Voyageant entre récit, émotion et mémoire, le dessinateur Alfred aime faire vaciller le réel, saisir les silences et réinterpréter les souvenirs à travers son trait.

Son exposition, « Une Nuit entière » à l’Espace Jacques Villegé de Saint-Gratien (Jusqu’au 5 décembre 2026) confirme cet itinéraire. Sans cadre, sans vitre, le dessin d’Alfred nous entraîne dans un univers où la disparition, l’étrangeté et la perte de repères deviennent matière. Avec les couleurs et les silhouettes, nous traversons la pénombre.

Alfred est un artiste de l’émotion, un de ceux qui choisissent les vibrations du monde et les chemins incertains. Nous suivons sans se retourner…

Entretien avec Alfred, dessinateur-poète.

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Vous avez grandi au milieu de comédiens. Et vous êtes devenu dessinateur. Etait-ce une façon d’être indépendant sans quitter le monde de l’art ?
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D’une certaine manière oui. Ma jeunesse peut s’apparenter à ce que l’on appelle le cliché de l’enfant de la balle. Mes parents étaient beaucoup en tournée puis ils ont dirigé un théâtre à Grenoble. Je les suivais partout.

Cependant, mon tempérament ne me poussait pas à aller vers la scène. Pendant que mes parents jouaient la comédie, j’étais en coulisses et je dessinais en coulisses. Je me suis attribué cette place.

J’étais assez réservé, un peu en retrait. Le dessin me donnait le rôle qui me convenait. Comme mes parents, je raconte des histoires.

Je suis revenu à la scène des années plus tard par le dessin. A Saint-Gratien, en plus de l’exposition qui m’ait consacré, j’ai réalisé une performance dessinée. Je fais cet exercice depuis une vingtaine d’années. Il est agréable d’accompagner sur scène.
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© Alfred
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Est-ce une façon d’improviser, même de jouer à travers le dessin ?

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Absolument. C’est pour moi un laboratoire d’idées. Sur scène, on ne dessine évidemment pas de la même manière que lorsqu’on est tout seul dans son atelier à écouter la radio. Vous pouvez vous retrouver à dessiner sur scène devant 800 personnes.

Il s’agit d’un spectacle, c’est vivant, c’est une performance. Il faut suivre quand même le fil de ce qui vient d’être déclenché. Pour moi, c’est vraiment devenu quelque chose de nécessaire.

Improviser me permet d’accepter l’idée de ne pas revenir 50 fois sur une même page ou une même case. Il faut avancer.

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Brigitte Fontaine, Etienne Daho, Arthur H… Êtes-vous un illustrateur musical ?

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Quoiqu’il arrive, je dessine en musique dans mon atelier. Elle doit être en adéquation avec ce que je suis en train de raconter. Par conséquent, j’ai déjà dans ma pratique quotidienne du dessin quelque chose qui me connecte au rythme, au tempo. Il m’arrive donc sur scène effectivement de dessiner en rythme avec ce qui est en train de se passer.
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© Alfred

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Est-ce que les couleurs changent selon le chanteur ?

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Oui. Ce n’est même pas les mêmes vocabulaires graphiques. Je ne dessine pas tout à fait de la même manière parce que les artistes n’ont pas les mêmes univers. Ce ne sera pas du tout la même chose avec une danseuse, un comédien, un chanteur ou une chanteuse. J’essaie de m’adapter le plus possible à ce que je suis, à ce que je suis en train de faire, au moment où je le fais.
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Y’a-t-il une adaptation lorsqu’on s’adresse à un public jeune ?

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Dans le dessin, je pense qu’il y a une réflexion différente. Je ne cherche pas à me faire croire que j’ai l’âge du public, mais j’essaie de convoquer les auteurs et dessinateurs que je lisais, quand j’avais cet âge. Je repense à Fred et son Philémon, à Franquin. C’est ainsi que je cherche la bonne direction pour mon dessin.
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© Editions Delcourt
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« Café panique » a-t-il été un exercice à la fois passionnant et déroutant ?
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C’est un livre très important pour moi. Quand je l’ai lu pour la première fois, j’étais adolescent. J’étais fan de l’émission de marionnettes Téléchat que Topor avait imaginée. Je n’ai rien compris à la lecture de « Café panique ». Par contre, je savais que c’était un livre important, qu’il fallait déchiffrer.

« Café panique » ne peut se résumer à des petites histoires un peu légères. Vers 25 ans, dès que j’ai eu la possibilité d’adapter le texte de Topor, je l’ai fait. C’était sûrement un peu trop tôt. Mais avec « Café panique », j’ai accepté de me lâcher.  Le texte de Topor m’a obligé à avancer plutôt que de refaire sans cesse.
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Avez-vous gardé l’esprit des fanzines ?

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Je l’espère. Autodidacte, j’en réalisais dès l’âge de 12 ans. J’adorais participer à des micro-éditions et à des festivals. Nous présentions notre travail sur une table avec deux tréteaux.

Inévitablement, je pense avoir gardé un truc de cet état d’esprit, de cette manière de faire. C’est de là que je viens…

Encore aujourd’hui, je garde l’esprit « et si on s’amusait ? ».
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Quelles sont les femmes dans votre univers graphique ?

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Je fais attention à ne jamais parler à leurs places de sujets sur lesquels je ne suis pas légitime. Pour autant, les personnages féminins ont toujours une importance narrative équivalente à celle de mes personnages masculins.

Sans elles, le déroulement du récit serait impossible. Graphiquement, j’ai besoin de m’inspirer de gens qui m’entourent. Homme ou femme, mes personnages sont des gens « du quotidien ». Des gens ordinaires comme moi.
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© Alfred
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Que retenez-vous de votre vie en Italie ? Affiches de théâtre + « Come prima » + écho avec « Jardins invisibles »
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Quoi que je fasse et où que je sois, je me sentirai toujours à moitié Italien.

Quand je suis en France, je me sens parfaitement français, mais il y a toujours un petit truc qui me manque. Quand je suis en Italie, c’est très agréable mais je sens qu’il y a un petit quelque chose dont j’ai besoin.

Je suis sans cesse entre deux. Entre deux pays, entre deux cultures.
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Que souhaitez-vous réaliser à présent ?

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Le livre « Pour seul cortège » (Editions Delcourt – 2026) sort prochainement aux éditions Delcourt Pour seul cortège, d’après le roman de Laurent Gaudé. Il m’a fallu deux ans et demi pour réaliser cette adaptation.

Pour le reste, je travaille toujours sur plusieurs chemins à la fois. Des récits courts, d’autres sur le plus long terme, des illustrations… J’avance un peu à vue et je me laisse porter.

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© Editions Delcourt

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Image de couverture : © Alfred

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Merci à Marie Fabbri

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