« Là où il y a un monstre, il y a un miracle » écrivait le poète américain Ogden Nash. L’artiste Keisuke Minami recherche justement les merveilles. Les monstres ou freaks hantent notre imagination – nous permettent de décrire autrement la réalité.
Fasciné par l’image, l’Américano-japonais Keisuke Minami utilise aussi bien l’appareil photo, le crayon ou la caméra. Il transmet ainsi une énergie unique et débridée. La créativité fait fi des frontières…
Entretien avec Keisuke Minami, artisan des images.
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Vous êtes photographe, vidéaste, réalisateur,… L’image est-elle une obsession pour vous ?
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L’image a toujours été ma langue maternelle. Depuis l’enfance, j’ai une passion pour tout ce qui se rapproche du visuel. Ce que je pouvais percevoir par le regard m’a toujours fasciné.
Pour être honnête, je ne suis pas un passionné de littérature. Je crois que l’image a toujours été un langage bien plus naturel pour moi que les mots.
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L’imaginaire est-il, pour vous, un personnage à part entière ?
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Je pense que mon travail me connaît mieux que je ne me connais moi-même.
Mes photos et mes vidéos dégagent généralement une atmosphère sombre ou légèrement étrange. Honnêtement, je ne sais pas vraiment pourquoi.
Dans la vie de tous les jours, je suis pourtant quelqu’un d’assez joyeux. Mais dès que je crée quelque chose, cela reflète vraiment qui je suis. Le résultat finit inévitablement par paraître mystérieux et sombre.
J’ai grandi dans un environnement très paisible. je ne pense donc pas que cette noirceur provienne d’un traumatisme ou de quoi que ce soit de ce genre. C’est plutôt comme si j’étais attiré par un univers à l’opposé de celui dans lequel je vis… Peut-être je suis simplement plus sombre que je ne le crois.
J’ai toujours aimé les atmosphères empreintes d’étrangeté — ces choses qui semblent un peu décalées.
Parfois, mon travail m’apprend quelque chose sur moi-même que j’ignorais jusque-là.
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Vous avez grandi au Japon et aux États-Unis. Vous avez également étudié l’art à Londres. Vous considérez-vous comme un artiste international ?
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Oui. Je n’ai jamais vraiment eu le sentiment d’appartenir à un seul pays.

Je suis né à Kyoto mais ma famille a déménagé aux États-Unis alors que je n’avais que cinq mois. J’ai grandi dans le New Hampshire et dans l’Illinois pendant une dizaine d’années avant de retourner au Japon. Pour des raisons professionnelles, mon père a dû rentrer au pays. Nous avons suivi.
Ce retour au Japon a été un véritable choc culturel. Tout me semblait différent. J’ai fréquenté une école publique et l’adaptation à cet environnement n’a pas été facile. Même des lieux aussi simples que les salles de classe me paraissaient étranges. Tout semblait standardisé, et j’avais l’impression que l’individualité n’était pas aussi encouragée qu’aux États-Unis.
Cela dit, cette expérience m’a beaucoup appris. Je pense qu’elle m’a rendu bien plus ouvert d’esprit et m’a aidé à comprendre des personnes issues d’horizons très différents.
Le fait de parler anglais m’a permis de nouer des liens avec des gens du monde entier. Les occasions d’échanger à l’international sont nombreuses, même en vivant à Tokyo. Je voyage aussi à l’étranger dès que je le peux.
En ce moment, je suis en France pour la Fashion Week de Paris. Donc oui, je me considère bien comme un artiste international.
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Tatouages, piercings, visages atypiques… Aimez-vous les « monstres » ?
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Absolument. J’aime particulièrement le moment où une personne s’exprime pleinement. Je trouve que ceux et celles qui s’affirment sans trop se soucier des attentes sociales sont vraiment beaux.
Peut-être que c’est parce que j’ai grandi aux États-Unis mais je trouve souvent les Japonais un peu trop réservés. J’aimerais voir davantage de personnes assumer leur côté excentrique.
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Comment la jeunesse japonaise vous inspire-t-elle sur le plan artistique ?
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Je pense que le Japon compte bien plus de talents que le monde ne le soupçonne.
J’ai voyagé dans de nombreux pays, mais honnêtement, je trouve que les Japonais sont parmi les personnes les plus stylées au monde. Il y a aussi au Japon beaucoup d’artistes musicaux passionnants qui expérimentent de nouvelles sonorités.
Cependant, beaucoup de Japonais ne parlent pas anglais et hésitent parfois à s’ouvrir au monde extérieur.
Je ne veux pas que des artistes aussi talentueux restent dans l’ombre simplement à cause de la barrière de la langue. C’est pourquoi je souhaite servir de pont entre le Japon et le reste du monde.
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Pour les clips, échangez-vous longuement avec les artistes ou préférez-vous travailler seul ?
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Je dois d’abord faire confiance à mon instinct.
Au début du processus, je reste solitaire. Je tiens avant tout à préserver ma propre vision. Avant d’écouter les avis d’autrui, j’essaie en fait de concrétiser mon idée pour ensuite la leur présenter.
Je me considère davantage comme un artiste que comme un simple créateur. Je veux que l’œuvre elle-même ait de la valeur. Sinon, cela n’a aucun intérêt que ce soit moi qui la réalise.
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Quelle est la chose la plus importante pour vous en tant qu’artiste ?
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Les artistes ne doivent pas avoir peur de paraître ridicules.
J’aime expérimenter des choses très variées. Je veux garder une âme d’enfant et tester toutes sortes d’idées saugrenues. C’est généralement là que naissent les meilleures idées. Je tiens à continuer à chercher de nouvelles perspectives là où personne d’autre ne pense à regarder.
Je m’efforce également d’évoluer dans un environnement où je prends plaisir à créer.
J’ai réalisé que créer en suivant des règles préétablies n’est pas fait pour moi. Cela tue l’essentiel : la joie de façonner.
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Quelle est la suite pour vous ?
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Je souhaite réaliser davantage de films. Je prévois de me rendre en Chine. J’aimerais y découvrir d’autres approches artistiques. Je pense que chaque culture a une vision du monde totalement différente, et je souhaite continuer à m’enrichir de cette diversité.
Je suis curieux de voir ce qui se passe lorsque l’Intelligence Artificielle va s’intégrer au processus créatif au lieu de le remplacer. Je veux continuer à expérimenter dans ce domaine et voir où cela me mènera.
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Photo de couverture : © Keisuke Minami







