Dans un monde de plus en plus fracturé, instable et dangereux, l’extrême droite se réinstalle progressivement dans nos sociétés. Les identitaires s’adaptent aux problématiques actuelles jusqu’à fonder des mouvements fémonationalistes et même écologistes fascisés.

L’extrême droite s’installe lorsque la démocratie représentative est fragilisée. Léa Lou Tomasi n’accepte pas cette normalisation des idées nationalistes. Avec une belle maîtrise de l’image, elle réalise fréquemment des vidéos dénonçant les mensonges et les stratégies de l’extrême droite. La vie politique doit se nourrir d’énergies positives et constructives.

Entretien avec Léa Lou Tomasi, antifasciste connectée.

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Pourquoi avez-vous quitté le monde de l’architecture ?
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Il s’agit d’un métier où il est nécessaire de savoir se vendre. Cela demande beaucoup de patience et de diplomatie pour permettre à ce que les clients puissent vous faire confiance.

Je n’arrivais pas non plus à en vivre. Cependant, je n’ai pas tout à fait quitté le monde de l’architecture. J’ai envie d’y revenir tôt ou tard.

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Pourquoi avoir finalement choisi de vous intéresser aux sujets politiques ?

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© Léa Lou Tomasi

J’ai été emportée par l’actualité. Ayant constaté le manque de pluralité, j’ai voulu apporter quelque chose de nouveau. Il est vrai qu’il y a une multitude de médias indépendants mais je constate qu’ils ont tous à peu près les mêmes codes et des langages similaires. Il y a un grand nombre d’informations à reporter et pourtant les prismes sont peu nombreux.

J’aime apporter un regard sociologique sur les rapports de domination actuels. Pourtant, je dispose peu de connaissances en géopolitique et en Histoire. Cela ne m’empêche de m’intéresser et de comprendre l’actualité.

Par contre, j’’ai fait des études de cinéma lorsque j’avais une vingtaine d’années. J’ai arrêté en L3 pour me lancer dans l’événementiel culturel. J’ai même monté une association.

La vidéo est donc un médium que je connais très bien. Dès l’adolescence, j’aimais réaliser des montages. Mon cercle amical a été mon premier public. J’ai pu transmettre notamment des connaissances sur le thème des luttes sociales.

L’idée de réaliser des vidéos sur Internet est venue à force de répéter sans cesse les mêmes arguments. Mes amis m’ont poussée à faire ces vidéos, convaincus que ça pourrait marcher et être utile. Même si c’est beaucoup de travail, j’aime lire et échanger sur l’actualité.
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L’actualité est-elle passionnante car, au même titre que le climat, elle est déréglée ?

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Le monde a en effet un rythme infernal et l’actualité est de nos jours constante. Nous savons tout ce qui passe en l’espace de quelques minutes. J’ai la sensation que l’angoisse peut naître du manque de connaissances sur un sujet’

J’ai pris la décision de réaliser mes vidéos sur Internet aussi dans le but de me rassurer. Le combat contre l’extrême droite n’est pas perdu. Loin de là. Je veux étudier – comprendre l’ennemi permet de mieux lutter contre et de sortir de la sensation de sidération.

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En tant que Lyonnaise, avez-vous été témoin de la montée du fascisme ?

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Pendant des années, j’ai pu observer l’influence grandissante des fascistes dans certains quartiers de ma ville. La violence de l’extrême droite, particulièrement ses groupuscules, a pris de plus en plus de place à Lyon.

De nos jours, je constate de plus en plus de visibilité identitaire dans l’espace public notamment avec leurs autocollants ou leurs graffitis.

Lyon et sa banlieue sont également des lieux connus pour leur antifascisme. Je veux mettre en valeur cet esprit. L’extrême droite n’a pas envahi tout le secteur. Suite à la mort de Quentin Deranque, le 14 février 2026, l’ambiance à Lyon était très pesante. Les lieux antifascistes et queer n’ont pas ouvert – c’était une façon pour eux de montrer leur opposition au fascisme et de protéger leur public.
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© Léa Lou Tomasi
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En 2025, le fémonationalisme a été le premier sujet de vos vidéos. Le mouvement a-t-il pris de l’ampleur ?
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Le but des mouvements d’extrême droite est de se faire entendre dans les médias. J’ai entendu parler pour la première fois de Némésis alors que j’étais en formation pour devenir membre du service d’ordre de Nous toutes. Pourtant, il n’y avait qu’une poignée de fémonationalistes. De nos jours, elles sont sont plus nombreuses. Le mouvement a pris de l’ampleur mais et bien que minoritaires, les fémonationalistes ont d’excellents moyens de communication. Ce n’est pas négligeable.

Je m’interroge également sur une partie des financements de groupes comme Némésis.
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Comment peut-on expliquer le discours plus modéré envers les groupes identitaires ?

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La minute de silence à l’Assemblée nationale, le 17 février 2026, pour la mort de Quentin Deranque est un fait grave de notre Histoire. L’événement a permis un certain respect aux groupuscules d’extrême droite.

Le fascisme est une idéologie violente qui s’installe progressivement dans nos sociétés. A cause du rythme imposé par le capitalisme, nos quotidiens nous empêchent de prendre le temps de lire et d’analyser les faits. Il est par conséquent difficile de trouver sa propre conscience politique. Les fascistes profitent de ce contexte pour mieux exister.
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© Léa Lou Tomasi
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Y’a-t-il eu un avant et après la vidéo sur le canon français ?

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Oui. Le buzz avait commencé avec la vidéo sur le livre « Les Vigilantes – Surveillées et surveillantes, ces femmes au cœur de l’extrême droite » (2025) de Léane Alestra. Il y a eu beaucoup de commentaires et de partages.

Les vidéos du canon français et sur l’esprit critique ont en effet été des événements. J’ai reçu beaucoup de commentaires et messages très violents. Je repère très vite les intimidations et les insultes. Heureusement, chaque jour, je reçois beaucoup de réactions positives. J’essaye de répondre à tout le monde. Je ressens énormément de gratitude pour la reconnaissance spontanée de ma communauté.

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A un an des élections présidentielles, quel est le climat politique ?

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J’essaye de rester optimiste. C’est le seul moyen de trouver la force pour se battre et c’est nécessaire selon moi. J’ai pu constater à Lyon une forte mobilisation contre le conservatisme. Les enjeux sont si importants que certaines personnes s’intéressent à l’actualité politique. Je suis convaincue que les élections présidentielles vont intéresser un grand nombre de personnes.

Je lis actuellement « Nouvelle cartographie électorale de la France » (2026) de Youssef Souidi et Thomas Vonderscher. Pour bien comprendre les spécificités des territoires, je le recommande vivement.
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Viktor Orban, Giorgia Meloni, Javier Millei, Donald Trump, Vladimir Poutine, Jordan Bardella,… L’avenir est-il définitivement condamné à être d’extrême droite selon vous ?
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Je me suis engagée pour faire battre les conservateurs en 2027. Les nationalistes sont en effet puissants dans le monde entier. Ce n’est justement pas le moment de baisser les bras. L’extrême droite est un acteur fort de la vie politique française depuis peu de temps. Nous pouvons prouver que leur idéologie est néfaste pour le pays.

Lors de la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, la gauche a su se mobiliser en 3 semaines. Alors que tout le monde, dont les médias, imaginait le Rassemblement national et ses alliés à Matignon, les résultats du second tour ont été tout autre.
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© Léa Lou Tomasi
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Photo de couverture : © Léa Lou Tomasi

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