Il y a des artistes qui en une seule image apportent une vraie magie. Celle qui nourrit notre imagination, explore le passé et qui remet la beauté au premier plan. Kourtney Roy mêle avec brio le faste, le mystère et l’humour. Ses photographies, ses films, ses livres contiennent à chaque fois tous les caractères de cette artiste canadienne multiple qui vit en France depuis ses études. L’autoportrait, la touche cinématographique et un goût (immodéré) pour les couleurs vives.
Entretien avec Kourtney Roy, artiste passionnée et passionnante.
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Après des études au Canada, vous continuez votre cursus aux Beaux-arts de Paris. Qu’avez-vous appris en France que vous n’avez pas connu ailleurs ?
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La langue française. Avant d’arriver ici, je ne la parlais pas. J’aimais également l’idée de vivre dans un pays où on pouvait acheter du bon vin à un prix raisonnable (rires).
Je suis arrivée aux Beaux-arts de Paris en 2003. Durant mon cursus, j’aurais aimé plus d’organisation et de suivi. Nous ne voyions le responsable d’atelier qu’une fois par mois et le département photos était dans un mauvais état.
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Vous êtes photographe depuis 25 ans. Êtes-vous toujours difficile de trouver l’inspiration ou est-ce devenu plus instinctif ?
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J’ai toujours envie de créer sans arrêt. J’aime les idées.
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Les couleurs flashy est-ce une façon de quitter la réalité ?
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J’ai avant tout le souhait de créer des mondes. L’imagination permet l’évasion et j’aime changer d’univers.
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Doit-on avant tout ressentir plutôt que comprendre votre travail ?
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J’aime les interprétations du public car parfois il voit ce que je n’ai pu déceler. L’artiste n’est pas conscient de tout et c’est toujours bien de connaître le regard et le ressenti de l’autre. Tout le vécu et la sensibilité peuvent se manifester dans une photographie.
L’image est justement là pour traduire des émotions. Il n’y a pas de réelles revendications. Je n’ajoute jamais de texte à mes photographies. Par l’image, je pose juste un contexte. L’interprétation est par conséquent libre.
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« Northern Noir » (Editions La Pionnière – 2016) est-il votre travail le plus mystérieux et donc le plus envoutant ?
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C’est une réalisation qui m’est chère car je l’ai faite au Canada. Pendant plusieurs semaines, j’ai erré dans cette campagne. Ma mère m’a accompagné et m’a assisté.
« Northern Noir » est une série très différente de ce que j’ai réalisé. Il y a un aspect sombre et très Jean-Pierre Melville. J’ai toujours aimé les films de ce cinéaste français. Melville filmait des campagnes désolées et peu accueillantes. Cela donnait une ambiance belle et unique. J’ai trouvé une ambiance similaire au Canada.
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« Morning Vegas », « In Dreams », « The Tourist », « Northern Noir », auriez-vous voulu être une star ou vous en êtes déjà une ?
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(Rires) Je ne suis pas une star mais il est vrai que j’aime incarner des figures fantasques. Ils sont ceux que l’on retient, qui nous fascinent car ils sortent de l’ordinaire, de la masse. Lorsque vous incarnez un personnage, vous ne ressentez aucune honte car ce n’est pas vous. Il m’est arrivé d’être dans la rue avec des plumes sur tout le corps ou avec des ongles très longs. Je n’avais que faire du regard de l’autre car je jouais un personnage.
Il est drôle de revoir mes autoportraits. Alors que d’autres y voient de la beauté ou de l’humour, quant à moi, je me souviens qu’il faisait froid, qu’il était tard et que j’étais épuisée.
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« The Tourist » (Editions André Frère – 2020) est-il une lettre d’amour aux peaux bronzées et aux muscles ?
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C’est un hommage à l’hédonisme. Cette femme que j’incarne réalise son rêve et ses fantasmes.
