Concepteur majeur du monde Pokémon, Mitsuhiro Arita est un artiste aux multiples inspirations. Aussi à l’aise parmi les petits monstres sur cartes à jouer que dans l’univers des jeux vidéo, le mangaka apporte toujours de la maîtrise et de la poésie. Les animaux sont de véritables personnages de premier plan et les héros tels que les Power rangers ou Spider-man retrouvent une énergie picturale rare.

Mitsuhiro Arita est un illustrateur japonais à suivre avec passion. Le manga n’a de cesse de nous passionner.

Entretien avec Mitsuhiro Arita, maître des images.

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Vous considérez-vous comme un conteur ?

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Je suis illustrateur avant tout. Je ne construis pas des récits de la même manière qu’un auteur de bande dessinée. Cela dit, je cherche à aller au-delà du simple dessin de personnages.

Je vise à créer un univers complet, en façonnant des images qui évoquent l’espace situé hors champ ainsi que les instants précédents et suivants la scène représentée. Je souhaite divertir le public en lui offrant une expérience comparable à un voyage au cœur du monde dépeint dans l’image.
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Puisez-vous votre inspiration dans le monde moderne ?

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Oui tout à fait. J’aime regarder des programmes sur la BBC et comme le National Geographic. Je le faisais bien que je devienne artiste. Je trouve aussi constamment de l’inspiration en observant tout simplement la vie quotidienne.

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© Mitsuhiro Arita
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Trouvez-vous également l’inspiration auprès de vieux artistes japonais comme Hokusai ou Hiroshige ?

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Bien que je n’aie pas étudié leurs œuvres de manière poussée, un ami peintre m’a un jour fait remarquer que mes compositions, tout en étant simples, étaient très bien construites – proches du style d’Hokusai et d’Hiroshige.

Finalement, je cherche toujours à éviter la complexité. Cette approche présente peut-être une certaine affinité avec la sensibilité de l’« ukiyo-e » (vieux concept artistique japonais signifiant « monde flottant »), où l’espace vide est activement chargé de sens.

Si le thème et la palette de couleurs sont définis avant l’esquisse initiale, je n’ai pas d’image mentale arrêtée de l’œuvre dans son ensemble – la manière dont je projette ce monde intérieur sur une surface plane émerge naturellement au fil de mon travail.
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Avez-vous été influencé par des artistes français au cours de votre carrière ?

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La bande dessinée française est d’une diversité et d’une originalité remarquables. En tant qu’illustrateur commercial, j’ai passé la majeure partie de ma carrière à travailler sous la contrainte plutôt qu’en tant qu’auteur.

J’admire profondément des artistes comme Moebius et Enki Bilal, qui ont atteint l’excellence en créant justement leurs propres univers uniques.

Je tiens à dire que cette interview m’a d’ailleurs donné l’occasion de rencontrer Enki Bilal en personne [Mitsuhiro Arita était présent à Paris]. Merci beaucoup.
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© Mitsuhiro Arita
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Comment concevez-vous Batman ? Est-ce chez vous une figure sombre ou un héros plus accessible ?

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Je perçois Batman comme une figure sombre. Bien que je l’aie dessiné par le passé à titre de loisir, la création de couvertures pour des comics de super-héros américains représentait un défi de taille.

Lorsque j’ai commencé à travailler sur ces couvertures, j’ai changé de matériel. Auparavant, j’utilisais du carton d’illustration, appliquant du crayon blanc ou de la peinture pour les rehauts et des crayons classiques pour les ombres.

Pour les ombrages de l’univers de Batman, je suis toutefois passé aux marqueurs Copic (à base d’alcool). Cette technique a fait apparaître des effets de mouchetage et de diffusion caractéristiques de l’encre liquide et des pigments, créant une atmosphère qui rappelle le mouvement artistique japonais du XXème siècle, Shin-hanga (« nouvelles estampes »).

J’apprécie particulièrement la façon dont ce style me permet de rendre une certaine spatialité tout en intégrant une sensibilité typiquement japonaise.

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© Mitsuhiro Arita

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Travailler sur la production de jeux vidéo a-t-il été une expérience différente et enrichissante ? Vous avez notamment travaillé sur les cinématiques de « Final Fantasy XI » et « Berserk ».
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J’ai bénéficié d’une grande liberté pendant ces productions. J’ai ainsi pu laisser libre cours à mon imagination.

Pour « Berserk », le studio souhaitait raconter une histoire médiévale réaliste et m’a fait confiance pour la réaliser. J’étais responsable de la conception des décors et des arrière-plans pour les équipes artistiques et 3D. J’ai eu même la charge de recherches des documents de référence.

Pour « Final Fantasy XI : The Magic Realm of Adoulin », j’ai principalement dessiné des scènes qui n’apparaissaient pas directement dans le jeu, ce qui m’a permis de travailler en toute liberté. Créer des histoires et des univers c’est toujours des moments formidables.
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© Mitsuhiro Arita
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Que souhaitez-vous imaginer à présent ?

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Ces derniers temps, je reçois de plus en plus de demandes pour créer des œuvres originales. C’est très intéressant. J’aimerais développer mes propres projets en plus des commandes.
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Rêvez-vous de monstres ?

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En fait, je rêve très rarement (rires). Lorsque je dessine des créatures, je m’inspire beaucoup des animaux. C’est pourquoi je regarde souvent des documentaires.
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© Mitsuhiro Arita
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Image de couverture : © Mitsuhiro Arita

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