Certains dévorent les livres jusqu’à les rerelire et observer de temps en temps les (belles) illustrations. Un genre d’ouvrages est justement populaire – les livres à colorier. Voici une façon de s’approprier le roman, l’histoire et choisir le bon ton, l’atmosphère juste.

Artiste française vivant en Suisse, Estelle Brabant a relevé le défi d’illustrer « Les Quatre filles du Dr. March » (Editions Dessain et Tolra – 2026). Chef d’œuvre de la littérature américaine, le roman de Louisa May Alcott continue de passionner et d’être commenté.

Illustrer c’est aussi interpréter.

Entretien coloré avec l’illustratrice et graphiste Estelle Brabant.

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Vous illustrez plantes, animaux et personnages avec un soin méticuleux (matières, réalisme…). Avez-vous une approche scientifique ?
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Oui, j’ai une démarche assez scientifique et botanique dans mon travail : j’aime observer, me documenter (croquis, photos, recherches), puis traduire ces détails : les textures, les nervures du bois par exemple, tout en gardant une part de poésie dans la composition.
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Êtes-vous artiste ou artisane ?
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Je me situe à la croisée des deux. Je revendique une démarche d’artiste mais je suis aussi très attachée au geste, au temps long et à la précision du trait. Dans l’illustration, l’art et l’artisanat se nourrissent : l’un apporte l’intention, l’autre la justesse.

© Dessain et Tolra
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La Suisse est-elle une vraie source d’inspiration pour vous ?
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Oui, profondément. J’habite entre lac et forêt et la marche en forêt fait partie de mes activités préférées. Cela m’inspire et me permet de ralentir et de construire des images calmes pour mes dessins. Aussi, je me sens très proche du végétal, donc ici, c’est un vrai terrain de jeu.
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Comment est né le projet d’illustrer le classique américain « Les Quatre filles du docteur March » ?

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C’est une amie proche qui a parlé de mon travail à son entourage et il s’avère que la directrice artistique de la maison d’édition m’a tout de suite contactée pour me proposer ce projet. J’étais très heureuse, car illustrer un classique de la littérature américaine était un honneur.
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© Dessain et Tolra
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Chaque fille a une personnalité bien différente. Elles sont tout de même sœurs et, par conséquent, proches physiquement. Comment avez-vous choisi de les représenter ?
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Je suis partie de leurs tempéraments, mais sans les enfermer dans des rôles. Leurs différences se lisent dans leurs attitudes, leurs regards, leurs détails vestimentaires, mais la composition insiste sur ce qui les relie : une sororité faite de tensions, de rires et de soutien.
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Vos illustrations se concentrent sur les détails du quotidien (chaussures, plantes, animaux…). Avez-vous voulu avant tout capter une ambiance ?
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Oui. Les détails ancrent une scène dans le réel et la rendent vivante. Une paire de chaussures posée près d’une porte, une plante sur une table, un animal qui passe… ce sont des éléments qui racontent le temps, la maison, la chaleur d’un foyer. Je voulais que le lecteur sente l’atmosphère, avant même d’identifier une action.
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© Dessain et Tolra
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Vous êtes-vous renseignée sur le quotidien pendant la Guerre de Sécession ?

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Oui, c’était important pour moi de comprendre le contexte : l’intérieur des maisons, les vêtements, les objets, les habitudes, mais aussi ce que la guerre implique en arrière-plan. Je me suis documentée par des images d’archives, des gravures, des références de costumes et de botanique, tout en gardant une liberté poétique : je ne voulais pas d’une reconstitution froide, mais d’une justesse sensible.
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Vous sentez-vous proche d’une des quatre filles ?

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J’ai un faible pour Jo, pour sa liberté et son énergie créative, mais je me reconnais aussi dans des fragments des autres : la douceur de Beth, la sensibilité de Meg, l’ambition d’Amy.
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Avez-vous des conseils pour le coloriage ?

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Je dirais : prenez votre temps et amusez-vous. On peut suivre des harmonies très douces (tons naturels, pastels, camaïeux) ou au contraire oser des contrastes plus audacieux.
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© Dessain et Tolra

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Image de couverture : © Dessain et Tolra

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