Je me suis beaucoup préparée pour cette série. Je voulais la peau la plus bronzée possible. Je me suis mise au soleil à Paris mais ce n’était jamais assez. Je me suis rendue au Mexique. Tous les 2 jours, on me tannait la peau avec de la crème. Il fallait attendre que cela sèche et j’ai ajouté des couches et encore des couches. L’aspect était affreux mais parfait pour la photo.
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« Trashissima » (Edtions André Frère – 2025) est-il votre travail le plus sexy et le plus drôle ?
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Jusqu’à aujourd’hui oui. Lorsqu’artistiquement tout est permis, vous pouvez aller loin.
J’ai toujours trouvé les photos mode inintéressantes. C’est trop parfait, trop lisse.
Avec « Trashissima », j’ai d’une certaine manière montré plus de réalisme mais je n’ai pas voulu choquer. Mon objectif était avant tout de faire rire.
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Quand arrivez-vous à trouver la bonne idée pour la réalisation d’un livre ?
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C’est souvent quelque d’autre qui me propose l’idée. J’avais posté quelques photos sur Instagram et l’éditeur André Frère m’a dit qu’il aimait beaucoup l’ambiance. Il m’a alors proposé de sortir un livre. « Trashissima » est né ainsi.
Pour ma série « La Volpina » (2025), j’ai eu envie d’explorer la ville de Naples car j’aime beaucoup le cinéma italien. On dirait que la rue là-bas est une scène de théâtre. Tout peut se passer. L’Italie est un beau pays mais aussi un fantasme.
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En 2024, vous constituez un fonds de valorisation de bâtiments contemporains du Morbihan. Avez-vous aimé l’idée de jouer avec du classique et de raconter une fiction (film) avec les bâtiments ?
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Avant ce projet, « Architecture contemporaine en Morbihan » (Editions Locus Solus – 2025), je n’étais pas familière de ce genre de photographies et, de plus, la Bretagne est pleine de verdure mais je n’étais pas une fan du vert en si grande quantité. Cependant, j’aime les challenges. Je devais mêler les buildings mais aussi les rochers et la pluie. J’avais en face de moi un paysage. En peu de temps, je devais alors utiliser mon imagination. J’ai suivi mon instinct et cela a permis des scènes très amusantes. Certains personnages, mes figurants, tendent par exemple leurs bras dans le vide. C’est pour signifier qu’il y a du vent. Parfois, je devais moi-même jouer les scènes.
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Avec la réalisation du film d’horreur « Kryptic » (2024), était-ce une façon de créer votre propre monstre ?
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C’était très agréable d’imaginer ce sookama car cela permet beaucoup de libertés. Le film de John Carpenter, « The Thing » (1982), m’a beaucoup inspiré. Il y a une quantité incroyable de formes du monstre.
« Kryptic » n’est pas vraiment un film d’horreur. Je le vois comme un psycho-sexual thriller.
J’avais besoin de le tourner au Canada car c’est un territoire que je connais très bien. J’ai sillonné les autoroutes, j’ai fréquenté les bars les plus isolés… « Kryptic » était mon premier film. Par conséquent, je devais être à l’aise. « Kryptic » est aussi un hommage au Canada de mon enfance et aux films de David Cronenberg.
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Avec Donald Trump, êtes-vous prête à devenir enfin Américaine ?
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Si le Canada devient le 51ème état, nous pourrons voter et faire perdre ainsi Trump (rires).
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Que souhaitez-vous à présent explorer ?
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Je vais me rendre prochainement au Chili. C’est un pays qui me fascine. J’étudie chaque jour la culture et l’actualité chilienne. Je serai à Santiago mais également dans le désert d’Atacama. C’est un environnement qui m’a toujours plu car il est rempli de mythes et, paraît-il, on peut observer des ovnis… Faire de la photographie vous oblige à sortir de votre zone de confort. Vous devez voyager, rencontrer, regarder.
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Photo de couverture : © Kourtney ROY







