Le mouvement féministe originaire d’Ukraine Femen qui lutte pour les droits des femmes depuis 2008 fait toujours les gros titres des journaux depuis plusieurs années en manifestant seins nus dans toute l’Europe.

Iana Zdhanova est une des fondatrices du mouvement et a participé à de nombreuses actions à Kiev, à Istanbul, à Bruxelles ou encore à Paris.

Ayant quitté l’Ukraine après la fermeture précipitée du bureau des Femen à Kiev, elle et d’autres activistes ont demandé l’asile en France en tant que réfugiées politiques. Portrait d’une femme libre.

-Pourquoi avoir rejoint Femen en 2009?

En fait, j’étais déjà féministe depuis l’adolescence. C’était, selon moi, une décision courageuse car en Ukraine féminisme est perçu un gros mot. Pour beaucoup, c’est synonyme de désordre mental.

Femen était quelque chose de nouveau. C’était une organisation de filles et non un mouvement féministe ou politique au départ.

Pour être honnête, nous l’avons commencé pour le fun. Je ne connaissais personne puis j’ai sympathisé avec certaines des filles dont Sasha Shevchenko. Nous avons eu la même vie et toutes les situations que nous vivions ensemble nous ont rapprochées.

Pour moi, c’était important d’avoir des revendications. J’ai rejoint le mouvement puis j’ai été l’une des fondatrices du sextrism. Nous voulions provoquer afin de délivrer un message.

Zhdanova,_Kiev

Pour vous, qu’est-ce que le féminisme?

C’est un combat pour trouver sa place en tant que femme dans la vie. C’est une façon de prouver à soi-même que nous méritons tout ce que nous voulons. Même si c’est étrange pour les gens qui vous entourent, vous êtes libre de décider sans l’accord de votre famille, de votre copain ou de votre mari.

Qu’importe si vous voyez en tant que féministe ou non, si vous êtes une femme et que vous combattez pour vous-même, vos propres droits, vous êtes féministe.

Lorsque vous faites une manifestation seins nus, y’a-t-il de la peur, de l’adrénaline ? Ce n’est pas effrayant de retourner en prison pour une nouvelle manifestation ?

Je n’ai jamais eu peur de manifester seins nus mais ma plus grande crainte était d’être arrêtée avant l’action par la police ou les services de sécurité.

– Quelle est la grande force de Femen International? Quels sont les prochains objectifs?

L’organisation doit changer. Nous avons commencé quelque chose, c’est l’heure de réfléchir à d’autres concepts, à d’autres formes deYana_vs._Euro_2012 communications. Nous préférerions quelque chose de plus tranquille maintenant.

Je ne sais pas encore quelles formes nous devons développer mais Femen doit innover.

Je ne manifeste plus mais je reste Femen. Ce n’est pas juste une organisation, c’est un vrai style de vie. Nous avons crée quelque chose de formidable, une nouvelle forme d’expression. Il y a quelques jours, j’ai vu sur Facebook une photo de manifestation avec des gens nus avec des slogans. Ces hommes avaient adopté notre façon de protester. C’est ce que nous avons apporté à l’activisme. Une nouvelle façon de s’exprimer. Le corps peut devenir un instrument politique.

En 2014, vous avez poignardé une statue de cire représentant le Président russe Vladimir Poutine. Bien que vous n’avez pas été condamnée pour exhibition sexuelle en Janvier dernier, vous avez reçu la peine de 600 euros d’amende. Quel effet cela fait d’être vu comme une manifestante politique et plus comme une exhibitionniste?

La France est l’unique pays en Europe où l’exhibitionnisme est condamné au pénal. Ce n’est pas de l’exhibitionnisme mais une manifestation politique. L’affaire n’est pas close encore. La cour d’appel de Paris doit réviser le jugement. Nous verrons.15_1-572x381

J’ai été arrêtée et emprisonnée en Ukraine (Durant l’Euro 2013 et j’ai
été constamment suivie par la Police), en Turquie et en Allemagne,… Mais la police la plus violente que j’ai connue était en France et en Belgique. Les femmes-policiers ont été avec moi très violentes pour une raison que je ne connais pas.

– Vous êtes originaire de Makiivka. Votre ville natale est sous le contrôle de la République populaire de Donetsk. Vous vous sentez toujours Ukrainienne ?

Je ne possède plus de documents ukrainiens. Je suis réfugiée politique en France. J’ai obtenu une carte de résidence de 10 ans et les mêmes droits que tout citoyen français à l’exception du droit de vote. Même si j’apprécie ma vie en France, je reste toujours la même personne. Ce serait un mensonge de dire que je ne suis plus Ukrainienne. Je reste une immigrée.

Concernant la République populaire de Donetsk: Je ne peux commenter ce que je considère comme de la sale politique. Je sais que ce n’est pas le choix du peuple de Donetsk. J’en suis certaine puisque j’ai grandi avec lui. Les gens là-bas sont victimes de la propagande. Ce n’est pas leur choix, leur combat. Ce qui se passe n’est pas ce qu’ils veulent.

Ma nouvelle famille est en France. Mes deux amis Sasha et Oksana en font partie.

-Etes-vous toujours en contact avec Victor Svyatski? Inna Shevchenko?

Je n’ai plus de nouvelles depuis quasiment notre arrivée en France en 2014. Cela fait deux ans maintenant et ce n’est pas mon souci.

– Comment est votre vie à Paris?

