L’été a toujours été la saison des amours et des possibles. Grandes vacances, voyages, rencontres, apparition des corps,… les instants de légèreté et de repos peuvent également nous rendre plus vulnérables. C’est dans cet univers que nous plonge Lucas Harari avec « La Dernière rose de l’été » (2020). Après l’excellent « L’aimant » (2017), le dessinateur mêle ici le roman intimiste, le polar avec une petite dose de fantastique.
Rencontre.
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Avec « La dernière rose de l’été », l’ambiance change. Fini l’ambiance froide voire glaciale de « L’aimant ». Vous posez à présent votre intrigue dans le Sud de la France. Il y avait une vraie envie d’explorer un climat, une saison opposée?

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Cela s’est fait naturellement. Après avoir terminé « L’aimant », j’ai commencé à écrire un scénario qui se passait dans le milieu de l’alpinisme. Finalement, en l’écrivant je me suis rendu compte que je voulais changer d’ambiance. Lorsque vous vous lancez dans un projet de 2-3 ans, vous devez être sûr de votre projet. J’avais finalement envie d’une ambiance marine et estivale. J’ai alors décidé de placer mon intrigue au bord de la mer.

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Le visuel était le point de départ ?

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J’ai des flashs d’images. Je m’inspire souvent au départ d’un lieu que je connais et petit à petit je commence à fantasmer l’endroit. Pour « L’aimant », ce fut très fort. J’aime dessiner des paysages. Au fil de mon travail, l’histoire commence à être alimentée par différents espaces. Avec « La dernière rose de l’Été » je me suis beaucoup inspiré du cinéma.

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Il y a en effet dans votre dernière aventure une ambiance Nouvelle vague. Quelles furent vos principales inspirations ?

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Les films d’été d’Éric Rohmer comme « Conte d’été » ou « Pauline à la plage » ont été une vraie inspiration pour moi. Je voulais travailler un récit très intimiste avec des problématiques de morale et de flirt. Je raconte l’histoire d’un trentenaire qui fréquente une fille plus jeune que lui. Le côté Rohmer correspondait parfaitement à ce que je voulais mettre en place. J’avais eu du mal à écrire au départ et finalement j’ai conçu un personnage principal assez proche de moi. Nous avons parfois très envie de quelque chose mais nous ne savons pas comment commencer. Il était donc plus facile de travailler sur un aspirant écrivain qui a très envie d’écrire mais qui n’y arrive pas et qui n’y arrivera pas. Comme pour « L’aimant », j’aime mettre en scène des alter-égos.

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Pour cette histoire, le grand format était important ?

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Au départ, je souhaitais un livre plus petit et plus intime. Comme les romans, il y a unla-derniere-rose-de-l-ete-head05
certain confort avec le petit format. Finalement, mon éditeur m’a convaincu de réaliser une œuvre plus grande. Il est ainsi plus facile d’apprécier les paysages. Je suis au final très content de ce format. Lors de mes études aux arts décoratifs, j’ai suivi une session « images imprimées » où nous devions travailler tous les aspects du livre et l’impression. Si je fais de la bande dessinée, c’est aussi parce que j’aime les beaux livres. Un ouvrage ne doit pas être un simple support mais une œuvre globale.

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Lorsqu’on réalise un polar, comment peut-on introduire le côté Hergé ?

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Il y a beaucoup de polars dans la bande dessinée franco-belge. Mes références viennentoo naturellement dans mon travail. Je voulais une histoire au départ très intimiste qui se dirige vers le polar. C’était un vrai défi d’associer deux genres très opposés et d’avoir en même temps une vraie logique. « La dernière rose de l’été » n’est pas non plus un polar typique. Si vous recherchez une histoire à la Agatha Christie où il y a un réel dénouement, vous ne le trouverez pas dans mon travail. J’aime le côté David Lynch où il y a plus de serrures que de clés. Le lecteur peut devenir détective à l’intérieur du récit. L’intrigue ne se termine pas lorsqu’on ferme le livre.

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Les paysages et les maisons/villas sont extrêmement soignés. Vous avez toujours une conception d’architecte ?

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Les dessins que j’aime ont en effet un style architectural. Mes parents sont architectes et même si je n’ai que 6 mois d’études d’architecture, j’ai gardé ce style. Cela s’est imprimé dans ma rétine. J’ai une volonté réaliste dans mon dessin : je mets beaucoup d’attention à créer un effet de réel dans le montage ou encore les mouvements des personnages. C’est un réalisme expressif.

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Corps dénudés, corps en sueur, corps flottants,… Y’a-t-il une tension érotique ?

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Ce n’est pas une question qui m’obsède mais en effet cette tension existe. Placer des personnages dans un lieu particulier ou encore la mise en place de la lumière dans le dessin cela me passionne. Dans « L’aimant », il y avait le rituel du bain avec des corps nus. Cette ambiance permettait une certaine sensualité. Avec « La dernière rose de l’été », le côté estival accueille complètement cette tension érotique. Les corps sont dénudés, bronzent, se côtoient. Je voulais de plus aborder la question du flirt.

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Comment avez-vous imaginé le personnage de Rose, l’adolescente ?

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Rose est un mélange de personnes que j’ai rencontrées et de personnages comme « La collectionneuse » d’Éric Rohmer. Elle a aussi un côté femme fatale des films d’Alfred Hitchcock. L’histoire que je développe va bien entendu modeler les personnages.

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Doit-on lire « La dernière rose de l’Été » en musique ?

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Il m’arrive de dessiner en musique. J’ai sur Deezer une playlist qui correspond à « La dernière rose de l’Été ». Le son manque dans la bande dessinée. J’intègre les paroles des chansons dans les cases car elles symbolisent ce qui se passe.

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Après l’hiver, l’été, y’a-t-il une autre saison que vous souhaitez traiter ?

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Je n’ai pas conçu mes histoires de façon thématique comme Éric Rohmer qui a réalisé ses films ainsi. J’ai juste suivi mes envies. Cette histoire qui se déroule dans les montagnes me tient à cœur. J’ai juste besoin de temps et de repos pour y réfléchir.

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