De 1964 à 1982, Leonid Illitch Brejnev a été à la tête de l’Union soviétique. Face aux grandes figures qu’ont été Lénine, Staline, Khrouchtchev ou encore Gorbatchev, cet Ukrainien d’origine aux sourcils épais ne reste pas dans les mémoires comme un véritable leader. Les moqueries et railleries (déjà nombreuses à son époque) continuent encore de nos jours. Brejnev reste pourtant un personnage majeur de la Guerre froide. Malgré les tensions internationales ou les soulèvements au sein du bloc de l’Est, comment peut-on expliquer les 18 ans de règne de cet « antihéros » soviétique ?
Entretien avec Andreï Kozovoï, maître de conférences à l’Université de Lille et auteur de la récente biographie « Brejnev, l’antihéros ».
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Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’écrire un livre sur Brejnev ?

 

 

Nous pouvons nous interroger sur le fait que, jusqu’il y a peu, il n’y a pas de grandes biographies sur Brejnev. Un grand nombre de livres a été écrit concernant Lénine, Staline, Khrouchtchev ou encore Gorbatchev mais très peu au421px-Leonid_Brezhnev_Portrait_(1) sujet de Brejnev. Jusqu’à nos jours, ce dernier incarne la figure de l’anti-héros, le parfait exemple de la médiocrité. 

Cependant, nous ne pouvons pas dire que Brejnev était un dirigeant médiocre. Il n’aurait pas pu durer autant si cela avait été le cas. Même à la fin de sa vie et ses problèmes de santé, Brejnev a continué de travailler. Ses 18 ans de règne ont été importants dans l’histoire de l’Union soviétique Sur le plan international, Brejnev a su prendre de lourdes décisions pendant la Détente, l’intervention de la Tchécoslovaquie ou encore sur l’invasion de l’Afghanistan.

Il y a de plus un héritage culturel brejnevien mais une fois de plus, il est aujourd’hui ignoré et décrédibilisé. A titre d’exemple, Vladimir Poutine ne mentionne jamais Brejnev en public car toute comparaison avec l’ancien dirigeant soviétique lui serait défavorable.

 

 

De quelle manière Leonid Illitch Brejnev s’est-il démarqué de la masse russe ?

 

 

Né au début du XXème siècle, Brejnev a grandi en Ukraine, province de l’empire des Tsars donc hors de Russie, mais c’est une région qui a toutefois participé à la création de l’URSS. Brejnev fait partie d’une génération qui n’a pas participé de près ou de loin à la révolution russe. Il a été surtout marqué par la guerre civile. Et donc, ce qui a marqué son identité ce sont les changements incessants de dirigeants dans sa ville natale, Kamianske. Au fur et à mesure, Brejnev a appris à s’adapter pour survivre aux différents maîtres politiques et aux situations périlleuses comme durant la guerre civile, la famine ou encore la collectivisation. C’est un aspect qui le différencie des autres dirigeants. Brejnev est finalement quelqu’un qui réussit à s’adapter malgré les obstacles et les difficultés. Autrefois métallurgiste, il a fait peu d’études et pourtant c’est une personnalité qui réussit au fur et à mesure à maîtriser les dossiers qu’on lui donne. 

 

 

Quel rôle joue-t-il pendant les purges staliniennes ?

 

 

Brejnev, de par son tempérament, n’était pas un homme brutal. Sans avoir été un bon orateur, il a tout de même le talent de s’entendre avec son auditoire. Brejnev est vu comme un diplomate informel, comme un bon organisateur et comme un vrai séducteur. C’est aussi un homme qui profite des purges staliniennes des années 30 sans être excessif. Brejnev accompagne toujours des appels d’air et tire partie des différents arrestations de responsables soviétiques afin de les remplacer. 

 

 

Et pendant la guerre ? A-t-il été un « planqué » ?

 

 

C’est surtout après la Seconde Guerre mondiale que Brejnev va se démarquer. On lui confie la reconstruction d’une partie de l’Ukraine, de sa région natale, le Donbass. Brejnev prend très à cœur cette mission en travaillant nuit et jour.

