La photographie a toujours accompagné nos vies. Elle capture de grands moments, des petits instants mais avant tout des émotions. Passionné par les images, Lee Shulman a imaginé en 2017 The Anonymous Project comme une lettre d’amour à nos souvenirs-diapositives. Cet incroyable travail révèle de la magie de l’intime. Les repas de famille, les mariages et les vacances d’il y a 60 ans deviennent de véritables œuvres photographiques.
La recherche est infinie – voilà d’où vient la passion.
Entretien avec Lee Shulman, fondateur de The Anonymous Project.
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Au-delà de l’amour de l’image, avez-vous une fascination pour l’intime ?
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Je ne pense pas l’avoir recherchée mais oui elle est présente. L’art traite très souvent de l’intime. La photographie amateur reste de la photographie. Je l’aime pour sa sincérité. Il y a un lien privilégié entre le photographe et le modèle. Ce sont souvent des membres de la même famille ou des amis. La photo est un acte d’amour et c’est magnifique. L’intime est un sujet bouleversant.
De plus, certains anonymes ont un vrai talent de photographe.
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L’Angleterre a-t-elle une relation particulière avec la photographie ?
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Je crois que la France a un lien plus fort avec la photographie. Je reste toujours autant impressionné par le nombre d’expositions, de rétrospectives et de rencontres autour de l’image. En Angleterre, il n’y a pas la même énergie. Martin Parr disait qu’il a dû être apprécié en France pour être reconnu au Royaume-Uni.
Une grande majorité des photographies que j’utilise viennent des Etats-Unis. Dans les années 50-70, ils étaient ceux qui bénéficiaient des dernières technologies. La diapositive était une formidable découverte. Les couleurs restent toujours aussi fascinantes.
Je retrouve très peu de diapositives de cette époque venant d’Asie.
The Anonymous Project a un caractère universel. Une photo d’anniversaire peut être comprise dans le monde entier.
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Y’a-t-il un aspect sociologique ?
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Oui car les gens prenaient en photo leur voiture, leur nouvelle maison. Il y avait quelque chose de très show off. Cet aspect n’a pas attendu Instagram et Tik Tok pour apparaître.
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Comment choisissez-vous la bonne image ?
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Elle doit raconter une histoire – ce qui est très rare. Mon état d’esprit joue également. Quand je sélectionne une image un jour, je pense que le lendemain je ne l’aurais pas choisie. The Anonymous Project aurait pu être réalisé par n’importe qui. Par contre, ce que vous voyez reflète ma personnalité.
Je recherche sans cesse les émotions.
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Y’a-t-il un aspect cinématographique dans votre travail ?
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Absolument. Je rassemble les images comme si c’était un story board. J’adore concevoir des livres de photos. Même quand ce ne sont pas mes propres photos, je crée à chaque fois de la narration.
Je ne sais toujours pas ce qu’est une bonne photo. Une image peut être à la fois laide et belle. Tout dépend du point de vue. Selon moi, le plus important c’est l’émotion que cela procure. J’ai beaucoup d’images qui montrent les fêtes. Des femmes ivres s’écroulent sur le sol et on prend une photo. Ce sont pour moi les plus beaux moments.
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La sexualité est-elle présente ?
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J’étudie avant tout des photographies familiales. Les diapositives étaient projetées sur les murs du foyer. Par conséquent, la sexualité est très peu présente. Les générations de l’après-guerre étaient prudes. Cependant, j’ai pu trouver des diapositives qui calquaient celles des magazines pour adultes comme PlayBoy.
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Que pensait Martin Parr de The Anonymous Project ?
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He loved it. Martin s’est beaucoup inspiré de la photographie amateur. Il a juste rassemblé des photos pour réaliser de superbes livres et expositions.
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Nous avons toujours aimé les images de la vie simple. La photographie amateur est magnifique car elle est la plus honnête.
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Selfie, influenceurs, foodporn… Que pensez-vous de la démocratisation massive de la photographie ?
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Tout le monde est photographe. Les photographies capturent des instants pour montrer que nous avons existé. Martin Parr préférait prendre en photo la trash food car elles étaient plus belles que la posh food.
Les réseaux sociaux ont révolutionné la vie des photographes. Nous pouvions présenter notre travail au plus grand nombre.
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Depuis presque 10 ans, vous collectez les photos anonymes. Une seule vie est-elle suffisante pour trouver les meilleures images ?
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J’ai eu l’idée de The Anonymous Project car je voulais mettre en pause ma carrière de photographe. J’ai eu envie de me pencher sur les images des autres. C’est un travail passionnant et infini.
J’ai réalisé une exposition en 2017 à Arles et tout s’est enchaîné rapidement.
Je considère que je n’ai toujours pas trouvé la meilleure photo et c’est tant mieux. Mon prochain projet, « Under the same sky », traite de la Chine. Il fait partie d’une trilogie avec « Martin Parr & The Anonymous Project – Déja vu » et « Omar Victor Diop & The Anonymous Project – Being there ».
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Photo de couverture : © Lee Shulman – The Anonymous project







