Entre 1846 et 1873, la population indienne de Californie est tombée de 150 000 à 30 000 individus. La maladie et la faim ont provoqué de nombreuses morts mais la quasi-disparition des Indiens vivant en Californie est également le résultat de la première rencontre entre deux civilisations. Selon Benjamin Madley, Professeur d’Histoire à l’Université de Californie (UCLA), il s’agit d’un génocide ratifié et soutenu par les autorités californiennes.

Interview avec le premier historien qui décrit le déroulement du massacre.

Le terme de génocide fut introduit en 1944. Pourquoi peut-on dire que les actes de l’armée américaine qui a massacré et déporté des populations indiennes au milieu du 19ème siècle est un génocide?

La convention des Nations Unies de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide définit le génocide comme « l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

a) Meurtre de membres du groupe;

b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe;

c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;

d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;

e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »

La Convention contre le génocide reconnue internationalement a pour but de reconnaître les possibles actes génocidaires. Tout d’abord, ceux qui ont perpétré de telles actions doivent avoir eu « l’intention délibérée demadleybookgenocide_360 détruire » un groupe. Deuxièmement, ils doivent avoir commis au moins des 5 actes qui constituent un génocide contre un des 4 groupes protégés.

La Convention sur le génocide n’autorise pas de procédure contre des crimes avant 1948 mais c’est un puissant outil d’analyse: Une rubrique pour évaluer et comparer des événements plus ou moins éloignés dans le temps. Génocide est un nouveau mot pour un crime ancien. En effet, Raphaël Lemkin, qui a inventé le terme de génocide, a écrit deux manuscrits enregistrant les différents génocides perpétrés depuis l’Antiquité jusqu’aux Temps modernes. Lemkin a également écrit des chapitres sur le « génocide contre les Indiens d’Amérique » et « les Indiens d’Amérique du Nord » mais est décédé avant qu’il puisse finir son projet.

En Californie, des soldats de l’armée américaine ont commis de nombreux actes de génocide tels qu’ils sont inscrits dans la convention de l’ONU. Les officiers ont même parfois écrit ou agit dans une démarche génocidaire.

– Quelles étaient les relations entre les Indiens et les colons en Californie avant 1846?

Le travail forcé et les violences contre les Indiens de Californie étaient commun avant l’invasion américaine. L’occupation mexicaine avant 1846 fut moins violente que celle américaine.

Y’a-t-il des similitudes entre les massacres en Amérique du Nord et les génocides coloniaux en Afrique, en Australie et en Amérique du Sud?


En général, il y a en effet des similitudes entre les différents génocides dans les colonies. Cela se voit en 3 points. Les colons ont engagé une action d’invasion. Des tensions économiques et politiques se sont alors développées entre les deux groupes dans le but d’obtenir les ressources rares et le pouvoir. Incapables de surmonter la puissance de feu des envahisseurs et les moyens financiers, les populations indigènes ont souvent eut leur économie et leurs droits politiques menacés par le pouvoir colonial.

La population aborigène a alors commencé à se rebeller et à attaquer les propriétés des clons afin de récupérer leurs ressources économies, leurs terres et leurs droits. Les colons et les gouvernements ont alors répliqué sans détruire complètement le phénomène de guerilla.

Enragés et incapables d’en terminer, les envahisseurs choisissent une « solution finale » pour mettre un terme au conflit. Pendant et après la campagne militaire du génocide, les colonisateurs mettent les populations indigènes dans des réserves. A l’intérieur de ces espaces, le gouvernement colonial continue sa politique génocide avec le manque de nourriture, de soins, le travail forcé, les mauvaises conditions sanitaires et les violences.

– L’action principale des troupes paramilitaires semble avoir été le meurtre d’Indiens et le vol de leurs enfants. Des civils ont-ils participé aux massacres?

L’établissement de milices par l’état de Californie afin de lutter contre les Indiens a un effet dévastateur. Entre 1850 et 1861, 3 414 hommes se sont enrôlés dans les 24 expéditions de milices et ils ont tué 1 342 indiens. L’impact a été même plus destructeur. Les miliciens ont encouragé le massacre des Indiens en affirmant qu’officieusement il était autorisé en toute impunité de tuer les Indiens. Ainsi au moins 6 460 Indiens de Californie ont été tués entre 1846 et 1873.

– Qui était Ben Wright?

C’était un Quaker devenu tueur d’Indiens. Le New York Times l’a décrit comme « un tueur d’Indiens de29taylor-facebookjumbo génie ». Il a participé à de nombreuses campagnes de massacres contre les Indiens du Nord de la Californie et du Sud de l’Oregon, les Modocs dans les années 1850. Wright a par exemple tué une femme modoc alors qu’elle était bléssée. Il a également été le leader d’un groupe d’hommes qui ont fait croire à une rencontre pacifique avec les Modocs et ont ensuite massacré ceux qui étaient venus.

– Y’a-t-il un lien entre la ruée vers l’or et le génocide en Californie?