Au même tire que les grands administratifs envoyés en Asie centrale comme Alexis Kossyguine, Brejnev ne peut pas être vu comme une personnalité inactive pendant la Grande guerre patriotique. Retrouvé sur le front dans le but de faire de la propagande et de motiver les troupes soviétiques qui combattent dans le Sud. Brejnev a certes un rôle secondaire durant le conflit. Il participe à la bataille de Novorossiisk en 1942-43.

 

 

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Vous parlez de son action en Moldavie, après la guerre. En quoi est-elle importante pour la suite de sa carrière ?

 

 

En effet, après la guerre, il est nommé premier secrétaire du Parti communiste en Moldavie. La légende dit que c’est à ce moment-là que Staline l’apercevant le désignera comme « un beau moldave. Accusé par des dirigeants locaux en Moldavie de divers « crimes véniels », il n’hésite pas non plus à faire son auto-critique. C’est une véritable anguille dans une époque où il faut s’adapter pour survivre. Brejnev sait également s’entourer et choisit comme principal parrain Nikita Khrouchtchev. Le système soviétique est quasi féodal et il est nécessaire de se protéger mutuellement. Brejnev fait croire qu’il est un homme de confiance tout en donnant l’image de quelqu’un d’assez peu intelligent. Khrouchtchev avait lui aussi joué ce jeu autrefois afin de rassurer Staline et d’obtenir ses faveurs.

 

 

Comment Brejnev fut perçu dans l’entourage de Khrouchtchev ?

 

 

Après la mort de Staline, Brejnev a réussi à monter les échelons de l’Olympe soviétique puiskk va progressivement tomber en disgrâce. C’est à nouveau grâce à Khrouchtchev qu’il va retrouver le pouvoir en devenant, dans un contexte de grandes réformes agricoles, responsable de la conquête des terres vierges du Kazakhstan. Brejnev est alors perçu comme un fidèle lieutenant et donne l’apparence de fournir de bons résultats au sein d’une province lointaine. Il revient victorieux à Moscou et maintient son soutien à son mentor face à l’organisation d’un complot en 1957 perpétré par Molotov. Fort de ce choix judicieux, Brejnev obtient la responsabilité de l’industrie de la défense, des missiles et des affaires spatiales. Il fait même partie du maillon à l’origine du succès du vol dans l’espace de Youri Gagarine en 1961. 

 

 

En octobre 1964, Nikita Khrouchtchev est renversé. Était-il évident que ce soit Brejnev qui lui succède ?

 

 

En 1960, Brejnev devient Président du Présidium du Soviet suprême – l’équivalent de chef d’Etat . Khrouchtchev garde les principales ficelles du pouvoir mais, même s’il s’agit avant tout un titre honorifique, le nouveau Président va se déplacer en Egypte, en Afghanistan ou encore en Iran afin de développer les liens de l’URSS et les pays du tiers monde. 

Au fil du temps, les relations entre Khrouchtchev et son disciple vont se détériorer. Brejnev est alors perçu comme un imbécile encombrant. Il a le sens du contact et arrive à rassurer les responsables concernant ses intentions. Il plaît car il semble inoffensif. Dans les années 20, Staline avait été perçu par Trotski comme « notre nullité la plus imminente ». Lui non plus n’était par conséquent, pas perçu comme une menace. Très actif pour renverser Khrouchtchev, Brejnev s’entend avec tout le monde et est vu comme quelqu’un de simple. Il est agréable et invite de nombreuses personnalités à des parties de chasse. D’autres prétendants ont alors échoué à séduire. Brejnev va d’ailleurs perpétuer cette image rassurante et aimable pendant ses longues années de règne.

De son côté, Khrouchtchev est considéré comme trop colérique et imprévisible. A partir de 1962, les deux dirigeants soviétiques ne peuvent plus travailler ensemble. Brejnev va alors participer au complot contre son mentor. La question se pose toujours s’il en a été l’initiateur mais, en tant que chef d’Etat, il en prend la tête.

