Il y a des histoires qu’il est nécessaire de raconter, il y a des pensées qui sont de véritables évasions. Le conte est un récit qui nous emmène loin mais qui, rattrapé par la réalité, peut s’avérer une véritable quête (d’identité).

Durant la seconde moitié du XVIIIème siècle, à l’abri des regards. Jacques, un enfant à la constitution fragile, s’épuise aux champs sous le joug de ses parents bigots et violents. Pour échapper à la société de son temps, écrasée de fanatisme religieux et de brutalité, le petit garçon se réfugie dans l’intimité du monde onirique qu’il s’est imaginé. Là, entouré de sa cour de pantins « exclus », splendides créatures aussi attachantes que théâtrales, il peut se rêver en « princesse Jacqueline ».

La dessinatrice Rosalia Radosti livre une histoire poignante qui s’enveloppe d’images éclatantes et soignées. Encore et toujours, le conte reflète nos peurs et nos espoirs.

Entretien avec Rosalia Radosti, conteuse de « La Reine des pantins » (Editions Dupuis – 2026).

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Vous avez enseigné le théâtre jusqu’à l’âge de trente ans. Le dessin et la bande dessinée vous permettent-ils d’aller plus loin dans l’imaginaire ? Avez-vous gardé des réflexes liés au théâtre ?
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Le théâtre a indéniablement façonné ma vision et ma pratique de la bande dessinée, de la mise en scène au jeu des personnages, en passant par leur caractérisation et la narration. J’ai exercé la mise en scène pendant des années car mon enseignante de l’époque estimait que j’avais quelque chose à dire et qu’il était important pour moi de suivre cette voie. Je ne la remercierai jamais assez car je fais effectivement le même travail avec la bande dessinée. Tout ce que je dessine et ce que j’exprime est lié à mon passé.
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© Dupuis
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Comment est née l’idée de « La Reine des pantins » ?

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Il est difficile d’apporter une réponse concrète. Tout a commencé par une simple illustration que je voulais réaliser. Une fois terminée, je me suis aperçue qu’elle racontait une histoire.

Si certains personnages reflètent des aspects de ma propre vie, la protagoniste est née de l’histoire tragique d’une enseignante transgenre qui a mis fin à ses jours à cause de la cruauté des autres envers elle. J’ai réalisé qu’il fallait peut-être raconter cette histoire, non pas tant pour éduquer, mais pour faire comprendre à ceux qui se sentent seuls au monde qu’ils ne le sont pas, et qu’il existe de la compréhension et de l’acceptation chez certaines personnes.
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« La Reine des pantins » a-t-elle une énergie différente de celle de votre précédent livre « Sauvage » ?
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Absolument. « Sauvage » est une histoire avec tous les codes des contes classiques. C’était ma première bande dessinée. Elle a donc davantage de naïveté et de simplicité.

« La Reine des marionnettes »  est une tragédie théâtrale déguisée en commedia dell’arte. Le récit mêle onirisme et symbolisme. L’écriture en a été particulièrement complexe.
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Le rouge est particulièrement harmonieux dans votre livre. Avez-vous effectué des recherches pour trouver la bonne nuance ?
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Non. J’ai simplement ressenti physiquement le besoin de le traiter ainsi. Sur le plan esthétique, je fonctionne beaucoup à l’instinct – Je sais ce que je veux dire. Les couleurs ne sont qu’un moyen d’y parvenir.
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Qu’il s’agisse des paysans ou des aristocrates — pantins et clowns —, avez-vous mené des recherches historiques ou vous avez laissé libre cours à votre imagination ?
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Je n’ai pas fait de recherches. Bien que l’œuvre possède une connotation historique, je ne voulais pas qu’elle devienne une reconstitution fidèle à la réalité historique – ce n’était pas l’essentiel.

Quant aux personnages les plus insolites, je me fie toujours à mon instinct pour laisser libre cours à mon subconscient — qui est plus intelligent que moi. Je le laisse donc prendre le dessus.
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Jacques rêve d’être une princesse, un homme s’est fait voler son visage, un autre a un corps de chèvre… Les apparences sont-elles donc trompeuses dans votre univers graphique ?
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Non, au contraire : le monde de Jacqueline est peut-être celui où il n’y a pas de tromperie, mais seulement la découverte de soi, la vérité que l’on porte en soi. L’homme sans visage, par exemple, est un homme qui renie son propre visage parce que ce qu’il y voit ne reflète pas qui il se sent être — même s’il ne sait pas encore qui il est vraiment.

Parfois, la vérité réside précisément là : être une personne en quête d’elle-même dans un monde qui voudrait que l’on se présente avec certitude, déjà « formé » et sans la moindre question. C’est plus rassurant pour les autres.
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Certaines scènes ont-elles été difficiles à dessiner ?

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La fin a assurément été assez éprouvante, tant par la charge émotionnelle — après tout, je suis moi aussi présent dans cet univers — que par la nécessité de maintenir le rythme qui me semblait le plus juste pour porter l’histoire.

De manière générale, tous les moments de violence ont été difficiles. Cette agressivité, cette colère, ce sont des choses qui ne me ressemblent pas.
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De quoi rêvez-vous en ce moment ?

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Ces derniers temps, j’ai beaucoup réfléchi au sens de la vie, à l’univers… J’ai une idée en tête – qui sait si je trouverai le temps de poser les bases de quelque chose d’onirique ?
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