Beaucoup de chercheurs d’or ont perçu les Indiens de Californie comme des gêneurs dans leur recherche de fortune. Par conséquent, certains ont participé à des massacres. La ruée vers l’or a également attiré des centaines de milliers de personnes en Californie, intensifiant ainsi le génocide.

Le livre de Benjamin Madley: « An American genocide: The United States and the California Indian Catastrophe« 

An American genocide: The United States and the California Indian Catastrophe

Between 1846 and 1873, California’s Indian population plunged from perhaps 150,000 to 30,000.  Diseases and starvation caused many of these deaths, but the near-annihilation of the California Indians was not the unavoidable result of two civilizations coming into contact for the first time. To Benjamin Madley, Professor of History at UCLA, it was genocide, sanctioned and facilitated by California officials.

Interview with Benjamin Madley, the first historian who describes the full extent of the slaughter.

– The term of genocide was coined in 1944. Why can you call acts of the American Army that carried out a number of massacres and forced relocations of Indigenous peoples during the mid 19th century a constitude genocide?

The 1948 United Nations Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide defined genocide as ‘acts committed with intent to destroy, in whole or in part, a national, ethnical, racial or religious group, as such,’ including:

(a) Killing members of the group;

(b) Causing serious bodily or mental harm to members of the group;

(c) Deliberately inflicting on the group conditions of life calculated to bring about its physical destruction in whole or in part;

(d) Imposing measures intended to prevent births within the group;

(e) Forcibly transferring children of the group to another group.

The Genocide Convention thus provides an internationally recognized and rather restrictive rubric for evaluating possible instances of genocide. First, perpetrators must demonstrate ‘intent to destroy’ a group ‘as such.’ Second, they must commit at least one of the five genocidal acts against one of the four protected groups.

The Genocide Convention does not allow for the prosecution of crimes committed before 1948, but it is amadleybookgenocide_360 powerful analytical tool: a rubric for evaluating and comparing disparate events across time and space. Genocide is a new word for an ancient crime. Indeed, Raphaël Lemkin—who coined the term genocide—wrote two manuscripts addressing instances of genocide in epochs ranging from ‘Antiquity’ to ‘Modern Times.’ Lemkin also intended to write chapters on ‘Genocide against American Indians’ and ‘The Indians in North America (in part)’ but died before he could complete either project.

In California, United States Army soldiers committed many of the genocidal acts described in the U.N. Genocide Convention while officers sometimes clearly expressed genocidal intent in both word and in deed.

– What were the relations between the Native Americans & the settlers in California before 1846?

While forced labor and violence against California Indians were common in California before the invasion by the United States, Mexican rule before 1846 were comparatively less violent than the period that began with the U.S. invasion.

– Are there any similarities between mass killings in North American and colonial genocides in Africa, Australia & South America?

In general, there is a discernible pattern to colonial genocides of Indigenous people by colonizers. The pattern divides into three phases. Colonists initiate the first by invasion. Economic and political frictions then develop between the two groups as they struggle for limited resources and political power. Unable to compete with the invaders’ technology, arms, and wealth, the Indigenous people often find their economy fundamentally threatened and basic political rights denied under the settler regime. Aboriginal people begin the second phase by resisting colonizers and attacking the colonizers’ property in an attempt to regain access to economic resources, reclaim lost land, protect political rights, exact revenge, or simply survive in a world turned upside down. Colonists and their government then retaliate, but cannot quickly defeat the indigenous peoples’ guerilla insurgency. Out of frustration and expediency, the invaders choose a “final solution” to the military conflict. During and after the genocidal military campaign, the colonizers initiate the final phase by incarcerating Indigenous people. In these reservations, colonial governments continue genocidal policy though a varying combination of malnutrition, insufficient protection from the elements, inadequate medical care, overwork, unsanitary conditions, and violence.

– The principal occupation of the paramilitary troops seem to have been killed Indians & kidnap their children. Did some civilians take part of it too?

The state of California established a state-sponsored militia system that, when deployed against California Indians, had a devastating impact. Between 1850 and 1861, 3,414 men enrolled in twenty-four California state militia expeditions and killed at least 1,342 California Indians. Yet, their impact transcended these numbers. Militiamen served as a well-publicized state endorsement of Indian killing, communicating an unofficial grant of legal impunity to Indian killers while inspiring vigilantes to kill at least 6,460 California Indians between 1846 and 1873.

– Who was Ben Wright?

Ben Wright was a Quaker-turned-Indian hunter described by The New York Times as « a genuine Indian-29taylor-facebookjumbokiller. » He participated in multiple killing campaigns against the Modoc Indian people of northeastern California and southern Oregon during the 1850s. In one instance, Wright murdered a wounded Modoc woman. In another, he led a group of men who lured Modoc people to a supposed peace conference and then massacred dozens of Modoc diplomats.


– Were there any links between gold rush & genocide in California?

Many gold seekers saw California Indian people as little more than obstacles to the rapid acquisition of wealth. Thus, some gold seekers sought to destroy California Indians. The Gold Rush also drew hundreds of thousands of newcomers to California, providing the raw manpower and firepower to carry out the genocide.

The book: ‘An American genocide: the United States and the California Indian Catastrophe

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