Figure à la fois mythologique et populaire, le loup-garou a su traverser les siècles en apportant frayeur et fascination. Dès les premières années du cinéma, les films se sont emparés de la créature.

Poilu, puissant et féroce, le loup-garou fait écho à nos craintes et nos désirs. Il y a chez cet humano-canidé une part de malédiction mais également une irrésistible envie de casser les codes et d’être libre.

Entretien avec Léa Pissonnier, doctorante à Paris Cité, à propos du loup-garou, cet héros du cinéma.
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Malgré la multitude des nanars, la quasi-disparition du loup sur le plan environnemental, comment vous expliquez le succès de la figure du loup-garou encore au cinéma ?

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Il s’agit d’une figure intemporelle. Dès le début du cinéma, on le retrouve avec « Le Loup Garou » (1913) et depuis, elle n’a jamais vraiment disparu.

Le loup garou continue de soulever des questions actuelles. Qu’importe l’époque et les contextes, il s’agit d’un personnage qui peut permettre d’aborder différentes problématiques contemporaines.
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Le premier de loups garous a en effet été projeté en 1913. « Le Loup garou » est aujourd’hui perdu suite à un incendie en 1924. Lon Chaney Jr a été prisonnier du personnage de Wolfman ou en tout cas du genre horreur. Les films lycanthropes sont-ils un genre à la fois rejeté et à la fois apprécié ?
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Le genre est intrinsèquement lié aux effets spéciaux – la métamorphose l’exige. Cependant, de telles artifices vieillissent mal. Ce qui fonctionnait au cinéma peut paraître obsolète 10 ans plus tard. Les attentes du public évoluent au rythme de l’apparition de nouvelles techniques d’effets. La figure du loup garou a donc été dénigrée car elle est synonyme dans l’imaginaire collectif d’effets surannés. De plus, poilu et bestial, il est moins noble que le vampire.

Pourtant, le loup garou revient sans cesse à travers des remakes. Dans les années 80, le genre revient sur grand écran de façon assez spectaculaire avec « Le Loup-Garou de Londres » (1981), « Hurlements » (1981), la série « Teen Wolf » (1986) basé sur le film de l’année précédente ou encore le clip de Michael Jackson, « Thriller » (1982).
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© Universal Pictures

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La sexualité est-elle troublante dans les films de loups-garous ?

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© International Film Investors
Wescom Productions

Le thème de la puberté est souvent abordé par le biais du loup-garou donc par contamination la thématique d’une sexualité troublée par des changements psychologiques et/ou biologiques incontrôlés aussi. La sexualité est bien souvent traitée comme une pulsion bestiale dans ces films. Des personnages vont subitement avoir des désirs sexuels décuplés, en fait. Ce sont principalement des hommes qui se transforment au cinéma car il a toujours été moins problématique de mettre en scène des femmes avec une sexualité violente, potentiellement dominante et dangereuse. Or, il y a une exception, « Ginger Snaps » (2000), il s’agit d’une jeune femme qui devient loup-garou et commence à une vie sexuelle prédatrice et agressive avec les hommes. Le thème aborde ici un aspect féministe en mettant déjà en scène de façon métaphorique l’expérience de la puberté féminine et le traumatisme parfois ressenti à l’arrivée des premières règles et des premiers poils. Il est aussi féministe car il use d’une figure longtemps attachée à un archétype de la masculinité puissante à une jeune femme, qui n’a pas la carrure d’un Lon Chaney Jr et qui pourtant fait autant peur une fois transformée : Cet aspect est également féministe.
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Il y a une part de malédiction ?
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Oui car la transformation provoque des actions non voulues. Contrairement à la figure du vampire avec « Dracula », le loup-garou n’a pas de référence littéraire. Il repose avant tout sur des légendes et des mythes. Par conséquent, le loup-garou est associé au roman de « Docteur Jekyll & Mister Hyde » de Robert Louis Stevenson. Par conséquent, le loup-garou est un personnage par définition tragique, mais cette tragédie ne vient pas forcément d’une malédiction, mais par exemple d’une contamination à travers une morsure. Le loup-garou se déchaîne sans que l’homme ou la femme victime ne puisse rien faire.
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« La Fille du loup-garou » (1944), « La loba » (1965), le clip « She wolf » (2009) de Shakira,… la femme louve est-elle celle qui fait le plus peur ?
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La figure de la femme louve est rare et intervient dans deux cas de figures. Elle peut être de façon très sexualisée. Il y a les poils, les griffes et les dents pointues mais pourtant les formes féminines restent visibles. L’aspect sauvage va accentuer l’érotisme car elles sont représentées comme plus disponibles sexuellement. Dans « Hurlements 2 : Your Sister was a Werewolf » (1985), la pilosité semble prendre l’apparence d’une robe. Dans « Trick or Treat » (2007), avec juste des cheveux et des dents longues, l’apparence de la femme louve est assez modeste. La sensualité est préférée à une bestialité trop exacerbée. Le but reste bien souvent (quasiment toujours même) de séduire plus que d’effrayer

« Ginger snaps » est le premier film où la femme louve se rapproche visuellement de l’apparence du loup-garou masculin au cinéma. Il sort des carcans et accompagne la troisième vague féministe. « Ginger snaps » va jusqu’à aborder la question des règles en le liant avec le cycle de la pleine lune.
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La transformation est-elle ce qui fascine le plus ?

