Le passé ne s’achève jamais. Il est là autour de nous et tapis dans notre esprit. Avec « Melpomène », son second long métrage, Charlotte Dauphin explore les liens entre mémoire, art et troubles mentaux. Son personnage, Marthe, découvre qu’elle souffre des mêmes symptômes que sa mère 30 ans plus tôt. La jeune femme pensait retrouver la vérité, elle découvre des silences et des visions cauchemardesques.
« Melpomène » oscille entre rêve et réalité, beauté et effroi. Une façon de revisiter la fiction.
Entretien avec la réalisatrice et actrice Charlotte Dauphin et l’acteur Louis-Do de Lencquesaing.
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Melpomène est la muse de l’harmonie musicale dans la mythologie grecque. Le titre du film donne-t-il l’indice d’une part de fantastique ?
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Charlotte Dauphin : J’ai voulu trouver un titre qui assume totalement la part presque science-fictionnelle du film. C’était une façon de le placer dans un endroit qui appartient davantage à la mythologie plutôt qu’à une certaine réalité.
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Charlotte, vous êtes une artiste multiple – danseuse, musicienne, réalisatrice, actrice. Le cinéma a-t-il une place à part ?
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Charlotte Dauphin : Oui car c’est le lieu de toutes les formes d’art que j’ai pu faire – le lieu du texte, de la narration, de la dramaturgie.
Je viens des arts plastiques et de la danse. La dramaturgie parlée y est absente. Le cinéma me permet d’explorer d’autres sphères.
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Les épreuves de Marthe font-elles écho à celles de Marie de « L’autre », votre premier film ?
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Charlotte Dauphin : Les deux films se font effectivement écho. Les personnages basculent dans l’irréel. Avec « Melpomène », je voulais aussi continuer d’explorer cette question de la fiction. Mon nouveau film est d’une certaine façon l’enfant logique de « L’Autre ».
Par contre, j’ai choisi d’avoir une nouvelle approche dans la mise en scène, dans le traitement et la direction d’acteurs. Avec « Melpomène », je vais beaucoup plus loin.
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Louis-Do : Votre personnage, Bernard, est un être trouble. Comment avez-vous abordé le rôle ?
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Louis-Do de Lencquesaing : Avec beaucoup d’interrogations. C’est la figure de l’oncle inquiétant. Je me demande même s’il existe ou s’il existe uniquement dans la tête de Marthe.
« Melpomène » me rappelle « Sueurs froides » (1958) d’Alfred Hitchcock. L’histoire se nourrit avant tout du mystère.
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« Melpomène » est-il également un hommage à l’architecture ?
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Charlotte Dauphin : Je me suis en effet beaucoup inspiré de ce que je connaissais. Le Palais Bulles, cette architecture des années 70 nourrit l’intrigue et s’y imbrique même. Ce sont des bâtiments-sculptures faites de cellules sphériques, de couloirs, de terrasses et de bassins suspendus. Pour Marthe, c’est une prison.
Louis-Do de Lencquesaing : Cela m’a rappelé les vieux films de James Bond.
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Que représente le personnage Lady Rain (Andie MacDowell) ?
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Charlotte Dauphin : Elle est la manifestation de la mère de Marthe à travers l’idée qu’il faut faire confiance à son intuition. Alors que le personnage de Pascal Grégory tente de faire douter Marthe de ses certitudes, Lady Rain, quant à elle, veut apaiser l’héroïne. Pour cette approche, je me suis inspirée du cinéma du soviétique Andreï Tarkovski – il montre la lutte entre les sciences et la philosophie. Dans « Melpomène », le scientifique fait face à l’artiste, Lady Rain.
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Que pensez-vous de Marthe ?
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Louis-Do de Lencquesaing : En fuyant son entourage toxique, elle cherche la liberté. Plus jeune, j’ai moi-même souffert de dépressions à tendance délirante. On a dû m’enfermer dans un centre. Je trouve que « Melpomène » décrit très bien cette ambiance.
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Le blanc s’impose dans l’affiche de « Melpomène ». Est-ce une couleur qui vous effraie ?
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Charlotte Dauphin : C’est une image qui donne une sensation de trouble. Au même titre que la vérité, est-ce que la couleur blanche existe vraiment ?
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