Véritable conteuse de l’image, Vanda Spengler réalise des photographies qui réveillent nos émotions. L’intime, la violence mais également la tendresse sont exposées de façon brute et par conséquent sincères. Les corps sont également de véritables sujets. Ils sont décharnés, désarmés mais avant tout véritables et les lieux deviennent des zones de turbulences.

Chez Vanda Spengler, l’image est puissante sans artifices. Une façon de retrouver une mise en scène pure et troublante.

Entretien avec Vanda Spengler, photographe des zones grises.

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Votre grand-mère était écrivaine. Votre père était éditeur. Y’avait-il une évidence pour vous d’être artiste ? Une famille amoureuse des mots.

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Je voulais surtout être à contre-courant de ma famille. L’érotisme y était omniprésent et même oppressant. J’ai fait le choix de m’éloigner de la littérature pour la photographie et lorsqu’il a fallu exposer les corps, j’ai choisi de montrer une autre vision. Dans mes images, il y a de la froideur, un côté désexué voire morbide. Cependant, je réalise depuis peu que chaque personne peut voir tout de même de l’érotisme dans mon travail.

Ma grand-mère, Régine Deforges, ne se voyait pas artiste. Au même titre que mon père, elle se sentait surtout éditrice. Moi-même, je ne pense pas être artiste. Je suis photographe. 

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© Vanda Spangler

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La photographie est-elle une autre écriture ?

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Tout à fait. Certains utilisent le medium photo car c’est pour eux le meilleur moyen d’expression. Ils ont fait un choix. Je fais partie de cette catégorie.

Ce qui est surprenant c’est que de nos jours, nous devons également être des communicants. On apprend à expliquer nos créations. Nous délaissons par conséquent une certaine fantaisie et une liberté créatrice.
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Que révèle l’autoportrait ?

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Je constate que la majorité des femmes photographes sont plus à même de passer par cet exercice que les hommes. Tandis que ces derniers magnifient voire érotisent les corps, les premières n’hésitent pas à s’approprier le leur dans le but de le sortir de l’image d’objet. Beaucoup traitent du temps qui passe ou des cicatrices. L’autoportrait permet de grandes choses.

Je m’expose devant mon objectif avec cette même démarche. Il m’arrive de me montrer avec mes amants car je n’ai jamais eu de problème à exposer mon intimité.

J’ai pris conscience que le monde est plus difficile pour les femmes photographes. Nous sommes sans cesse ramenées à la sensibilité et même à une forme de pseudo sensibilité féminine.
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La nudité est-elle depuis l’enfance une évidence pour vous ? « Le vêtement c’est de la triche »

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Depuis l’enfance, je n’ai jamais eu souci avec la nudité. Ma famille paternelle, tout comme ma mère, n’avait aucune pudeur. On appelle ce phénomène incestuel. Les parents ne donnent pas de cadre aux enfants. Il y a donc confusion.

Au cours de ma carrière, j’ai pu prendre en photo des enfants dénudés y compris mon fils. Etant une femme, on m’a fait confiance. Je ne regrette pas cette série mais je ne le ferai plus.

Les images ne sont pas problématiques mais il est nécessaire de fixer des limites. Il faut savoir respecter l’intimité des enfants.

Je suis photographe depuis 20 ans et j’aime changer d’avis sur mon travail. J’ai pris conscience avec le temps que la nudité des enfants n’était pas anodine à photographier.
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© Vanda Spangler
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Le corps est-il rassurant quand il est laid, abimé, organique ?

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En premier lieu, il ne devrait être que fonctionnel. Le corps ne devrait pas avoir une dimension esthétique.

Il est « vrai » lorsqu’il n’est pas en représentation. Cependant, notre société nous impose des codes. Il m’est arrivé de prendre en photo des corps esthétiquement beaux mais cela ne m’intéresse pas. Je veux montrer autre chose.
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Est-ce l’intime qui est le cœur de vos sujets ?

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Même si je veux toujours réaliser des images en rapport avec l’humain, je suis fascinée surtout par l’aspect primitif et animal. Par conséquent, oui il y a une part d’intimité.
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L’animal est-il une victime dans vos œuvres ?

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© Vanda Spangler

Je ne crois pas. Les animaux me rassurent. Je les trouve même émouvants.

Même s’ils sont en haut de la pyramide, les humains sont également des animaux comme les autres. Notre nudité et nos chairs fragiles le rappellent. Nous oublions notre part organique.

Avec la série Carcasses, j’ai réalisé des photos de cadavres d’animaux. Ces images rappellent notre identité. J’ai pris en photo des carcasses animales encore chaudes afin de rendre hommage à l’éphémère. J’ai pu suivre des chasseurs et j’ai pu prendre en photo des dépeçages en toute légalité. Cependant, pour ma nouvelle série, Post-Mortem, j’ai choisi de ne pas respecter les protocoles. Je photographie des cadavres d’humains. Les thanatopracteurs (ceux qui préparent les personnes décédées depuis plusieurs heures ou depuis quelques jours) m’ont fait confiance.      
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Que souhaitez-vous explorer à présent ?

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Je n’ai pas réellement de talents précis. Par contre, j’ai sans cesse beaucoup d’idées.

J’aimerais réaliser un film. J’ai toujours voulu être réalisatrice. Paresseuse, je suis devenue photographe (rires).

J’ai adoré « The Substance » de Coralie Fargeat. J’apprécie également le cinéma de David Cronenberg.

J’aimerais explorer davantage la figure du monstre. J’ai déjà édité un fanzine qui s’intitulait « Monstre et enfance ».

Au fil du temps, j’ai eu la chance de rencontrer des marionnettistes et des maquilleurs. Cela m’a beaucoup inspiré. J’ai toujours eu envie de secouer les émotions, bousculer voire provoquer le dégoût.
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© Vanda Spangler

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© Vanda Spangler

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