Eh bien c’est une belle ville. J’ai étudié l’Histoire de l’art en Ukraine et bien souvent c’était sur la France : la mode, le cinéma, les arts, l’architecture, le design,… Tout est génial.

Quand j’ai quitté mon pays, je pensais que la France était un pays très politisé avec un grand nombre de Françaises se revendiquant féministes. En fait, il y a une forte compétition entre elles. Elles sont très distantes avec les étrangères. Pour être honnête, je n’ai pas d’amies françaises. Les féministes françaises sont aussi en conflit avec elles-mêmes et entre elles. C’est assez dur pour elles de s’accorder sur une définition du féminisme. On ne peut lutter contre sa propre nature. Par exemple, certaines françaises refusent l’aide des hommes pour porter leur sac lourd. Je ne vois pas le problème et ce choix n’est pas du féminisme selon moi.

IANA5



Ukrainian-based women’s movement, Femen, that mostly fights a radical feminism to protect women’s rights since 2008 has been in the international headlines frequently in the past few years, with topless protests all over Europe. Iana Zdhanova is one of the Femen founders and took part in many protests in Kiev, Istanbul, Brussels and in Paris. Leaving Ukraine after the hasty closing of the Femen office in Kiev, she and other activists asked for asylum in France as political refugees. Portrait of a free woman.

Why did you join Femen in 2009?

Actually, I was a feminist since I was a teenager. I felt it was pretty brave because feminism is such a bad word in Ukraine. For most people, it means you are crazy. Femen was something new. It was a girl movement. We didn’t call it a feminist movement or even a political movement first. To be honest we started it just for fun. I didn’t know anybody and then I befriended some of the girls such as Sasha Shevchenko. We both had the same life. All the situations we lived together glued us. To me, it was important to protest. I joined Femen and I was one of the founders of sextrism. We wanted to provoke in order to deliver a message.

Zhdanova,_Kiev

– To you, what is feminism?

It’s a fight for your place in this life if you’re a woman. To prove yourself you deserve whatever you want in this life. Even if it’s unusual for the people around you. You’re free to do what you want without the agreement of your family, your copain or your husband. It doesn’t matter if you call yourself feminist or not, if you are a woman and you fight for yourself, your own freedom, you’re feminist.

When you’re doing a topless protest, do you feel fear or excitement? Is it not scary to go to jail once again for a demonstration?

I’ve never had fear to be topless but my greatest fear was to be stopped before the protest by the police or the security service.

– What is the main strength of Femen International? What are the next goals that Femen International wishes to achieve?

The organization must change. We started it, it is time to think more about new concepts, new communications. We would prefer to do something cool now. I don’t really know which forms we could developYana_vs._Euro_2012 as yet but Femen must be able to innovate. Although I don’t demonstrate anymore, I’m still Femen. This is not just an organization, it’s the lifestyle. I will always be Femen. We created something really great, a new form of expression. A few days ago, I saw something on Facebook: a photo of some protests with naked people with a slogan. It was men using our way of demonstration. This is what we proposed to activism. It is one more way to express your thoughts. The body could be as a political instrument.

In 2014, you stabbed a wax statue representing Russian president Vladimir Putin. You weren’t convicted for sexual exhibition last January but you were sentenced to a fine of 600 euros. What does it feel like to be seen as a political protester and no more as an exhibitionist?

France is the unique country in Europe with condemnation of exhibitionism as a criminal case. It wasn’t exhibitionism it was a political protest. Being topless in this case is not exhibitionism. The case is not closed yet. The appeal court of Paris may reverse the 15_1-572x381judgment. We’ll see. I have been arrested and imprisoned in Ukraine (During Euro 2013 and I was followed by the police permanently), in Turkey and in Germany,… But the most violent police that I have ever met was in France and in Belgium. Policewomen were pretty rough for a reason that I still don’t know.

– You are from Makiivka. Your hometown is controlled by the self-proclaimed Donetsk People’s Republic. Do you still feel Ukrainian?

I don’t have any Ukrainian documents anymore, I’m a refugié politique in France. I have a 10-year residence card, the same rights of a French citizen except the possibility to elect your president. And though I enjoy my life in France, I always feel the person from the place where I was born. It would be a lie to say i’m no more Ukrainian. I’m still an immigrant.

Concerning the Donetsk People’s Republic: I don’t know how to comment because it’s a dirty political game. I know it’s not the choice of the Donetsk people. I’m sure about this because I know these people, I grew up with them. They are victims of propaganda. It’s not their choice, their fight, it’s not what they want.

My new family is in France now including my two friends Sasha and Oksana.

Are you still in touch with Victor Svyatski? Inna Shevchenko?

I don’t have any contact with them anymore . We separated just after my arrivalto Paris in 2014. We don’t have any contact with them anymore for 2 years now. I don’t even know how they are. I don’t mind.

– How’s life in Paris?

Well, it is a great city. I studied History of culture in Ukraine and it was often about France. Fashion, cinema, arts, architecture, design,… everything is amazing. When I left my country, I had thought France was a very political country with many French women seeing like feminists. Actually, it’s a kind of a competition with them. They are a bit cold with strangers. I don’t have any female French friends to be honest. French feminists are also in a conflict with themselves and between each other. It’s pretty hard for them to agree with any feminism definition. It’s not a good way to fight your own nature. For example, some French women refuse any help from men to carry their heavy bag and I don’t find any problems here. That choice is not feminism to me.

IANA5

PARTAGER