateaux… S’il considère que l’art japonais présente un intérêt pour les artistes décorateurs, il méconnait l’importance du japonisme en peinture et ne semble pas conscient de cette influence sur ses propres travaux, dans la composition de certains tableaux ou bois gravés…avant même le voyage au Japon.
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© Editions Ouest France

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Mathurin Méheut devient un « artiste-combattant » durant la Première Guerre mondiale. Y’a-t-il des dessins qui rappellent la mer (ces images sont-elles des évasions) ?
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Les sources d’évasion durant le conflit semblent plutôt les éléments de la nature qu’il côtoie de près et figure : champignons, mousses, feuilles, insectes. Ces éléments témoignent de la fragilité de la vie dans l’enfer des combats. La mer n’est pas pour Méheut un espace d’évasion, encore moins de loisir, c’est le champ d’activités de labeur.
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Mathurin Méheut réalise-t-il une nouvelle approche artistique avec la Faïencerie Henriot ?
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Si Méheut est l’un des collaborateurs majeurs de la faïencerie de Quimper, avec laquelle il est médaillé lors de l’Exposition des Arts décoratifs à Paris en 1925, il s’inscrit dans un mouvement de créativité qui fleurit dans l’entre-deux-guerres, auquel participent de nombreux autres artistes. Il identifiera parmi ceux-ci des suiveurs, mais aussi des créateurs audacieux. Ce qui frappe, c’est certes la modernité de ses créations céramiques, mais c’est la popularité et la large diffusion de certains de ses services de table, comme le service La mer.
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© Editions Ouest France
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Les paysans et les pêcheurs sont-ils avant tout représentés dans leur travail ? souvent de dos, visages impersonnels
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En effet, Méheut n’est pas à l’aise dans le portrait et s’intéresse avant tout à l’allure, au geste, particulièrement au geste du travail, de la terre comme en mer. On connait de lui de rares portraits d’artisans, comme Yan Larvor, ce tourneur sur bois de Plougonver dont il décrit le complexe appareillage en forêt de Coat-ar-Mor. Dans une scène de départ de chaloupes sardinières douarnenistes, il insère le visage de profil d’un marin-pêcheur familier. Mais c’est très rare, ses personnages sont des êtres génériques, des représentants d’un métier, d’un type, d’une localité, d’une situation, plutôt que des individus particuliers.
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Mathurin Méheut prenait-il un grand soin pour ses couleurs ?
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Méheut utilise des moyens techniques très variés mais très personnels, ainsi des crayons de couleur gras Crayolor. En matière de peinture, il s’inscrit dans une tradition artisanale de préparation de ses couleurs, qu’il met souvent en œuvre selon une technique propre aux décorateurs, utilisant pour lier ses pigments la caséine, une substance fragile, à faible durée de conservation. À long terme celle-ci a tendance à se dessécher et les pigments présentent moins de stabilité que la peinture à l‘huile.
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La mer comme espace de navigation de loisir est ignorée chez Mathurin Méheut. Représente-t-il un milieu naturel beau mais également grave ?
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Bien sûr, la navigation de plaisance est un loisir auquel il reste tout à fait étranger. S’il a pris place à bord de chaloupes sardinières en 1919-1920 , c’est pour accompagner des marins-pêcheurs sur leurs lieux de pêche. Il a observé la maîtrise technique des manœuvres, mais aussi l’instabilité des bateaux, à la voile ou à l’aviron. Vers 1930, il va être témoin en pays bigouden d’une terrible tempête qui fait plusieurs victimes. Dans une série de gouaches envoyées à Yvonne Jean-Haffen, il relate l’angoisse de l’attente et la gravité de la veillée mortuaire. Il évoque la sortie du canot de sauvetage partant au secours des naufragés, motif qui sera reproduit sur un menu du restaurant Prunier. 
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Qu’est-ce qui vous surprend encore chez Mathurin Méheut ?
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Tout simplement l’apparition d’œuvres inconnues, qui apparaissent sur le marché de l’art à l’occasion de ventes aux enchères publiques, ou qui sont proposées par des particuliers lors de la préparation d’expositions. C’est souvent une grande émotion de pouvoir les caresser du regard alors qu’on n’en avait qu’une mention dans le catalogue de ses premières grandes expositions ou dans les recensions d’articles de l’époque. Pas plus tard qu’hier j’e suis tombé sous le charme, dans une galerie dinardaise, d’une céramique inconnue, un grès craquelé produit en collaboration avec le céramiste Chaumeil et représentant un crabe. Quelle merveille !
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© Editions Ouest France
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