Les couleurs peuvent parfois être sombres voire brut et pourtant une tendresse se dégage dans le dessin d’Edith. Illustratrice pour la littérature jeunesse, elle a fait le pari d’adapter avec José-Louis Bocquet un des romans durs – « La Maison du Canal ».

Dans une histoire qu’il considérait comme son premier « roman libre », Georges Simenon explore les tréfonds de l’âme humaine et ses noirceurs. L’adaptation BD (Editions Dargaud – 2025) met en lumière des personnages torturés. La pluie incessante et la misère du territoire rend le récit difficile mais également humain.

Entretien avec Edith, dessinatrice des émotions.

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Que ce soit avec des scénaristes ou lors d’un travail d’adaptation, vous considérez-vous avant tout comme une interprète (par votre dessin, vous donnez aussi votre version de l’histoire) ?

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Quand j’adapte moi-même un roman (« Le jardin de minuit », « Séraphine »…), j’apprécie le fait d’être seule à décider de la narration et des visuels. Quand je travaille avec un ou une scénariste, j’ai besoin d’avoir un espace de liberté de représentation (choix narratifs, cadrages) mais je ne change pas, sauf souci, ni les dialogues ni le contenu par planche. C’est un plan de travail que je mets au clair avec le ou la scénariste dès le début pour qu’il n’y ait pas de souci ensuite avec le partage des tâches.
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© Edith

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Au fil de la série « Basil et Victoria », les deux héros vivent des aventures extraordinaires. L’histoire devait-elle être dès le départ rocambolesque ?
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Avec cette première série, j’ai beaucoup appris. En tant que débutante, j’ai suivi très précisément le découpage de Yann, le scénariste, et lui ai laissé toute latitude sur les scénarios et la narration. De fait n’étant pas du tout intervenue sur les histoires, je n’avais aucune idée de ce qu’allait raconter le tome suivant.

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Basil & Victoria, Eugène de Tourcoing-Startrec, Séraphine, « Les Hauts de Hurlevent »… Le XIXème siècle est-il une fascination pour vous ?
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Fascination, je ne sais pas, mais un grand intérêt, oui. Je me pose toujours la question de savoir pourquoi cette période de la deuxième moitié du XIXème siècle et le tout début du XXème m’est, en quelque sorte, familière. Pourquoi je m’y sens à l’aise ? Je n’aurai sans doute jamais la réponse.

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Séraphine est-elle un personnage qui progressivement vous a ressemblé ? C’est pourtant une adaptation. L’enfant est-il le meilleur des héros ?
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Je ne sais pas si c’est le meilleur des héros. Personnellement, les personnages d’enfant sont ceux que je préfère dessiner, je prends du plaisir à les faire bouger. Les proportions me conviennent, graphiquement parlant. Et je n’ai jamais réfléchi au fait que Séraphine pourrait me ressembler. mais je suis sûre que je mets, comme beaucoup d’auteurices, inconsciemment, un peu de moi dans certains personnages que je dessine.
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© Rue de Sèvres
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Comment est venue votre participation à « Notre mère la guerre – Chroniques » ?

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C’est une demande du scénariste, Kris. Le thème, le scénario m’inspirait et j’aime bien changer d’univers le temps d’une histoire courte.
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En quoi la musique accompagne votre travail ?
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Je travaille indifféremment en silence, en écoutant des podcasts, émissions ou fictions, ou avec un fond musical mais un peu au hasard des cd qui sont à ma portée.

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Avec José-Louis Bocquet, vous avez adapté « La Maison du canal ». Adapter un roman dur de Georges Simenon est-il un exercice particulier ?
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J’ai accepté de dessiner cette adaptation, car celle-ci était écrite par José-Louis Bocquet, que je connais depuis longtemps et dont je connais le travail, et j’avais pleinement confiance, connaissant sa grande culture de l’œuvre de Simenon. Et étant moi-même une lectrice de Simenon depuis très longtemps, un auteur que je relie régulièrement, le projet était séduisant. Mais oui, c’était très particulier. Je n’avais jamais dessiné une histoire aussi dure et noire. J’avoue que j’ai eu des moments où les images que je dessinais m’ont plombé le moral. Mais c’était un défi – je voulais sortir de ma zone de confort.

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© Dargaud

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Comment avez-vous imaginé la couverture sobre et glauque de « La Maison du canal » ?

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Le paysage et la météo de ce récit sont des personnages à part entière dans cet album. Je voulais retrouver cela sur la couverture. J’ai fait trois propositions sur ce thème et nous sommes, l’éditeur, le maquettiste et moi-même se sont mis d’accord sur cette version.
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La mort de l’enfant a-t-il été un moment pénible à dessiner ?

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Oui. J’ai essayé d’être sobre dans le dessin en ne pensant pas tout de suite aux lecteurs mais en pensant d’abord à ce que je pouvais supporter de représenter.

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© Dargaud
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La dernière image de « La Maison du canal » est une scène de pleurs. Est-ce une œuvre cauchemar ?

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Si la réalité de certaines vies peut être un cauchemar, alors oui, dans ce sens-là on peut parler de cauchemar.

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Que souhaitez-vous dessiner à présent ?

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J’ai commencé un nouvel album. C’est une adaptation, scénarisée par Jean-David Morvan, du roman “ La petite bonne “ de Bérénice Pichat. Je n’en suis qu’au début. Mais j’ai beaucoup aimé ce roman et, si certaines scènes ne seront pas simples à dessiner pour restituer toute la sensibilité de l’écriture, c’est inspirant de chercher la meilleure manière de traduire graphiquement ce roman.
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Dessin de couverture : © Dargaud

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