Artiste visuel, photographe et réalisateur, Julien Mignot a au fil des années noué une relation particulière avec l’image. Géographe de formation et originaire d’Auvergne, les formes ont autant d’importance que le fond.
Portraitiste pour la presse, Julien Mignot n’oublie jamais les paysages et autres horizons qui nous entourent. La photographie est un dialogue avec nos propres ressentis. C’est ainsi que comment les plus belles histoires…
Entretien avec Julien Mignot, photographe et chercheur d’instants.
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La photographie était-elle votre horizon depuis votre enfance ? Quel était votre rapport avec l’image ?
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Je n’ai pas eu de cadre précis concernant la photographie durant mon enfance. Tout est venu bien plus tard.
Au début de ma carrière, même si j’étais passionné par l’image, je faisais un travail de commande. Je m’adaptais juste aux médias. Je ne travaillais pas de la même façon pour Grazia ou Libération. Lorsque vous êtes photographe portraitiste, vous êtes au service du commanditaire. Il y a une forme d’illustration.
J’ai ainsi beaucoup appris. Je me suis ensuite rendu compte qu’en plus d’être un bon moyen pour gagner sa vie, la photographie était également un moyen d’expression extraordinaire.
Concernant l’horizon, il est vrai qu’il y a tout de même un lien avec mon adolescence. Ma famille vivait dans une mairie en Auvergne. L’édifice était assez grand, les fenêtres hautes. Il fallait donc se grandir pour voir plus loin. L’horizon a commencé ainsi. Avec ses volcans et ses collines, les paysages en Auvergne sont incroyables. La question de l’horizon reste prégnante pour moi. Je veux toujours aller plus loin.
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La photographie peut-elle se confondre avec la peinture ?
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J’aime autant la peinture classique que la peinture contemporaine.
Avec mon travail Temps présent, j’ai pu travailler avec la planche contact et étudier le mouvement impressionniste. Je m’interroge : 150 ans plus tard, je m’interroge sur mon propre médium. La photographie doit être un instant, un cadre et une lumière. J’ai ensuite ajouté du temps à l’intérieur.
Certains peintres, comme Gerhard Richter et David Hockney, s’inspirent de la photographie afin de trouver la meilleure touche.
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Quand est-ce que la couleur intervient dans votre travail ? Y’a-t-il toujours une recherche d’une harmonie ?
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Dans la série Temps présent, j’ai joué en effet sur les couleurs. J’ai accentué les contrastes. Il y a une justesse dans les formes mais aussi dans les couleurs. La variation géométrique ne peut être donnée que par ces dernières.
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Le clip « Air » (long de 30 minutes) de Jeanne Added a-t-il été un défi (notamment sonique) ?
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Nous avions déjà travaillé ensemble. Pendant le confinement, Jeanne a souhaité réaliser un album uniquement disponible sur les réseaux sociaux. Chaque jour, nous devions diffuser un clip. Le tout serait ensuite compilé pour faire un seul et même bloc. Les contraintes liées au Covid 19 restaient toujours importantes. De plus, nous n’avons pas obtenu les subventions attendues. Malgré tout, nous avons formé une équipe de 14 personnes et nous sommes partis en Auvergne et en Bretagne. Lorsque Jeanne m’avait parlé de son projet, j’ai pensé à des lieux précis. Je percevais l’album comme très organique. Deux morceaux étaient plus « clipesques ». J’ai imaginé des ambiances avec Inès Tabarin, chef opératrice. Nous avons pris une caméra très légère pour réaliser un road movie.
« Air » a été une très belle aventure. J’y retrouve des couleurs graphiques qui font partie de mon langage.
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Le court métrage « Sous la peau » aura-t-il un grand frère ?
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Je ne pense pas développer « Sous la peau » comme un long métrage. Mes projets de photographe prennent beaucoup de mon temps. Un jour, peut-être, que je raconterai des histoires via le cinéma.
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Le temps avec des artistes est-il précieux ? Trop court ou y’a-t-il eu tout de même de grands moments ?
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Chaque rencontre est différente. Certains moments sont fugaces comme avec David Lynch. D’autres furent plus longs. J’ai passé toute une journée avec Jean-Louis Murat. Auvergnat, il connaissait mes cousins et leur restaurant. Tout cela a créé de la complicité.
J’ai eu la chance de prendre en photo Lana Del Rey avant qu’elle devienne une star. Elle venait chanter au Nouveau Casino à Paris.
Quand vous prenez en photo des artistes mythiques, il s’agit de moments étranges. L’image n’est pas incroyable c’est le visage qui compte. Une simple photo de David Lynch reste une trace de lui sur la Terre.
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Le Festival de Cannes 2026 a-t-il été exceptionnel pour vous ?
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Libération m’a permis d’y aller. Les critiques de cinéma du journal étaient présents. Il fallait illustrer chaque jour leurs propos avec des photos.
Auprès des attachés de presse, y compris les Américains, Libération est un journal reconnu et respecté. J’ai pu ainsi avoir une certaine autorité concernant les retouches et les non retouches des images. Cependant, je déplore cette année de ne pas avoir eu assez de modèles féminins. Le cinéma reste toujours un monde masculin.
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Recherchez-vous toujours les accidents ?
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Comme Henri Cartier-Bresson, je cherche surtout à m’oublier. C’est un état de trance que l’on retrouve également dans la peinture ou la musique. La photographie n’est qu’une prémonition. Lorsque vous déclenchez l’appareil photo, vous ne détectez pas forcément une bonne image. Vous devez minimiser tous les filtres entre vous et la personne ou le paysage que vous allez prendre en photo.
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Que souhaitez-vous à présent ?
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Il m’a fallu du temps pour comprendre la photographie. Même si je n’ai pas encore fait le tour, je souhaite à présent révéler des choses qui ne sont pas invisibles. C’était le corps de sujet de la série Temps présent. Je veux capturer ce qui nous échappe.
Je travaille actuellement sur les ombres, sur des surfaces courtes transparentes. Un verre posé sur une table sous le soleil d’été va produire cette optique.
Je souhaite revenir à la photographie pure. Je ne travaille pas de la même façon si je fais du numérique ou si je travaille avec un film. Avec l’image immédiate, on ne s’interroge pas assez sur notre propre création. La photo est ainsi banalisée.
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Photo de couverture : © Julien Mignot







