Le story board est la ligne conductrice d’un film. Il permet une meilleure lecture des plans complexes. Ces dessins sont également une partie intégrante de l’énergie d’un long métrage. Story boarder et directeur artistique, Maxime Rebière accompagne les films et les pièces de théâtre depuis les années 90. Il est également illustrateur pour le monde de la mode. Maxime Rebière a su travailler avec des metteurs en scène différents tels que Jean-Jacques Annaud (vous pouvez actuellement voir son travail pour « L’Amant » à l’exposition Le Chantier invisible à la Fondation Jérôme Seydoux), Jean-Pierre Jeunet, Diane Kurys ou Patrice Chéreau.
Sa signature c’est celle de la passion de la création, du dialogue avec les metteurs en scène et les couturiers.
Entretien avec Maxime Rebière, artiste de l’image.
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Quelle fut votre première passion ? Le dessin ? Le cinéma ?
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Dès l’enfance j’étais attiré par les décors et les costumes, j’ai été très marqué par « La Belle et la bête » (1946). Le film de Jean Cocteau m’a fasciné. Je n’avais jamais assisté à une pièce de théâtre mais je voulais être décorateur de théâtre. Je me suis mis à dessiner des costumes. Ma mère a pris la décision de m’inscrire à l’Ecole Boulle afin que je puisse acquérir une certaine technique. J’ai passé 6 ans dans cette école à apprendre plusieurs matières artistiques. J’ai même terminé major de ma promotion en architecture intérieure.
Souhaitant faire de l’illustration, j’ai voulu continuer aux Arts Déco. J’ai dû faire mon service militaire en tant que magasinier au 3ème sous-sol dans l’armée de l’Air à Balard pour suivre parallèlement les cours du soir aux Arts Déco . Comme j’avais un jour de libre, j’en profitais pour venir travailler au studio de publicité qui m’avait recruté juste avant le service militaire. Je réalisais de nombreux story boards pour la publicité des années 80. Le travail était assez intense et j’ai continué en freelance notamment pour l’agence de Thierry Ardisson.
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« L’Amant » (1992), adaptation du roman de Marguerite Duras, a-t-il été un projet où il a fallu capturer par le dessin une ambiance ?
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Avec d’autres dessinateurs, nous avons proposé nos services de story boarders dans une revue, Le Technicien de film. Cependant, il n’y a eu aucune proposition en retour. La publicité était alors méprisée par l’industrie cinématographique.
Un réalisateur avait réussi à travailler dans les deux univers : Jean-Jacques Annaud. Il utilisait à la technique du storyboard pour ses projets.

J’apprends alors que Jean-Jacques Annaud est en train de préparer son prochain film, « L’Amant ». La production me prévient qu’il y a un concours. Il fallait proposer des dessins en lien avec les descriptions de Jean-Jacques Annaud. Je rapporte mon dossier terminé. Bien plus tard, je rencontre Annaud. Il me complimente en me disant que j’avais le sens cinématographique mais je n’avais pas réussi à saisir l’ambiance de l’époque du livre. Je m’adapte alors en réalisant des dessins en couleurs style années 30. Ce n’était plus du storyboard mais de l’illustration. Je suis finalement choisi pour intégrer l’équipe du film.
Il était amusant de travailler avec Jean-Jacques Annaud car il mimait les scènes. Je devais parfois m’allonger sur le sol pour dessiner la contre-plongée. Ce fut mon premier tournage. J’ai même dû remplacer au pied levé un figurant pour la scène du restaurant. Je jouais un officier qui ouvrait la séquence. On m’avait promis que cela allait être rapide. J’ai été pris toute la journée (rires).
« L’Amant » a été une étape majeure dans ma carrière. Tout le monde savait que Jean-Jacques Annaud travaillait à l’aide de storyboard. Par conséquent, dès qu’une production souhaitait faire le même exercice, on le contactait et j’étais sollicité.
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« Le Comte de Monte Cristo » (2024), « Les Trois mousquetaires » (2023), « La Reine Margot » (1994), « Jeanne d’Arc » (1999), « La Dame aux Camélias » au théâtre … Y’a-t-il un travail s’approchant de celui de l’historien ?
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D’une certaine manière oui. C’est devenu significatif avec « Les Enfants du siècle » (1999). J’avais déjà travaillé avec la réalisatrice Diane Kurys sur un projet qui n’avait pas abouti. Pour son film à propos de l’histoire d’amour entre George Sand et Alfred de Musset, remarquant que j’étais passionné par le XIXème siècle, elle m’a proposé de mettre en œuvre toute la documentation historique du film. J’ai commencé à faire des recherches notamment à la Bibliothèque nationale et j’ai réalisé une bible générale en deux volumes. Je modifiais parfois les références historiques par mes propres dessins.
Sur le tournage, je vérifiais l’exactitude historique des scènes. Il m’est arrivé de changer les figurants, en fonction des coiffures et des costumes.
Suite à la sortie des « Enfants du siècle », une exposition a eu lieu au Musée de la vie romantique.
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Le travail avec certains réalisateurs nécessite-t-il une adaptation ?