Avec Brejnev, c’est le retour de la confiance comme valeur cardinale de la gouvernance – nécessaire à la longévité d’un régime pendant longtemps basé sur la terreur.

 

 

Quand il fut au pouvoir, Brejnev fut moqué pour la trop grande glorification de ses actions durant la guerre.

 

 

En effet, Brejnev a la passion des médailles. Cela pourrait s’expliquer par un probable complexe d’infériorité. Il fera également tout pour obtenir le grade de général après la signature de la capitulation allemande le 9 mai 1945. Pour ses 70 ans, Brejnev obtiendra de façon scandaleuse le grade de maréchal en 1976. Son entourage le couvre de cadeaux dans l’unique but d’obtenir ses faveurs. Rapidement l’image de cette « momie » pleine de médailles va se détériorer et va au final décrédibiliser le dirigeant soviétique.

 

 

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Mais vous écrivez que dans le même temps, cette glorification est dans l’air du temps ?

 

 

Globalement, dans le milieu des années soixante la mémoire de la guerre devient alors le centre de la vie culturelle et sociale de toute l’Union soviétique. Du coup, Brejnev veut se montrer comme quelqu’un qui a connu l’horreur des combats et qui ne veut finalement plus qu’une seule chose : la paix. Il défend alors la politique de la détente, dans les années soixante et soixante-dix, qui porte des fruits. Cependant, il ne réduira jamais le budget de la défense et se montrera finalement partisan d’une paix armée. 

 

 

Brejnev devient Secrétaire général du comité central du parti communiste de l’Union soviétique dans un climat qui n’est pas favorable au régime. Les priorités sont de renforcer le bloc communiste, gérer les relations avec la Chine de Mao, éviter une troisième guerre mondiale avec l’Ouest et enfin poursuivre la démocratisation de la société soviétique. Peut-on tout de même dire que Brejnev était un réformateur ?

 

 

Après la glaciation stalinienne et les zigzags de Khrouchtchev, c’est un dirigeant qui se voyait comme un stabilisateur du système.

La priorité pour Brejnev est d’assurer la défense de l’Union soviétique. Les vraies réformes ne peuvent se mettre en place sans sécurité. Face aux oppositions des différents ministères contre ces dernières, le Premier ministrekoko Kossyguine est mis en avant afin de ne pas abîmer l’image de Brejnev. A la fin des années 60, les réformes seront finalement mises sous le boisseau.

Selon Brejnev, c’est par le commerce et les échanges avec l’étranger que la paix sera un jour possible. Les Etats-Unis restent certes l’ennemi idéologique (Dès les années 60, les Soviétiques vont soutenir la lutte armée du Viet-Cong) mais la guerre froide doit être mise de côté. Malgré son passé de propagandiste et de commissaire politique, le Secrétaire général n’est ni un idéologue ni un grand lecteur de Karl Marx. Il se méfie même des intellectuels du parti. Brejnev est avant tout un pragmatique. L’invitation adressée au président américain Richard Nixon à Moscou montre qu’il a une volonté d’apaiser les relations internationales. L’Union soviétique se doit d’être un Etat puissant qui ne doit avoir qu’un seul grand culte : la Victoire de 1945. Brejnev se rappelle de l’immense coût de la Seconde Guerre mondiale pour l’URSS. L’ère de Brejnev appuie notamment la mémoire du courage du peuple soviétique. Le communisme est finalement secondaire.

 

 

L’intervention armée durant le Printemps de Prague en 1968 marque-t-elle un retour de la répression ?