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Au début de l’histoire du cinéma, par manque de moyens techniques, la transformation est peu montrée. Elle est pourtant la scène la plus attendue par les spectateurs.

Durant les années 30-40, les films se limitent aux moyens techniques de l’époque : le stop-motion et le maquillage. On va également préférer suggérer la majorité des étapes de métamorphose et surtout limiter le maquillage des acteurs à ce qui dépasse du costume par souci d’économie encore.

Malgré les limites, les productions veulent impressionner le public. Dans « Le Monstre de Londres » (1935), le personnage passe derrière des piliers et à chaque fois qu’il réapparaît, il change de forme. Le réalisateur Stuart Walker utilise les coupures pour changer le maquillage.

Ce sont les années 80 qui vont voir une explosion des films de transformation. John Landis et Joe Dante sont des réalisateurs passionnés par le genre horreur. Chacun va la même année avoir l’envie d’imaginer leur propre film de loup-garou. « Le Loup-garou de Londres » pour Landis et « Hurlements » pour Joe Dante.

Les scènes brutales de « L’Exorciste » (1973) sont le modèle. Les avancées techniques permettent des effets plus impressionnants. Rick Baker, ami de longue date de Landis, v s’occuper des effets spéciaux du « Loup-garou de Londres ». Le maquilleur Rob Bottin, apprenti de Baker, a, quant à lui, été engagé pour « Hurlements ».

Les deux films de loups-garous vont alors devenir concurrentiels. A tel point que lorsque Baker vient aider Bottin sur le tournage de « Hurlements », cela va poser un conflit d’intérêt.

Que ce soit « Le Loup-Garou de Londres » ou « Hurlements », ils ont la même envie : Montrer une impressionnante transformation.
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Chacun des films vont avoir une approche différente ?

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Oui. « Hurlements » choisit de montrer la transformation avec une répétition de plans. Durant les scènes de pénombre, la suggestion est également importante – au même titre que les films des années 30-40. Les nouveaux effets spéciaux sont cependant présents avec notamment une pompe (les fameuses bladders) qui permet de gonfler les corps transformés.

© PolyGram Pictures

Quant au « Loup-garou de Londres », John Landis souhaite une transformation en pleine lumière. La souffrance devient un spectacle. On utilise des poussoirs et des prothèses qui vont venir s’étirer afin de véritablement donner l’impression au spectateur que le squelette s’étire, qu’il se reconfigure pour faire passer le protagoniste de la bipédie à la quadrupédie. Il y a ici une recherche de réalisme anatomique très paradoxal.

Lors de leur sortie respective, les deux films vont obtenir le respect du métier. Les effets spéciaux impressionnent pour leur réalisme. A tel point que l’Académie des Oscars décerne leur première récompense à ce corps de métier. Rick Baker remporte la statuette en 1982. Chaque maison de production souhaite sortir leur film grand spectacle. C’est synonyme d’un véritable cercle vertueux pour le milieu des effets spéciaux et son économie indépendante alors naissante.

Joe Dante fait appel à nouveau à Rob Bottin pour « Gremlins » (1984) et John Landis va réaliser le clip « Thriller » de Michael Jackson avec à nouveau l’aide de Rick Baker.

« Le Pacte des loups » (2001) va reprendre cette idée d’impressionner le public avec les effets speciaux.

En plus des progrès techniques, les films de loups-garous des années 80 vont également se teinter de sous-textes politiques. Les années 1980 sont synonymes d’horreur endogène dans la vraie vie, en dehors de la fiction même : l’épidémie du SIDA (horreur endogène : menace qui attaque et détruit depuis l’intérieur). C’est pour cette raison que des films de body horror, et donc les films de loups-garous mettant en scène des transformations, vont devenir très populaires.

Le réalisateur canadien David Cronenberg cristallise dans ses films ces angoisses (surtout dans « La Mouche » (1986) qui sera lu à tort à sa sortie comme un film sur le SIDA) et cette esthétique de l’horreur de l’intérieur qui maque cette décennie.
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Le loup-garou est-il un alter-ego ou un ennemi du vampire ?

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Dans certains films des Universal Monsters, les deux créatures ont une relation de complicité. Le premier est comme le chien de garde du second. Le vampire a une dimension noble voire gothique tandis que le loup-garou fait au sauvage. Des films comme « Van Helsing » (2004), « Underworld » (2003) ou « Twilight » (2008) vont, quant à eux, montrer une lutte entre monstres.  La relation loup-garou-vampire n’est pas une relation figée et varie beaucoup en fonction du registre du film et de l’époque.
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Le loup-garou est-il un personnage cinématographique en voie de disparition selon vous ?
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J’attends avec impatience de voir « Werwulf – La Bête maudite » (2026) de Robert Eggers. Le film sera en partie en noir & blanc. Cela permet d’évoquer les classiques de la Universal.

Eggers fait le choix du Moyen-Âge et de relier le loup-garou avec le mythe de la sorcière – union peu vue au cinéma.

La figure du loup-garou va continuer à hanter nos cinémas.
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© PolyGram Pictures
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Photo de couverture : © PolyGram Pictures

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