Photographe ukrainien, Ruslan Lobanov est aussi avec son objectif un conteur. Les images soignées et riches nous parlent sans cesse. Il y a les femmes libres, les hommes témoins et une grande part d’humour et d’imagination.
Le noir & blanc nous offre la possibilité de plonger dans une autre réalité. Avec « Wartime Sketches« , Ruslan Lobanov imagine même la libération de son pays, l’Ukraine. Le passé nourrit le futur. La photographie accompagne nos rêves.
Entretien avec Ruslan Lobanov, artisan d’images merveilleuses.
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Pourquoi préférez-vous la photo en noir & blanc ?
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La plupart de mes réalisations sont des monochromes. Il n’y a pas qu’une seule raison à cela. Tout d’abord, à travers mes photographies, je raconte une histoire et elles fonctionnent avec le noir & blanc par contrastes et par textures. La couleur est absente de mes récits.
Ensuite, les références auxquelles je renvoie souvent, tant au spectateur qu’à moi-même, sont des photographies historiques des années 1920, 1930 et 1940. Elles étaient toutes monochromes.
Troisièmement, pour la photographie de nu, ma devise est souvent « moins, c’est plus ». C’est pour cette raison que mon esthétique reste minimaliste. Ainsi le résultat est saisissant. Les corps sont valorisés
Bien sûr, je réalise aussi des œuvres en couleurs. Certaines séries l’exigent même – notamment lors de séances photo à Cuba ou au Maroc. Il y a des lieux que je souhaite montrer en couleur. Certaines séries, par principe, sont exclusivement en couleurs. Tout dépend avant tout du récit.
On ne peut pas réduire mon travail au simple noir et blanc ou à la seule couleur.
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Comment êtes-vous devenu photographe ?
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Ma sœur aînée a joué un grand rôle. Elle est fashion designer. Ma jeunesse coïncidait avec le temps où elle commençait sa carrière.
Patrons, magazines, détails de couture — tout cela m’entourait et, d’une certaine manière, a donné le ton de mon travail futur. Toutes ces influences ont en effet développé mon sens esthétique et mon approche générale de l’esthétique encadrée.
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« Under Wander », « Château » et « Wartime Sketches » sont-ils des livres qui racontent à chaque fois une histoire unique ?
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Tous mes projets s’articulent en effet autour d’un récit lié à un lieu – Cela peut être un restaurant, une ville ou un château. Cependant, ce n’est pas le lieu en lui-même qui compte, mais l’histoire.
À travers ces projets, je construis soit une intrigue. Je peux imaginer des temps qui n’ont jamais existé, comme dans « Under Wander » – soit j’explore la véritable profondeur d’un lieu, comme dans « Château », où l’endroit est déjà chargé de siècles d’histoire. Je m’efforce de plonger au cœur de ces strates et de développer une histoire.
« Wartime Sketches » est un cas à part. Il ne s’agit pas d’un lieu précis, mais plutôt d’une idée du monde qui nous entoure.
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La France est un endroit particulier pour vous ?
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Puisque je perçois chaque ville comme un lieu à part entière, la réponse est oui.
La France occupe une place particulière dans mon cœur. D’abord, je remarque mon travail y est très apprécié, et je sais que nombre de mes photographies, tirages et livres s’y trouvent.
Ensuite, la France regorge d’endroits où j’ai déjà réalisé des prises de vue et où je continuerai d’en réaliser. D’ailleurs, l’un de mes livres, « Château », a été entièrement conçu autour d’un lieu unique en France.
Alors oui : on peut dire la France est un lieu à part pour moi.
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En tant que photographe ukrainien, les événements actuels et votre identité influencent-ils votre travail ?
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Je ne quitte jamais Kyiv. La guerre a changé ma créativité et ma vie en général. Dans une zone de conflit, vous ne savez pas si vous allez vivre le dernier jour de votre vie. Un missile peut tomber sur vous à tout instant. Cela peut être demain, après-midi ou aujourd’hui. Les Ukrainiens ont appris à ne jamais remettre les choses au lendemain.
Tout ce que je photographie maintenant me semble plus ciblé et productif. L’un des changements majeurs c’est lorsque je commence un projet, je suis totalement impliqué. Je ne me disperse plus sur 15 ou 20 séries différentes – Je m’applique.
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Vous avez même imaginé en photographies une victoire de l’Ukraine.
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Le livre « Wartime Sketches » est une réflexion sur ce que pourrait être le Jour de la Victoire. Il y a déjà eu tellement d’œuvres sur la guerre elle-même. Je voulais en parler sous un angle original.
Nous apprenons déjà tellement de mauvaises nouvelles chaque jour. Cela ne m’inspire pas. Avec « Wartime Sketches », j’ai donc imaginé une réalité alternative, une réalité où la paix est déjà arrivée. Vous savez – cela deviendra une réalité. C’est juste une question de temps…
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Quels sont vos projets ?
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En mai, je publierai un nouveau livre grand format, « SELECTED » (29 × 38 cm, 328 pages), qui regroupe mes meilleures photographies. Il a été imprimé par EBS, l’une des plus grandes maisons d’édition européennes.
Je prépare également le second tome de « Confessions ». Le projet a été réalisé à Kyiv en pleine guerre d’Ukraine.
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Photo de couverture : © Ruslan Lobanov







