Acteur et réalisateur, Jean-Marc Barr est un passionné des images. Cet amour se révèle vital avec la photographie. Sur les tournages, lors de ses multiples voyages, pendant des réunions de famille, Jean-Marc Barr capture avec son appareil les instants. L’image fascine car elle porte en elle une beauté noire et blanche voire une magie.
Le réalisateur Pascal Arnold dit de Jean-Marc Barr : « Acteur, c’est son métier – photographe c’est sa vie ». L’image est une force car elle reflète la réalité tout en allant plus loin – vers le mystère.
Entretien avec Jean-Marc Barr, photographe-voyageur.
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A quand remonte votre passion pour la photographie ?
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Je suis un enfant des années 60-70. Né dans une base américaine en Allemagne de l’Ouest, j’ai donc grandi avec la télévision. L’image a été plus importante que l’écrit.

Au cours de ma première année à l’université, j’ai suivi des cours de dessin. Je suis devenu ensuite acteur tout en apprenant la photographie avec un appareil Minolta.
Le succès du « Grand Bleu » m’a propulsé dans un monde de célébrités. J’ai alors réalisé que ma carrière idéaliste que j’avais prévue n’allait pas se réaliser. Artistiquement parlant, mon travail ne pouvait pas m’apporter grand-chose. J’ai pu faire de belles rencontres comme avec Carlo Varini, le directeur de la photographie du « Grand bleu » ou avec Henning Bendtsen, le chef opérateur d’« Europa » (1991). J’ai eu alors l’idée de m’offrir un Leica M6. En prenant un grand nombre de photos, j’ai pu façonner un style.
Je me suis fasciné pour les jeux de lumière – notamment avec l’appareil Ilford 50.
La photographie n’a jamais été pour moi une profession mais pour plutôt un loisir. Ainsi, jusqu’en 2015, Elle a fait partie de ma vie. La naissance de mon fils, Jude, a été une rupture. J’ai eu envie d’être un père à part entière. Même si je garde mon appareil photo et mes pellicules, je ne prends plus de photos.
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Le fait d’être acteur vous a permis d’être photographe ?
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J’emmenais mon appareil partout – notamment sur les plateaux de tournage. Certains films nécessitaient plusieurs mois de préparation et de travail. Je me suis rendu en Pologne, en Sicile, en Afrique du Nord ou à Tahiti. Je voulais capturer ses instants avec l’appareil photo.
Je me définis comme l’opposé de Jean-Claude Van Damme. Je suis issu de la Californie. J’en suis parti avec l’horreur des Etats-Unis. Ayant été élevé avec un désir de beatnik, l’élection de Ronald Reagan en 1980 a été un repoussoir. Je voulais m’évader dans le reste du monde. Je suis finalement devenu acteur parce que j’étais révolté.
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Dans l’ambiance Dogme, la photographie était-elle acceptée par Lars Von Trier ?
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Bien sûr. Le Dogme95, mouvement cinématographique, a été une révélation pour moi. La liberté était totale – sans contrainte. Il ne devait pas y avoir de lumière artificielle, pas de décor, ni de costume.
C’était une contrepartie des films lisses et politiquement corrects. J’avais participé au film de Lars, « Europa ». Il s’agissait d’un tournage très contrôlé. A travers le Dogme, Lars a voulu déconstruire l’image et le récit. Je l’ai suivi. « Breaking the Waves » (1996) a été une révolution. Ce film m’a donné l’envie d’aller plus loin.
Cette liberté faisait écho à ce que j’avais connu culturellement dans les Etats-Unis des années 70. Même à Hollywood, les acteurs et les réalisateurs étaient des citoyens engagés. Je pense à Jane Fonda ou à Marlon Brando.
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Le noir & blanc laisse-t-il plus de place à la fantaisie ?
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J’ai toujours aimé le noir & blanc. Il fait écho au vieux cinéma. J’aime particulièrement les films muets de Josef Von Sternberg. Je recommande de voir « The Docks of New York » (1928).
J’aime les images soignées. Avec mon Leica, il m’arrivait d’imprimer certaines photos et je les intégrais dans des albums photos. Mon rapport avec le digital est plus éloigné.
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La lumière est-elle le sujet principal ?
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Il y a tant de beauté sur Terre. Il m’est arrivé d’être si souvent enthousiasmé par la lumière, le paysage ou mon modèle que je n’ai pas réalisé que mon appareil s’était bloqué. Cette excitation est existentielle.
J’aime les petits instants. L’appareil photo me permettait de capturer brièvement des moments.
Un jour, alors que j’étais dans une laverie au Cap, un jeune garçon m’a reconnu. Il m’a dit qu’il avait vu le film « Too Much Flesh » (2000). Cela avait changé sa vie. Je dois dire que c’est le plus compliment qu’on a pu me faire. « Too Much Flesh » fait partie d’une trilogie sur la liberté. Il y a eu « Lovers » (1999), « Too Much Flesh » et « Being Light ». J’ai co-réalisé ces films avec Pascal Arnold. En l’espace de 3 ans, sur trois continents différents, pour le prix d’un long métrage (3 millions d’Euros), nous avons pu sortir une trilogie. Visuellement, nous avons été fortement inspirés.
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Les acteurs et les réalisateurs sont-ils les meilleurs modèles ?
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Certaines personnes fixent l’objectif, ne font strictement rien et pourtant ils sont parfaits. Poser c’est finalement se limiter. J’ai pu prendre de grands artistes et amis en photo comme Lars Von Trier, Denis Lavant, Elodie Bouchez, Stellan Skarsgård ou encore Michael Lonsdale. C’est le moment qui compte.
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Que souhaitez-vous explorer à présent ?
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Je prends le temps d’accompagner mon fils dans sa jeune vie. Je fais tout pour le chercher à l’école. C’est un grand plaisir de prendre ce temps.
J’ai surtout travaillé pour le cinéma européen. Tout en gardant ma propre zone d’autonomie, je reste disponible.
La lumière m’inspire toujours. Même chez moi à Paris, elle me fascine.
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Photo de couverture : © Jean-Marc Barr