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« La Reine Margot » a été une nouvelle expérience. Je devais illustrer une séquence de chasse car la production avait du mal à comprendre ce que le réalisateur Patrice Chéreau souhaitait vraiment. On m’a jeté dans la fosse aux lions (rires). Je rencontre seul Patrice Chéreau. Il ne souhaite pas que je dessine pendant ses explications. Chéreau entoure les actions et les phrases qu’il faut intégrer. A l’issue de la discussion, je suis perplexe. Il n’y avait pas eu d’indications de plan.

J’ai dû réaliser des dessins libres de la séquence de la chasse en imaginant moi-même les plans.
Une semaine plus tard, je pars avec Patrice Chéreau et son équipe à Bordeaux pour faire des repérages. Nous avons affiné le story board. Il a été clair que la séquence était plus complexe que prévu et, au cours de l’été, la décision a été de faire un tournage à part. Ce passage dans la forêt de Rambouillet a duré 3 semaines. Les arbres n’étant pas assez gros, il a fallu les grossir avec des moulages.
Patrice Chéreau a eu l’idée de travailler avec moi sur la séquence du mariage de Margot et d’Henri de Navarre. Nous avons joué la scène ensemble. Patrice m’a même donné un coup sur la tête comme celui que recevait Isabelle Adjani. Sur l’enregistrement du magnétophone. On entend la tape et Chéreau me dit : « Je ne t’ai pas trop fait mal ?! ».
Il s’agissait d’un réalisateur incroyable. Afin de diriger les acteurs, je l’ai vu jouer la souffrance. Patrice l’incarnait.
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« La Haine » (1995) a-t-il été un film coup de poing dès la préparation ?
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Ce fut une nouvelle expérience pour moi. J’avais surtout travaillé sur des films d’époque. De plus, Mathieu Kassovitz était un tout jeune réalisateur. Pour me préparer, je m’étais rendu aux Halles afin de dessiner le décor.
J’ai senti que « La Haine » était en effet un film à part. Fait amusant – il a été présenté au Festival de Cannes au même moment que « La Reine Margot ».
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« Le Pianiste » (2002) a-t-il une expérience unique ?
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Afin de m’intégrer dans le projet, Roman Polanski m’avait transmis des cassettes du Varsovie d’avant-guerre, durant l’occupation allemande et du ghetto. Je regardais ces documentaires tout un dimanche d’hiver c’était très éprouvant et émouvant.
Polanski est un bon dessinateur ses croquis étaient inspirants pour dessiner les plans. Nous étions en train de concevoir des images de la scène de la mise en place du ghetto. Polanski m’a alors raconté qu’en 1940 sa sœur l’avait appelé pour regarder à la fenêtre la construction du mur. Je ne dessinais jamais une image légèrement. C’était toujours grave.
Pour « Oliver Twist » (2005), Polanski m’a envoyé aux studios de Prague afin de voir la maquette du décor, aller et retour dans la journée.
Pour « J’Accuse » (2019), Roman Polanski a souhaité parfois connaître mon point de vue, sans regarder la documentation du décor. Les discussions étaient parfois animées mais le dialogue restait toujours ouvert.
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« L’Odyssée de Pi » de Jean-Pierre Jeunet, « My brother is a dog » de Diane Kurys, « Le Paratonnerre » de Pascale Ferran,… Que retenez-vous des projets inachevés ?
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Beaucoup étaient poétiques et peut-être trop originaux. Tous ces projets n’ont pas été jusqu’au bout faute de moyens financiers. « L’Odyssée de Pi » était prêt à être tourné. Le story board et les maquettes était complets. Finalement, ce sont les Américains qui ont repris le projet et Ang Lee a réalisé le film.
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Vous n’avez jamais souhaité être réalisateur ?
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Pour être réalisateur, vous devez être un véritable chef d’équipe ce que je ne suis pas. J’ai pu me rendre notamment sur le tournage de « 7 ans au Tibet » (1997). Je suis resté admiratif par la gestion de Jean-Jacques Annaud. Malgré l’ampleur du projet et certains gros problèmes techniques il restait calme, concentré autour de la mise en scène et des acteurs.
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Vous avez également travaillé dans le milieu de la mode. Comment est venue cette rencontre ?
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Au début des années 90, pendant que je dessinais pour un projet publicitaire, j’écoute à la radio un entretien avec le couturier Christian Lacroix. Il évoquait sa passion pour le costume de théâtre. Son discours me donne envie de dessiner une silhouette que je lui envoie par la poste avec un petit mot d’admiration. Des mois plus tard, je reçois une lettre manuscrite du couturier qui m’encourage mais qu’il n’a cependant aucun poste à me proposer. Je réponds que ma lettre était seulement spontanée et j’exprime le souhait de visiter le décor du Salon de Haute Couture Garouste & Bonetti. Lacroix m’invite à me rendre sur place et je suis magnifiquement bien accueilli par l’équipe Haute Couture pour visiter ce décor incroyable.
Quelques mois plus tard, on me propose d’illustrer le book des collections pour le salon. Je rencontre enfin Christian Lacroix. Tout en continuant mes activités dans le cinéma et la publicité, je continue une collaboration avec la maison Lacroix jusqu’à la fermeture en 2010
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Que souhaitez-vous réaliser à présent ?
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Grâce au story board et l’illustration, j’ai pu travailler sur des grands projets, et rencontrer de fortes personnalités.
Maintenant, je travaille essentiellement avec des créateurs costumes pour dessiner leurs maquettes et sur des projets personnels.
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