LA SOMME: UNE MEMOIRE DE L’IRLANDE DU NORD

Le 1er Juillet 1916 est une date inscrite à jamais dans l’histoire britannique. Premier jour de la première grande offensive de l’armée de Sa Majesté, les Alliés franco-anglais avaient pour objectif de briser les solides lignes allemandes dans la Somme et ainsi mettre fin à l’interminable guerre de position. La journée est incontestablement un échec avec les pertes gigantesques en hommes. Les Britanniques perdent 57 000 soldats dont 19 240 morts soit 60% des officiers. Jamais dans leur histoire militaire, ils ne perdront autant d’hommes en une seule journée. En quelques heures, est fauché l’équivalent des pertes britanniques durant les guerres de Crimée, des Boers et de Corée réunies. Alors que pour beaucoup, il s’agit d’une journée noire, les Nord-Irlandais voient surtout dans ce 1er Juillet 1916 leur jour de gloire.

‘FOR GOD AND ULSTER’ (Devise de la 36ème Division) 

Opposé à toute idée d’autonomie en Irlande, l’avocat dublinois Sir Edward Carson met en place une milice paramilitaire de 85 000 hommes majoritairement protestants et de la province d’Ulster en janvier 1913 afin de contrer les initiatives des nationalistes majoritairement catholiques. L’Empire allemand, impatient de voir le Royaume-Uni empêtré dans une guerre civile, n’hésite pas à leur livrer des armes le 24 avril 1914 dans un port proche de Belfast.  La déclaration de guerre marque une pause brutale aux hostilités entre unionistes et nationalistes irlandais sur le sujet du Home Rule.

L’euphorie est telle que les milices sont même incorporées dans la nouvelle armée de volontaires britanniques. Les unionistes sont perçus comme profondément loyaux envers la couronne, disciplinés et déjà organisés à la vie militaire. Une division entière, la 36ème, leur ait alors attribués. Les nationalistes, quant à eux, rejoignent principalement la 16ème Division.

SCHWABEN, LA PLACE FORTE DU DIABLE

Afin de soutenir le front tenu par les Français à Verdun, les Britanniques s’engagent à frapper les troupes allemandes dans la Somme. La 36ème Division d’Ulster est mise à contribution sur le secteur de Thiepval pour s’emparer de la fortification Schwaben (en référence à la région allemande, la Souabe) surnommée par les Britanniques « la place forte du diable ». Le 1er Juillet 1916, après les tirs d’artillerie, les Nord-Irlandais partent à l’assaut à 7H30. Contrairement à d’autres unités, la 36ème, perçue comme une unité déjà aguerrie par les entraînements alors qu’elle n’était qu’une milice, l’état major est moins stricte avec les Nord-Irlandais. Cette liberté de manoeuvre s’avère plus judicieuse en comparaison avec les autres désastreux assauts britanniques tout le long de la ligne de front. Les Nord-Irlandais réussissent à atteindre rapidement leur objectif. Les pertes sont cependant terribles. Un soldat décrit la scène comme « une émeute de Belfast mais sur le haut du Vésuve ». La 36ème est relevée après deux jours d’intenses combats.

La presse rapporte le 3 juillet que l’opération est un grand succès. Ce n’est que quelques jours plus tard que la population se rend compte du désastre avec la liste interminable des disparus. La 36ème Division enregistre plus de 2 000 morts, terrible choc pour des villes et villages d’où les régiments sont originaires.

Schwaben n’est finalement totalement neutralisé qu’à la mi-octobre mais les Nord-Irlandais ont su impressionner l’état major et le roi George V.

LE SOUVENIR DU 1er JUILLET 1916 EN IRLANDE DU NORD

Après la guerre, les Nord-Irlandais ont toujours commémoré le 1er juillet par des parades parfois provocantes dans les rues de Belfast et une tour Ulster fut érigée sur le site de la fortification Schwaben.  Les Unionistes ont su orchestrer leur moment de gloire et prouver leur loyauté à la Grande-Bretagne.

Ironie de l’Histoire, le 1er Juillet du calendrier Julien est aussi le jour de la victoire du Protestant Guillaume d’Orange sur le roi catholique Jacques II d’Angleterre durant la Bataille de la Boyne de 1690. Dans le no man’s land, il est dit que certains soldats auraient arboré des rubans oranges sur leur uniforme. Des cris comme « Souvenez-vous de la Boyne! » auraient même été lancés.

Le tableau du peintre anglais Beadle Battle of the Somme: Attack of the Ulster Division, 1 July 1916  exposé fièrement à l’hôtel de ville de Belfast dès 1918 est devenu un symbole fort de la résistance unioniste. Le sergent levant le bras semble fixer le spectateur comme pour relever le défi. Les autres soldats au milieu des explosions avancent sans peur vers leur objectif. Pas de morts, pas de blessés, que des hommes avec uniforme impeccable qui se lèvent pour le combat. Le paysage peint reflète même une certaine idée d’une campagne irlandaise typique au ton chaud. L’horizon semble même être rassurante et dégagée. L’image est même encore aujourd’hui reproduite sur les murs de rues protestantes de l’Irlande du Nord comme s’il s’agissait d’un assaut permanent.

Un autre épisode moins connu de la 36ème mérite pourtant une certaine attention car il appartient à la mémoire de l’Irlande dans son ensemble. En juin 1917, les troupes stationnées dans le même secteur, une fraternisation entre soldats nationalistes de la 16ème Division et unionistes de la 36ème se produit durant la Bataille de Wijtschate-Messines en Flandres. Des matchs de football sont même organisés près de la ligne de front. Frères ennemis, ils ont pourtant combattu ensemble et apprécié la compagnie de chacun. La bravoure et la fraternité irlandaise ont su s’accorder parfaitement au milieu d’un champ de bataille de la Première Guerre mondiale.

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