Depuis plusieurs années, la photographie a connu une nouvelle révolution : L’arrivée des smartphones. Avec un téléphone, vous pouvez capturer des images de bonne qualité. Cette démocratisation internationale a pu permettre à un grand nombre d’entre nous de cultiver nos regards. Certains y ont trouvé une vocation.

Tuvakina est une jeune photographe ukrainienne installée dans le Sud de la Floride. A travers ses images, on découvre son quotidien, ses états d’esprit et son envie de vivre. Il y a de la lumière et des ombres – de la beauté et de la noirceur.

Entretien avec Tuvakina, photographe passionnée de peinture.

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Quand avez-vous commencé à prendre des photos ?

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J’ai commencé la photographie au cours de mes dernières années de lycée. Ma mère m’a offert un appareil photo car elle avait remarqué mon intérêt pour le monde des images. C’était mon premier compact numérique – un Canon. J’ai pris un grand nombre de photos : j’avais des albums entiers de nos sorties au lycée, des portraits de mes amis et un grand nombre de natures mortes.

© Tuvakina

En fait, ma mère m’a photographiée sans cesse pendant toute mon enfance, donc j’ai des tonnes d’albums photos. On peut dire que la photographie fait partie de ma vie depuis le berceau.

Ensuite, j’ai eu une période lomographie, très en vogue vers 2012-2013, mais cela n’a pas duré. Pendant un certain temps, j’ai même perdu tout intérêt pour la photographie. Puis, avec l’arrivée des premiers iPhones, tout a changé : toujours dans la poche, on pouvait immortaliser chaque instant. Les photos étaient de plus de bonne qualité. L’ère Instagram avait commencé.

Quelques années plus tard, début 2021, je me suis lancée dans le mannequinat et j’ai participé à beaucoup de shootings. En parallèle, je créais du contenu avec mon iPhone. À un moment donné, je me suis dit qu’il me fallait un vrai appareil photo pour être de l’autre côté de l’objectif. Un ami photographe m’a prêté son lourd Canon Mark pour que je l’essaye — je me souviens de n’avoir eu aucune idée de comment l’utiliser au début.

Puis, un an plus tard, mon mari s’est offert un Fuji X100V. Finalement, c’est moi qui l’ai utilisé le plus souvent. C’est probablement là que mon nouveau chapitre en photographie a commencé.

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Vous vivez à présent dans le Sud de la Floride. Votre regard a-t-il changé ?

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Je vis en effet ici depuis un peu plus d’un an. J’ai toujours l’impression d’être dans un film. Chaque fois que je vais à la plage ou que je me promène en ville, cette impression ne me quitte pas.

J’aime photographier un endroit que j’ai déjà vu à l’écran. Pourtant, je veux toujours découvrir quelque chose d’inédit.

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Le corps est-il votre personnage principal ?

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Pas toujours mais il joue assurément un rôle important dans mes photographies. Je suis souvent à la recherche d’une émotion, d’une expression du visage, d’une personnalité. Le corps n’est qu’un outil. Il y a quelque chose au-delà de ce que l’on voit, et c’est souvent ce qui m’attire dans une photographie.
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© Tuvakina
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La nourriture (fruits, légumes, pizzas…) est-elle un autre corps ? Un régal pour les yeux ?

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Absolument. Bien que ces derniers temps, je sois de plus en plus attirée par l’esthétique des assiettes vides après un repas, j’aime photographier la nourriture.

Je suis souvent inspirée par les natures mortes. Les plats sont souvent mis en scène et c’est magnifique. Je vois aussi de l’esthétisme dans les restes et les miettes. Pour moi, c’est comme comparer un beau corps à un corps malade, recouvert de cicatrices : chacun a sa propre esthétique. Les deux sont beaux à leur manière.
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© Tuvakina
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Racontez-vous de la fiction avec votre appareil photo ou vos photos s’articulent comme un journal intime ?
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Je préfère considérer mon travail comme un journal intime. Il documente les différentes étapes de ma vie. Mes photos sont comme quelque chose que je relirai dans quelques années, que je montrerai à mes petits-enfants, et qui me rappellera la vie intense que j’ai vécue.

Cependant, certains de mes autoportraits racontent une histoire ou véhiculent un concept que je souhaite transmettre au spectateur. Je réfléchis toujours très attentivement à l’apparence, au lieu et aux références. C’est un processus passionnant.
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L’autoportrait est-il un exercice difficile pour vous ? Est-ce quelque chose de purement naturel ?

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J’adore les autoportraits. C’est probablement le genre principal de mon travail. Je dirais que cela me vient assez naturellement. Il y a des jours où les résultats ne sont pas à la hauteur. Tout dépend de mon état physique et émotionnel. Même les autoportraits ratés me donnent l’occasion de me regarder de l’extérieur, de voir ma souffrance et de commencer à la surmonter.

Je réalise des autoportraits depuis une dizaine d’années, et c’est toujours un moment très agréable et stimulant, surtout quand on découvre le résultat et que mes propres yeux s’illuminent.
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© Tuvakina

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Trouvez-vous de l’inspiration dans la peinture ?

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J’aime profondément peindre. C’est une des formes d’art qui contribuent à développer le sens de l’image, le regard porté sur la lumière et l’ombre et la perception des ambiances.

Mes mouvements préférés sont l’impressionnisme et l’expressionnisme. Je trouve l’inspiration chez Van Gogh, Degas et Gauguin.
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Êtes-vous attentive à la réaction des spectateurs ? Vous fixez souvent l’objectif.

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Je mentirais si je disais que l’opinion des gens sur mon travail m’est indifférente. Comme tout artiste, j’aime être sous les projecteurs et je souhaite que mon travail soit apprécié.

Peut-être que fixer l’objectif est une sorte de provocation : « Regardez-moi – laissez un commentaire. » C’est possible. Mais je m’observe aussi ainsi : je regarde comment mon regard change, s’il est triste ou joyeux, et ce que je ressens.
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© Tuvakina
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Vos œuvres sont-elles érotiques ou abordez-vous surtout le thème de l’intimité (même à travers la nudité) ?
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Parfois, on analyse trop mes autoportraits. Même moi, je n’y réfléchis pas toujours aussi profondément. Mais, il est vrai que mon travail est empreint d’érotisme et je prends plaisir à cela. J’aime jouer avec les limites, stimuler l’imagination du spectateur. C’est passionnant.

Je veux également montrer ma vulnérabilité, ce corps fragile, le mien, qui n’a pas besoin d’être jugé.

De toute façon, chacun percevra mes photos différemment. Et c’est très bien ainsi car nous sommes tous différents.
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Quels sont vos projets ?

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J’ai un dossier sur mon MacBook avec une douzaine de sous-dossiers – tous classés par nom. Ce sont des idées qui me sont venues ces deux dernières années. Je les aient rassemblées et mises de côté. Qui sait si je les concrétiserai un jour ?

Par exemple, depuis l’automne dernier, je travaille sur un beau projet d’autoportraits en extérieur. Je l’ai presque terminé mais sans jamais y parvenir complètement. J’espère finalement le boucler cette année.

Je prévois également de photographier beaucoup plus de modèles et me lancer enfin sur le marché pour pouvoir gagner ma vie grâce à mon travail.
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© Tuvakina

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Photo de couverture : © Tuvakina

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