A l’heure des grandes innovations et autres progrès technologiques, le corps humain reste une de nos plus grandes fascinations. Il est à la fois nous et un autre. Même lorsque nous imaginons l’avenir, il est là, présent, d’une manière ou d’une autre. Dès le début de la science-fiction au cinéma, le corps (féminin) était déjà imaginée. Souvenons-nous de « Métropolis » (1927) de Fritz Lang.
Avec ses tenues organiques, Diana Kadeiro semble elle aussi venir du futur. Modèle et créatrice, elle remet le corps dans sa position initiale : sous les projecteurs.
Entretien avec Diana Kadeiro, designeuse et actrice du futur.
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Quel rapport entretenez-vous avec la mode ? Est-ce un intérêt qui remonte à l’enfance ?
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Depuis l’enfance, j’ai en effet toujours été profondément attirée par l’artisanat et le travail manuel. Je réalisais des ouvrages en perles, je faisais du crochet et du tricot. J’ai même essayé de faire de la couture et à la broderie. Presque tous mes loisirs étaient liés à la création manuelle.

Cependant, je n’ai jamais envisagé cela comme une orientation ou une carrière. Je faisais simplement ce qui me plaisait sur le moment, sans me soucier de là où cela me mènerait.
Je ne me suis jamais intéressée consciemment à la mode en tant qu’industrie. Je ne la suivais pas et je ne l’ai pas étudiée. Je voulais tout simplement créer.
Aujourd’hui, je comprends que cette façon naturelle de travailler m’a progressivement conduite là où je suis. Depuis 4 ans, je réalise des pièces futuristes qui ont pour but d’être à la fois singulières et saisissantes. J’imagine également des concepts visuels qui semblent tout droit sortis d’une autre réalité.
Je ne suis pas les tendances. Je n’ai pas le temps pour cela. Je me concentre sur l’élaboration de mon propre langage visuel et je pense que c’est précisément là que je me suis trouvée.
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La mode aurait donc besoin selon vous de plus d’innovation ?
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Absolument. La mode doit évoluer au rythme des besoins humains et des mutations culturelles.
Nous traversons une période où l’intelligence artificielle s’est intégrée au processus de création. Elle est une source d’inspiration car elle permet de traduire l’imagination en images presque instantanément.
D’une certaine manière, l’IA a donné naissance à un nouveau langage visuel. Il est donc naturel de vouloir concrétiser ces images, de passer de l’imaginaire numérique à une forme physique.
J’ai commencé à explorer cette voie avant même que l’IA ne devienne une tendance grand public. Mon travail s’inscrit donc tout naturellement dans l’évolution actuelle de la culture.
Pour moi, l’innovation dans la mode ne se résume pas à la technologie : il s’agit de repousser les limites de ce qu’il est possible de créer et de porter.
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Le cinéma vous inspire également ?
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Oui. En particulier les films où l’atmosphère prime sur l’intrigue. Je pense par exemple à « Blade Runner » (1982) et « Dune : Deuxième Partie » (2024). J’adore quand un réalisateur ne se contente pas de créer une scène, mais bâtit un monde entier — avec son ambiance, ses couleurs, sa composition et une forte dimension immersive.
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Quelle est l’étape que vous préférez dans la création de vos tenues ?
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J’apprécie particulièrement découvrir le résultat final et observer les réactions des gens face à la tenue achevée.
Mais en réalité, j’apprécie tout le processus. Le cheminement lui-même est complexe : le développement, les retouches, la recherche de la forme, des matières et de l’équilibre parfaits. C’est pourquoi l’aboutissement ressemble à une récompense. C’est le moment où je peux enfin souffler et voir une idée se concrétiser.
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Vos tenues sont réalisées sur mesure. Votre propre corps est-il au service de vos créations ? Même vos cheveux sont teints.
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Je fais en effet partie intégrante de mes créations et de mon univers visuel. Je ne conçois pas seulement des vêtements – je crée aussi des bodys en silicone qui façonnent une silhouette idéalisée.
L’idée est que le vêtement porte déjà en lui une forme — une structure, des lignes corporelles, une allure architecturale. Lorsqu’on le porte, on a l’impression d’être revêtu d’une armure ou d’incarner une version augmentée de soi-même.
Mon objectif est de permettre aux gens d’adopter une identité visuelle qui les sublime et leur procure un sentiment de puissance et d’expressivité.
Mes cheveux bleus participent également à ce code visuel. Je les ai teints avant même de commencer mon parcours de créateur. Au fil du temps, c’est devenu un élément essentiel de mon identité. Aujourd’hui, ce n’est plus un simple détail : c’est ma signature et une source d’inspiration.
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Vos créations sont-elles un hommage au corps féminin ? Une forme de sensualité ?
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Je ne dirais pas qu’il s’agit d’une sexualisation du corps.
Mon travail s’apparente davantage à un canon esthétique alliant corps humain, futurisme et architecture. Il est question de structures, de formes et d’une certaine perfection – plutôt que de sensualité au sens traditionnel.
Je souhaite que les personnes qui portent mes pièces se sentent élevées — plus fortes, plus affirmées, plus présentes. C’est une question d’énergie et de présence, non d’exposition.
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Est-ce la plus belle des victoires que de voir vos créations futuristes à la télévision ou sur scène ?
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Oui, j’accorde une grande importance au fait de voir mon travail dans l’espace public : sur scène, dans des clips ou porté par des artistes. Mes pièces sont conçues pour la visibilité, la performance et l’impact. Je ressens de la fierté quelle que soit l’échelle, qu’il s’agisse d’une star internationale ou d’un client privé partageant son expérience et ses émotions. Chaque concrétisation de mon travail a du sens pour moi.
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Croyez-vous en l’avenir ?
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Absolument. Sans cela, il serait impossible de continuer à créer.
Je prévois de développer ma marque et de m’étendre à l’international, car je reçois déjà des demandes provenant des quatre coins du monde. Je perçois cela comme un processus progressif. J’avance pas à pas vers mes objectifs, en faisant confiance à la direction que je suis en train de bâtir.
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Photo de couverture : © Diana Kadeiro







