Depuis des dizaines d’années, le manga est devenu dans le monde entier une véritable passion. Issu d’un Japon toujours aussi intriguant, ce genre unique a su en effet faire sa place même en Occident bousculant la bande dessinée franco-belge jusqu’au marché de l’art. Le manga a certes des codes bien définis mais il est également ouvert à tous les styles et inspirations.
Desirée Su est une artiste qui a su se compléter avec le genre. Il y a dans son dessin une élégance, une sensibilité mais également une maîtrise du trait. Passionnée par la France, elle a installé ses personnes œnophiles de « Noir » en plein cœur de la ville de Lille. Vin, amour et manga font décidément bon ménage.
Entretien avec Desirée Su, mangaka passionnée.
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Pourquoi êtes-vous devenue mangaka ?
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Je suis devenue mangaka car le genre regroupait un grand nombre de thèmes que j’aimais. Le dessin arrive évidemment en tête et reste l’élément le plus important. Le manga, le genre lui-même également, tout particulièrement les œuvres anciennes. Je reste fascinée par leur charme.
Quant aux histoires d’amour, ce n’est pas vraiment mon genre de prédilection. En revanche, j’adore la complexité des relations humaines (quelles qu’elles soient). Voir le couple principal finir ensemble à la fin de l’histoire n’est pas le but – l’objectif est plutôt de les voir surmonter les épreuves qu’ils rencontrent et de comprendre le rôle que chacun joue dans ce processus.
Il s’agit de voir comment ils gèrent la situation, comment ils se comportent, comment ils évoluent, comment ils s’influencent mutuellement ou encore comment leurs sentiments et leurs relations se transforment.
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Comment avez-vous appris à dessiner des mangas ? Vous vous inspirez également de d’autres artistes européens ou américains ?
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Le premier déclic a eu lieu lorsque j’ai découvert une communauté de personnes partageant les mêmes centres d’intérêt. Cela m’a permis de me sentir moins seule et de prendre plus au sérieux mon projet de manga.
Lorsque ma réalisation a commencé à prendre de l’ampleur, j’ai suivi les cours d’été de l’Accademia Europea di Manga en Italie. Cela m’a donné un nouvel élan et une belle dose de motivation. J’envisage de retourner à cette école.
L’apprentissage du manga est un processus sans fin. Dessiner autant que possible, demander de l’aide et des avis, être ouvert à la critique, faire preuve de persévérance : tout cela contribue à progresser. Dans les moments où je perds mon enthousiasme et lorsque le moral baisse, il arrive que des amis, des lecteurs ou même de parfaits inconnus me disent quelque chose de si touchant et encourageant que je retrouve ma motivation.
Quant aux artistes, il est impossible de ne pas aimer Monet. Il a été une grande inspiration quand j’ai notamment commencé à travailler davantage la couleur plutôt que le simple noir et blanc. Je m’inspire également du travail de René Gruau. C’est un génie de la composition et de la simplicité, tout en gardant une élégance certaine.
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Vos histoires sont-elles basées sur des faits réels ou aimez-vous créer de la pure fiction ?
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Je suis quelqu’un d’assez réaliste en général. L’intrigue principale de « Noir » est une fiction. Cependant, je m’inspire de nombreuses scènes et des conversations qui existent. J’exagère les situations et je les adapte au récit afin de rendre les moments plus divertissants.
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Pourquoi avoir choisi Lille (qui n’est pourtant pas une ville réputée pour le vin) ?
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Je voulais éviter les clichés. J’aime Lille, son climat et sa situation géographique. Je trouve que la ville colle bien à l’ambiance de « Noir ». Au moment de choisir le cadre de l’histoire, je possédais déjà plus de photos de Lille dans mon téléphone que n’importe quelle autre ville française. C’était donc la ville pour planter mes décors de manga.
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Qui a inspiré le personnage d’Aurora ? Êtes-vous fascinée par les personnes blonds (et riches) comme Romeo ?
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J’adore les filles aux cheveux courts – « à la garçonne ». Je les trouve si mignonnes. Je dois avouer qu’elles ont même du courage d’avoir une telle coupe.

Quant au blond, c’est une couleur qui m’apaise tout simplement. Je n’ai pas intellectualisé la création d’Aurora. Elle s’est imposée naturellement, sans changements majeurs par rapport à l’idée initiale.
Pour ce qui est de sa personnalité, je pense y avoir injecté beaucoup de mes propres traits, comme l’ambition, l’obstination ou la manière d’interagir avec les autres. Ce n’est pas une projection directe de moi-même. C’est plutôt un moyen d’évacuer mes propres frustrations à travers ce personnage.
Quant à Romeo, il apporte une bouffée d’air frais parmi mes personnages plutôt calmes. Il permet d’exprimer mon côté le plus espiègle. Il insuffle un certain chaos qui équilibre la distribution des personnages et, je trouve, son apparence reflète bien cela. Je n’ai pas choisi le motif de ses cheveux au hasard : je voulais qu’il s’intègre parfaitement à l’esthétique de l’histoire en lui donnant un motif léopard – un brin déjanté, mais qui reste élégant.
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Votre œuvre comporte-t-elle des aspects érotiques ?
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Ni plus ni moins que dans la vie elle-même. L’érotisme n’est pas au cœur de mon travail. Cependant, on ne peut ignorer la beauté des corps, le charme de l’intimité. Ce sont des éléments naturels de la vie.
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Quels sont vos projets ?
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« Noir », le manga lui-même, reste mon projet principal. Je l’ai commencé il y a quelques années et je prévois d’y travailler encore longtemps.
Actuellement, je travaille sur des modifications de chapitres existants ainsi que sur les traductions. Le premier volume va être imprimé bientôt.
Je participe également à la réalisation d’un jeu vidéo. Il s’agit d’un jeu d’habillage basé sur un système simple de glisser-déposer, mettant en scène les personnages de « Noir » – bien entendu.
À plus long terme, j’espère publier mon propre recueil d’illustrations.
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Image de couverture (réalisée pour l’entretien!) : © Desirée Su







