« Paris brûle-t-il ? » a-t-on pu s’interroger lors de ce bouillonnant août 1944. La légende voudrait qu’il a fallu peu pour que le général Dietrich Von Choltitz, gouverneur militaire du Gross Paris, détruise la capitale avant la Libération. « Diplomatie », la pièce de Cyril Gély, est un passionnant huis clos. Le consul suédois, Raoul Nordling, fait face à l’amer Von Choltitz. Paris doit être détruit ou sauvé. Les relations humaines décideront…

Sous la mise en scène précise de Béatrice Agenin, Dominique Pinon et Bruno Putzulu s’affrontent dans « Diplomatie » (au Théâtre Hébertot jusqu’au 2 janvier 2027). Ils jouent avec sincérité et justesse les deux Von Choltitz et Nordling. Sur scène, on assiste à une lutte.

Entretien avec Dominique Pinon et Bruno Putzulu, acteurs qui brûlent les planches.

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« Notre Salut », « La Bataille de Gaulle », « Moulin » prochainement. La Seconde Guerre mondiale est visible partout mais sous l’angle des relations humaines. On doute face à la pression. Avez-vous abordé « Diplomatie », la pièce de Cyril Gély, avec une certaine pression ou comme une fiction ? Vous jouez en plus actuellement à Paris.

Bruno Putzulu : Il y a une multitude de spectateurs. Certains viennent car ils sont passionnés d’Histoire, d’autres ont vu la pièce avec d’autres comédiens et souhaitent la revoir avec nous. Pour le spectateur, peu importe que ce soit une fiction ou la réalité ce qu’il veut c’est être tenu en haleine.

C’est un peu pareil pour le Comédien.

Dominique Pinon : « Diplomatie » est surtout du théâtre. De plus, c’est un beau texte. Par conséquent, nous avons plaisir à jouer cette pièce. Il n’est pas certain que Von Choltitz et Nordling aient échangé autant sur le sort de Paris.
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© Bernard RICHEBE
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« Diplomatie » est avant tout un échange tendu entre deux hommes. Comment avez-vous travaillé avec Béatrice Agenin, metteuse en scène mais aussi actrice ?
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Dominique Pinon : Béatrice est très fine, très perspicace. Elle nous a poussés chacun avec nos personnalités à aller plus loin que ce qu’on nous proposait. Ce fut très agréable d’avoir un tel soutien.

Avec Béatrice, la question du nazisme sur scène a été vite tranchée. Au début de la pièce, il y a la croix gammée mais très rapidement c’est évacué. Nous nous sommes concentrés sur les relations humaines.

Bruno Putzulu : C’est vrai que Béatrice a une grande capacité d’écoute. Elle arrive à déceler de petits détails chez les comédiens, ce qui nous mettait en confiance, il y a des déclics. Béatrice trouve la clé pour chacun.

Elle agit par petites touches douces comme si elle peignait. Sans en avoir l’air, il arrive à débloquer les choses. Béatrice avait toute notre confiance.
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Ce 25 août 1944 est un huis clos. Avez-vous également appris à vous connaître vos rythmes respectifs ?

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Dominique Pinon : Avec Bruno, le travail est simple. Nous fonctionnons plus ou moins de la même façon.

Bruno Putzulu : Je suis de nature assez silencieuse. Je ne vais pas raconter une anecdote au groupe tous les cinq minutes. Oui comme dit Dominique ce fut simple entre nous, parce que nos façons d’être sont très proches dans le travail. Si ça se passait toujours comme ça, ce serait l’idéal. Amine Chaïb et Valentin Martini étaient aussi de merveilleux camarades dans le travail.
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© Bernard RICHEBE
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Dominique – Avec le général Von Chotltitz, il y a le poids de l’uniforme. L’avez-vous joué comme un salaud qui doute ?
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Dominique Pinon : C’est une pièce qui se nourrit de la tension du moment. Béatrice Agenin, la metteuse en scène, a beaucoup insisté sur ce sujet lors des répétitions. Dès le début, il y a comme un compte à rebours qui s’est déclenché. Le général Von Choltitz n’a qu’un objectif : détruire Paris. Puis, le doute survient avec Raoul Nordling, le personnage de Bruno. 
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Avec sa tenue ouverte, le général Von Choltitz semble dépassé par les événements.
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Dominique Pinon : J’avais vu une photographie où, prisonnier de la 2ème DB, il sort de l’hôtel Meurice avec la veste déboutonnée. J’ai voulu la même allure dans la pièce. C’est l’été 1944. Il fait beau. L’uniforme n’est plus impeccable. La carapace tombe.
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Bruno – Nordling se sentait avant tout citoyen de Paris. L’avez-vous imaginé avec des parts d’ombres ? La diplomatie nécessite parfois de la ruse.
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Bruno Putzulu : Je ne l’imagine pas manipulateur. Il a de la ressource dans les arguments ça oui. Il a le courage que la situation exige. J’ai joué Nordling comme quelqu’un qui doit absolument convaincre son interlocuteur d’abord de manière objective, puis ensuite dans une certaine urgence, et puis j’alterne selon l’état de Choltitz. Par exemple à la fin quand je propose à Choltitz de venir avec moi, je lui dis en toute sincérité car j’ai appris à connaître cet homme pendant ce temps passé ensemble.

Ce qui n’empêche pas le spectateur d’imaginer ce qu’il veut, ça c’est autre chose.

Dominique Pinon : Une image m’est venue hier – quand Bruno se positionne au fond de la scène et il m’écoute. Je vois Nordling comme un psychanalyste.

Bruno Putzulu : Il fouille en effet l’âme humaine pour trouver une brèche…
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Y’a-t-il une ambiance-une tension différente chaque soir ? Bruno pourriez-vous ne pas convaincre Dominique ?
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Bruno Putzulu : Lorsque je suis sur scène face à Choltitz, je ne suis pas certain du tout de pouvoir le convaincre. Il y a des moments de découragement, puis d’espoir. Le général Von Choltitz pourrait tout à fait m’abattre avec l’arme avec laquelle il me menace à plusieurs reprises. La diplomatie et les rapports humains se font progressivement.

Chaque soir, la pièce varie un peu. Notre jeu change forcément, tout en respectant la mise en scène de Béatrice Agénin et le beau texte de Cyril Gely.
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Auriez-vous pu jouer le rôle de l’autre ?

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Dominique Pinon : Je suis depuis des mois Von Choltitz. Je me vois mal le quitter pour jouer Nordling (rires). Un jour peut-être…

Bruno Putzulu : On m’a proposé le rôle de Nordling donc je me suis mis à rêver sur ce rôle. Von Choltitz c’est Dominique. 

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© Brieuc CUDENNEC
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Photo de couverture : © Bernard RICHEBE

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