Vivre c’est ressentir. Le désir, cet ami inconnu, se nourrit de vertige et d’équilibre. Avec lui, l’abandon devient une étrange manière de reprendre le contrôle. Beyond Spectacle, parfois croisée sous le nom de Goddess Spectacle, modèle les corps et les énergies. Polonaise d’origine, cette artiste s’est établie à Paris. Sans cesse à la recherche de créations et de sensations, Beyond Spectacle réalise et dirige les autres.
Liège, coups, enterrements volontaires… Le spectacle est fascinant car les corps sont les personnages principaux et par conséquent des héros.
Entretien avec Beyond Spectacle, artiste du désir.
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Est-ce que ce sont les corps qui vous fascinent avant tout ?
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Absolument. J’adore travailler sur l’organisation et explorer les connexions qui puissent se créer.
Au début, je reste généralement très silencieuse, mais une fois que je capte l’énergie, je me lance dans le jeu.
Plus jeune, j’écrivais sur mes propres désirs alors que j’entretenais un rapport très conflictuel avec mon propre corps. D’une certaine manière, j’ai fini par reporter cela sur les autres (rires).
C’est une joie immense d’entrer en contact avec des corps. L’action en soi est lui-même un acte merveilleux. Cela me procure une bonne dose de dopamine.
Tant que mes partenaires de jeu se sentent en sécurité et me font confiance, peu m’importe qu’ils y prennent autant de plaisir que moi. Dans ce contexte, ils deviennent avant tout des objets. Sauf, bien sûr, s’ils ont quelque chose de vraiment intéressant à apporter.
Même si je me perçois davantage comme une metteuse en scène, certaines réactions ou certains gestes me surprennent, et j’adore ça.
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Écrivez-vous toujours ?
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Oh oui ! Je viens tout juste de terminer mon livre, il y a deux mois. C’est une fiction queer intitulée « House with moving walls ».
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Le fait d’utiliser le corps d’autrui exige-t-il un haut degré de professionnalisme et une grande attention ?
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Un corps humain n’est jamais totalement sous contrôle. Il y a tout simplement trop de facteurs en jeu. Instaurer une relation de confiance est primordial. C’est d’ailleurs pour cela que je privilégie des dynamiques qui s’inscrivent dans la durée, en revoyant régulièrement les mêmes personnes.
Certains partenaires viennent me voir en affirmant avoir déjà de l’expérience, mais c’est rarement le cas. Ils n’ont aucune idée de ce qu’ils vont ressentir en ma présence — face à ma voix, au contexte, aux odeurs — ni de la manière dont ils vont réagir face à une scène donnée.
Souvent, les partenaires ne savent même pas comment communiquer à ce sujet. C’est donc à moi de savoir lire, de comprendre la situation – En tout cas dans sa majorité.
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L’humour fait-il partie de votre identité ?
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Absolument. Quand je ne ris pas, c’est un signe très inquiétant (rires). Cela signifie que je suis stressée ou que je ne me sens pas en sécurité. Il est également possible que mon esprit ait déjà pris de l’avance : ce qui se passe dans le présent m’ennuie ou me perturbe.
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Paris vous inspire ?
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J’entretiens une relation toxique avec cette ville. Dans mon esprit, Paris incarne, à bien des égards, tout ce qui a pu me nuire. Paris représente le système — il a même largement contribué à le façonner… Il y a des bons et des mauvais côtés.
On retrouve à Paris une culture profondément patriarcale, une culture du viol, la poussière, les vieux ornements… Je perçois également cette « blancheur » héritée de l’époque coloniale. Autant d’éléments que je rejette.
En même temps, Paris est une ville vibrante et complexe, peuplée de tant de personnes qui, chaque jour, la rendent meilleure.
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Comment définiriez-vous « l’arbre humain » ?
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J’ai l’immense privilège de rencontrer des personnes prêtes à s’investir dans des expériences extraordinaires. Un lien se tisse entre nous, et mon objectif est de créer, ensemble, un moment mémorable.
Lorsqu’on se transforme en arbre, on éprouve une sensation très ancrée dans la terre. Ce que nous créons ensemble devient un être vivant, organique – on se sent par conséquent intensément vivant.
Il est beaucoup question d’autorégulation, mais aussi de cette croissance même que symbolise l’arbre.
Je suis également fasciné par le liège. Sa texture me semble tout simplement incroyable. C’est pourquoi j’adore envelopper les corps dans du liège – cela évoque aussi une peau en décomposition.
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Qu’est-ce que souhaitez-vous réaliser à présent ?
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Je souhaite réaliser davantage de sculptures. Je veux rencontrer plus de personnes qui partagent la même vision des choses que moi. J’ai envie de développer le concept et être de plus en plus présent dans l’espace public. J’ai déjà fait tout ce que je voulais accomplir en travaillant dans l’isolement. Il est temps de s’exposer.
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Photo de couverture : © Beyond Spectacle







