Interpréter est un jeu sans limites. Par le corps et la parole, nous devenons sur scène un autre. La métamorphose peut alors devenir un plaisir. Tout au long de sa vie, Giulia Ramires a choisi de s’adapter, de devenir. Aujourd’hui en France, cette artiste italienne rêve plus que jamais de cinéma et de danse. Voici un choix de vie difficile mais qui se couvre de passions.
Entretien avec Giulia Ramires, interprète des émotions.
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Vous êtes actrice, modèle et danseuse. Quel est le rôle que vous préférez ?
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Chaque activité m’apporte une joie différente. J’aime les trois. Le cinéma m’aide pour la danse et la danse m’aide pour le modeling.
Je suis une passionnée du 7ème art. Mon père et ma grand-mère m’ont transmis cet amour du cinéma. Dès l’enfance, je regardais tout type de films. Cela m’a permis d’avoir un esprit plus large. A un moment, j’ai moi-même voulu jouer devant la caméra. Cela demande beaucoup de travail d’incarner quelqu’un d’autre. J’ai participé aux tournages de la série de Paolo Sorrentino, « The Young Pope » (2015) et du film « Wine to love » (2018). Dans de telles productions, vous n’avez pas le droit à l’erreur.
La danse, quant à elle, permet de me libérer. Je redeviens moi-même.
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Jouer la fille d’Ornella Muti dans « Wine to love » a-t-elle été une belle expérience ?
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Ce fut en effet une joie de passer un mois à ses côtés. Ornella est une grande actrice et quelqu’un d’accessible. Il n’était pas prévu que je participe au tournage. Je vivais à Marseille à l’époque mais ma vie ne me plaisait pas. « Wine to Love » fut un tournant : Soit je rentrais définitivement en Italie soit je tentais ma chance à Paris. Je me suis dit que la seconde option était la meilleure car c’était une nouvelle aventure pour moi. J’ai pensé que ce serait un échec de rentrer dans mon pays. Je voulais une vie nouvelle.
Lors de mes premiers mois à Paris, j’ai dû vivre au sein du Petit théâtre du Bonheur à Montmartre. Chaque soir, après la représentation, je devais réinstaller mon lit sur le plateau. Mais comme l’ambiance était assez bohème, c’était la fête. Je devais attendre que tout le monde quitte les lieux pour pouvoir dormir (rires). Je ne parlais pas encore très bien français et chaque nuit je souffrais de migraine. Le tournage de « Wine to love » m’a permis, pendant un temps, de changer totalement d’environnement.
Malgré cette situation précaire, je me souviens de cette période comme l’une des plus belles de ma vie.
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Quelles sont les différences entre le cinéma français et le cinéma italien ?
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En France, il y a beaucoup d’œuvres portées sur le social. Dans les 2 cinémas, je trouve qu’il n’y a pas encore assez de réalisateurs qui expérimentent de nouvelles voies. J’aime les personnages qui s’éloignent de la réalité, qui vivent des situations peu communes. Le thriller, par exemple, est un genre qui nous emmène loin.
De plus, j’aime le mystère au cinéma. Selon moi, il est important de donner de la place à l’imagination.
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Être modèle est-ce incarner un personnage ? Quel est votre rapport avec l’objectif ?
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C’est un vrai métier. Au fil des expériences, j’ai appris à être concentrée et surtout observer. La danse m’apprend à trouver les bonnes postures, le bon ton. Je reviens d’un tournage à Milan. Il fallait que je sois extravertie et maniérée. En même temps, le temps était court et on m’a demandé de réaliser des poses spécifiques. Je n’avais pas assez de temps pour entrer complètement dans le personnage.
La photographie est un univers fascinant. On fait appel à moi pour des campagnes dynamiques et positives. Je suis finalement plus actrice que modèle.
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Le corps doit-il sans cesse se renouveler, changer ?
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Tout le long de notre vie, nous apprenons sans cesse sur nous-mêmes. Je suis à présent trentenaire et j’en suis fière. La maturité et l’expérience me permettent de réaliser ce que j’ai vraiment envie de faire. Je connais les atouts et les limites de mon corps.
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Êtes-vous danseuse pour être une meilleure actrice ?
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Les deux activités se complètent. Un danseur peut être un bon acteur car il a pu acquérir de vraies capacités d’expressions et de postures. Un grand nombre d’émotions passent à travers le corps.
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Vivre en France vous offre-t-il plus d’opportunités ?
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Le tournage de « Neuilly sa mère sa mère » (2018) m’a donné envie de continuer ma carrière en France. Je joue le rôle de Barbara. Sur le plateau, il y avait une énergie et une envie de faire rire.
Cependant, le fait d’avoir un accent peut m’empêcher d’obtenir des rôles. Les productions françaises sont exigeantes. Contrairement aux années 70-80 où les productions franco-italiennes étaient fréquentes, il y a de nos jours peu de rôles en France pour nous, les Italiens.
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Que souhaitez-vous réaliser à présent ?
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Je veux monter un spectacle. Il s’agit d’une adaptation du livre « Femmes qui courent avec les loups -Histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage de Clarissa Pinkola Estés. C’est un vrai défi pour moi car ce sera ma première mise en scène. Je suis également enseignante de théâtre et de danse pour des orphelins de guerre. Beaucoup d’entre eux n’arrivent pas encore à s’exprimer en français. Nous faisons beaucoup de mime pour exprimer les émotions. C’est une activité qui me plaît beaucoup et que je souhaite poursuivre. Mes parents étaient professeurs. Comme eux, j’aime transmettre.
Je veux faire plus de projets cinématographiques.
Je réalise également des peintures. J’aimerais montrer davantage mes œuvres.
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Image de couverture : © Laurent Lescure