 

 

 

Brejnev n’a jamais été un libéral car le seul système qu’il a connu c’est le système soviétique. Entre le régime autoritaire de Staline, le dégel et les zigzags de Khrouchtchev, le dirigeant soviétique n’a pas de modèle libéral. Son régime veille à limiter les différentes actions de démocratisation au sein du bloc de l’Est. Dès 1963-64, le régime soviétique se durcit envers les intellectuels. Avant même l’invasion de la Tchécoslovaquie, Brejnev a pris le temps de négocier avec les dirigeants rebelles de Prague. Soucieux de garder l’image d’un chef d’Etat soviétique conciliant, il laissera ensuite Youri Andropov, alors chef du KGB, de réprimer le Printemps de Prague. Sur le plan culturel et intellectuel, 1968 marque la fin du dégel. Malgré sa jeunesse où il jouait au théâtre et sa passion du jeu d’acteur, Brejnev n’est pas intéressé par la culture. Un exemple me vient à l’esprit : Le violoncelliste Mstislav Rostropovitch a été déchu de sa nationalité soviétique. On retrouve dans les carnets de Brejnev la note suivante : « Discuter avec Andropov de Rospopovitch (!) ». Brejnev avait des difficultés à orthographier correctement les noms de famille alors que Rostropovitch était une grande célébrité. Cela montre le désintérêt total du dirigeant soviétique pour le monde de la culture.

 

 

En 1969, une série d’affrontements armés a lieu entre la Chine populaire et l’URSS au sujet de territoires aux frontières. En 1972, Mao invite Richard Nixon à se rendre dans son pays. Brejnev a-t-il échoué à améliorer les relations avec les camarades chinois ?

 

 

Le schisme entre les deux pays communistes débute avec la mort de Staline et s’accélère avec le 20ème du Parti Communiste soviétique. Ne comprenant pas la déstalinisation, les Chinois vont alors se radicaliser. Brejnev va, quant à lui, toujours choisir la modération face aux attaques et insultes de Pékin. De nos jours, Vladimir Poutine utilise le même processus face aux différentes piques lancées contre la Russie. Il reste calme et réagit peu.

En 1976, lorsque Mao Tsé-Toung meurt, Deng Xiaoping prend le pouvoir. Brejnev a-t-il été tenté de s’inspirer des réformes de son nouvel homologue chinois ? C’est en tout cas le moment où « le jeune premier » Gorbatchev arrive au Kremlin. On peut imaginer que Brejnev voyait en lui un potentiel successeur libéral.

 

 

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Les années 70 sont marquées par la défaite militaire et politique des Etats-Unis au Vietnam. Les Américains se mettent alors à douter de leurs actions à l’Internationale. De l’autre côté, l’URSS connaît le développement du culte de la personnalité de Brejnev. Comment cette glorification s’est-elle construite ?

 

 

Le système soviétique favorise l’émergence d’un leader glorifié. Tout dépend seulement de la personnalité du dirigeant. A partir de la fin des années 60, suite à la guerre des six jours où il joue un rôle actif, le culte de la personnalité se développe autour de Brejnev. En 1973, précédent le Sommet de Washington, un plénumLeonid Ilyich Brezhnev est organisé et Brejnev est adulé par les différents responsables de l’Union soviétique. La formule du « Camarade Brejnev » est alors généralisé. Ses actions durant la Seconde Guerre mondiale vont ensuite constituer le noyau de légitimité. Ce culte va beaucoup plaire à Brejnev et apprécie de collectionner les médailles. Dans son entourage, au Kremlin et à la tête des républiques soviétiques, les principaux dirigeants vont toujours vouloir faire plaisir au leader en lui offrant des cadeaux et des titres honorifiques. C’était également une façon pour ses responsables de calmer les colères de Moscou envers leurs fautes et leurs corruptions. La bataille de Novorossiysk, où Brejnev a pris part, va alors devenir l’équivalent de la bataille de Stalingrad. Il ne s’agit pourtant que d’un épisode mineur de la Seconde Guerre mondiale. Comme à l’époque de Staline, le culte de la personnalité de Brejnev est avant tout un travail collectif afin de satisfaire le grand leader.

Toute cette glorification va devenir ridicule aux yeux de tous et Brejnev sera à la fin de sa vie  le sujet de nombreuses moqueries. 

 

 

Il y a de nombreuses parts d’ombre sous Brejnev avec la corruption qui se multiplie, la faiblesse de l’agriculture soviétique, la lourdeur du budget militaire et spatial, la multiplication du marché noir,… L’ère brejnevienne marque-t-elle le début de la fin de l’Union soviétique ?

