L’image du Juif durant la Seconde Guerre mondiale reste bien entendu marquée par la tragédie qu’à été la Shoah. L’horreur et l’indignation restent et resteront toujours dans nos mémoires. Il existe cependant une autre figure des Juifs durant la guerre : celle de la volonté de résister, de combattre par les armes ou d’assister les populations victimes. Cette image se diffuse depuis peu avec notamment les films Les insurgés avec Daniel Craig ou encore Inglorious Basterds de Quentin Tarantino.

Durant toute la Seconde Guerre mondiale, l’armée qui comprenait le plus de soldats d’origine juive fut celle des Etats-Unis avec 550 000 hommes et femmes alors que l’armée rouge en comptait 500 000 dans ses rangs. Présents sur tous les fronts, sur terre comme sur mer ou dans les airs, les GI Jews ont été salués à plusieurs reprises par le Président Roosevelt ou encore le Général Douglas MacArthur.

Pour beaucoup d’entre eux et comme pour les autres américains, les raisons d’un tel engagement furent diverses. Cependant, au sein de la communauté juive américaine comprenant près de 4 millions de personnes, les événements en Europe eurent un écho retentissant. Le nazisme éliminait toute présence juive en Europe et les réfugiés ayant réussi à atteindre l’Amérique témoignèrent des plus grandes atrocités. Par conséquent, pour beaucoup de jeunes hommes, l’engagement dans l’armée américaine était un moyen de participer au secours des persécutés d’Europe. Une telle mobilisation a déjà pu être remarquée lors de la Guerre d’Espagne où près d’un tiers des membres de la Brigade Lincoln sont d’origine juive (soit le 2ème groupe le plus important de combattants étrangers juifs le plus important).

Apprenti cordonnier en Allemagne, le jeune Heiman avait été la victime d’un pogrom en 1938. Arrivé aux Etats-Unis, il n’avait qu’une envie : revenir en Europe pour combattre ceux qui l’avaient chassé et montrer qu’il avait survécu. Mais l’armée décida autre chose et l’envoya sur l’île d’Okinawa dans le Pacifique.

Son sentiment était ressenti par beaucoup comme une volonté de défense, de prouver sa valeur et au sein même de l’armée américaine, il pouvait y avoir certaines tensions. Les différences entre ruraux et citadins ou entre américains du Sud et du Nord pouvaient transparaître. Et malgré l’importante mobilisation, les Juifs ne représentaient que 4% des effectifs de l’Oncle Sam et il n’y eut que 311 aumôniers rabbins durant toute la guerre. Le New-yorkais Jerome Coopersmith se rappelle, alors qu’il était dans une base dans le Mississippi, que l’état-major avait autorisé les soldats de confession juive à célébrer Pessah avec les familles israélites de Memphis :

« Au moment même où je quittais le camp, bien rasé et vêtu d’un tout nouvel uniforme, je fus arrêté et questionné par un policier militaire. Il me demanda où j’allais. Et quand je lui expliquai tout, il me répondit qu’il n’avait jamais entendu parler de cette autorisation et ne savait absolument pas ce qu’était le Séder. Le policier alors me renvoya au quartier général de ma compagnie afin qu’un officier puisse vérifier mon histoire. On lui confirma que tout était vrai mais il était à présent trop tard pour que je puisse arriver à temps pour assister aux célébrations. Mon superbe uniforme retourna alors au placard. Je n’ai jamais su si ce policier était antisémite ou juste ignorant mais finalement il n’y a pas de vraies différences. »

Cependant, toutes ces tensions s’effacèrent au combat et chaque soldat eut toujours besoin de l’autre pour survivre. Les horreurs dont les hommes ont également été les témoins renforçaient une certaine solidarité.

Quelques jours après le Jour J, le marin Tony Leone apprit que des soldats SS avaient exécutés tous les prisonniers qui portaient sur leur plaque d’identification la lettre H pour hébreu. A leur arrivée sur le navire à Omaha Beach, les Allemands, à leur tour, prisonniers furent malmenés par l’équipage.

La menace était très élevée pour tout Juif d’être repéré en tant que tel. Sentant le risque d’être capturés, certains soldats jetaient leur plaque d’identification.

Harry Feinberg avait appris le Yiddish allemand dans son quartier de Brooklyn et durant la guerre, il servit parfois d’interprète lorsque son commandant souhaitait interroger les officiers allemands prisonniers :

« Je leur demandais de dire à leurs hommes de se rendre. Je les trouvais arrogants. Ils n’aimaient pas qu’un simple soldat américain leur donne des ordres. La pire chose était de leur dire que j’étais Juif. Ils étaient alors effrayés pensant que j’allais les tuer. Bien que que les moments étaient extrêmement tendus, je gardais mon calme et ignorais leurs provocations.»

Peu après la libération de Verdun en Septembre 1944, les aumôniers juifs ont tenu à célébrer Rosh Hachana à la synagogue transformée en cantine par les Allemands. Ce sont des prisonniers qui alors ont restauré les lieux pour les services religieux.

Feinberg fut également un de ses soldats américains qui a libéré le camp de Buchenwald et fut à jamais profondément marqué par ce qu’il avait vu :

« Dans ma propre compagnie, j’ai connu bien souvent des critiques sur les Juifs. J’avais entendu que ce peuple était désigné comme responsable de la guerre. A la découverte des camps de concentration, il était évident que les Juifs avaient été les principales victimes. L’état-major avait ordonné à la population allemande vivant proche du camp de venir. Les civils avaient mis leurs plus beaux costumes mais à la vue des cadavres et du chaos, ils changèrent d’attitude. En pleine hystérie, une femme se mit alors à hurler de rire. Un de mes camarades, ayant pourtant eu des propos antisémites mais choqué par la découverte du camp, lui ordonna de se taire tout de suite.»

Dans des situations de danger extrême, la religion a été un extraordinaire soutien pour beaucoup de soldats. Pour la première fois, Jerome Coopersmith se mit à prier pour sa vie. Durant la Bataille des Ardennes, il fut touché par trois balles dont une dans la poitrine. Seul, coincé dans un mélange de boue et de gel, le jeune soldat s’adressa à Dieu par des prières juives. Ses forces l’abandonnaient mais le gel qui entourait son corps stoppa la perte de sang. Coopersmith survécut à cette terrible nuit.

Plus de 10 000 soldats américains de confession juive furent tués pendant la Seconde Guerre mondiale et les étoiles de David, en guise de pierres tombales, sont présentes dans les nombreux cimetières militaires américains en Europe, en Afrique du Nord ou encore dans le Pacifique.

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