 

 

La corruption se multiplie pour différentes raisons : Le mot d’ordre de Brejnev est de « vivre et laisser vivre ». Il y a par conséquent une grande tolérance envers ceux qui se servent des affaires de l’Etat. Brejnev lui-même accepte aisément les dons et les cadeaux.

Pour qu’une corruption généralisée s’installe, il est nécessaire d’avoir une certaine stabilisation des cadres. Sous Khrouchtchev, les postes étant éphémères, les cadres étaient empêchés de constituer des réseaux autour d’eux. La corruption était par conséquent réduite. Sous Brejnev, les cadres restent plus longtemps à la tête de régions et de républiques. Le Kremlin étant également lointain, ces responsables n’ont qu’une idée en tête : Etre libres chez eux. Tout en offrant des cadeaux au « grand-père » Brejnev, les cadres soviétiques n’hésitent pas utiliser la corruption pour s’enrichir et renforcer leurs pouvoirs locaux. Malgré une centralisation soviétique forte, les territoires connaissent alors une certaine autonomisation. 

Au sein du comité central, les décisions sont prises collectivement. La décision d’envahir l’Afghanistan en 1979 n’est pas prise par Brejnev mais par un ensemble de responsables du politburo comme Gromyko et Andropov. Cette oligarchie a permis de faire durer l’ère de Brejnev pendant près de 18 ans.

 

 

Durant ces 18 ans, les présidents américains se succèdent (Johnson, Nixon, Ford, Carter et Reagan) face à Brejnev qui reste au pouvoir. Comment le dirigeant soviétique est perçu par les Américains ?

 

 

Brejnev est perçu au départ par l’Ouest comme un technocrate. Il est à la fois vu comme un conservateur et un pragmatique. Comme pour Khrouchtchev, Brejnev est de plus perçu comme un dirigeant qui ne va pas durer dans le temps. Au fil des ans, lorsqu’on comprend qu’il va finalement durer, on le voit comme un homme sympathique avec de gros sourcils. Entre 1972-73, durant les sommets de Moscou et de Washington, les couvertures de Time illustrent un personnage patibulaire et aimable. Dans ses mémoires, Richard Nixon décrivait même son homologue soviétique comme « le meilleur d’entre nous tous ». C’est pour lui un homme sincère qui « met les tripes sur la table ». Avec le président américain à ses côtés, Brejnev va prétendre qu’il se sent libre de parler franchement. Ce serait son entourage qui empêcherait de bonnes relations avec l’Ouest. 

 

 

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Est-ce un jeu de dupes ou se croyait-il sincère ?

 

 

Pour les opposants de Nixon, Brejnev a finalement les mêmes défauts que le président américain : cynique et hypocrite. Son image va se détériorer durant le moment de la Détente des années 70. Le président Carter n’hésitera pas à le critiquer publiquement – ce qui provoquera la colère de Brejnev.

 

 

L’invasion de l’Afghanistan en 1979 est-elle le combat de trop pour Brejnev et cette nomenklatura qui l’entoure ?

 

 

Certainement, mais la décision d’envahir l’Afghanistan doit être vue comme une « opération de police », et non la première étape d’une « conquête du monde » comme on la présente souvent à l’époque, à Washington. Il s’agit de rétablir l’ordre dans un pays plongé dans la guerre civile et d’empêcher le développement de l’islamisme aux portes de l’URSS, pas d’y instaurer le communisme — jusqu’en avril 1978, quand les communistes afghans prennent le pouvoir à Kaboul, les Soviétiques s’entendaient très bien avec l’Afghanistan dans le développement duquel ils avaient beaucoup investi. Aujourd’hui, avec la déconfiture des Américains en Afghanistan, et même s’il ne faut évidemment pas mettre sur le même plan démocratie et communisme, il est devenu nécessaire de réviser notre interprétation de l’invasion soviétique de décembre 1979 et de la guerre de dix ans qui a suivi.

 

 

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