Figure incontournable de la bande dessinée depuis la fin des années 70, Thorgal, cet enfant viking venu des étoiles, se renouvelle avec l’excellente série Thorgal Saga. Lancée depuis 2023 par les éditions Le Lombard, elle permet à des auteurs de s’approprier le héros scandinave le temps d’un album. Après Robin Recht ou encore Mohamed Aouamri, c’est au tour de Christophe Bec de dessiner Thorgal dans une aventure one-shot (Tome 06).
Scénarisé par Valérie Mangin, « La Déesse d’Ambre » (Editions Le Lombard – 2026) mêle savamment fantastique, action et drame. Thorgal est ainsi redécouvert en tant que guerrier mais surtout en tant qu’humain. Pour continuer l’aventure, vous pouvez admirer les planches et dessins de Christophe Bec à la Galerie Huberty Breyne (19 rue Chapon – Paris) jusqu’au 28 mars 2026. Thorgal n’a jamais été proche de nous…
Entretien avec Valérie Mangin et Christophe Bec, auteurs épatants de « La Déesse d’Ambre ».
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Lisiez-vous Thorgal durant votre enfance ?
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Valérie Mangin : Adolescente, j’étais une grande lectrice de mythologies et d’histoire greco-romaine. On m’a recommandé de lire le tome 5 de Thorgal, « Au-delà des ombres » (1983) en disant que c’était comme la légende d’Orphée et Eurydice. L’histoire m’a beaucoup plu et j’ai continué à lire la série de Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski.
Au lycée, je lisais moins de bande dessinée. Puis, afin de préparer l’Ecole des Chartes, je suis entrée dans un internat parisien tenu par des religieuses ursulines. Nous avions un seul téléphone et une seule télévision pour une centaine d’élèves. Par contre, nous pouvions avoir tous les livres que nous souhaitions dans les chambres. J’ai relu alors de la bande dessinée et j’ai repris les aventures de Thorgal.
Christophe Bec : J’ai moi aussi découvert Thorgal à l’adolescence. En 1982, le magazine Tintin proposait pour chaque numéro quelques pages d’« Au-delà des ombres ». La première planche de l’aventure est magnifique. Dès les premières images, j’ai été frappé par l’univers de Thorgal. « Au-delà des ombres » est selon moi une des meilleures aventures. J’aime le Thorgal des années 80 (jusqu’à l’album « Louve » 1990).
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Quel fut l’apport de Robin Recht, dessinateur d’un autre Thorgal Saga « Adieu Aaricia » (2023) ?
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Christophe Bec : Au fil du temps, je ne lisais plus les aventures de Thorgal. Mais en lisant « Adieu Aaricia », l’album imaginé par Robin, j’ai retrouvé des émotions – les mêmes que celles que j’avais adolescent. Nous nous sommes vus lors d’un de ses passages à Toulouse. Au fil de nos échanges, l’idée de réaliser moi aussi un album de Thorgal est venue.
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« La Déesse d’Ambre » semble avoir été un véritable défi graphique et scénaristique. Quelles furent les plus grandes difficultés ?
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Valérie Mangin : Même si j’avais déjà adapté un classique, Alix, je ressentais tout de même une certaine pression. Van Hamme et Rosinski allaient tôt ou tard lire « La Déesse d’Ambre ». Puis, nous avons mis de côté ce sentiment et avec Christophe nous nous sommes mis au travail.
Nous nous connaissons depuis plus d’une dizaine d’années. Christophe est de temps en temps scénariste donc nous prenions le temps d’échanger et de dialoguer.
« La Déesse d’Ambre » se déroule entre les albums « Au-delà des ombres » et « Alinoé » (1985).
Christophe Bec : Sur le plan graphique, c’était mes deux livres références. Les dernières pages de « La Déesse d’Ambre » font d’ailleurs écho à « Alinoé ».
Tout en étant respectueux le travail de Rosinski, j’ai tout de même gardé mon style. Pour l’histoire, c’était nécessaire. J’ai dessiné les cicatrices mais le Thorgal de « La Déesse d’Ambre » est assez différent. Mes hachures sont par exemple plus longues que les siennes.
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Comment avez-vous imaginé la déesse Huldra ?
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Christophe Bec : Huldra est une déesse nordique qui a une queue de renard et qui, lorsqu’elle se met en colère, se transforme en démon. Nous avions toutes les libertés pour en faire notre propre personnage.
Lors de mes recherches sur les bijoux vikings sur Internet, j’ai vu la photographie d’une jeune anonyme rousse. Son visage était très typé. Pour la couverture de l’album prestige, Huldra est différente.
Valérie Mangin : Malgré sa puissance, Huldra est un être qui a beaucoup souffert. Cet aspect a été très intéressant à développer.
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Valérie, gardez-vous des réflexes d’historienne ou, en tant que scénariste, vous laissez totalement la place à l’histoire ?
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Valérie Mangin : J’ai été très stricte avec Alix Senator. L’aspect historique est une part majeure des albums. Avec Thorgal, j’ai privilégié l’intrigue et l’ambiance fantastique. Huldra est certes une déesse de la mythologie nordique mais nous avons pris la décision d’en faire notre propre personnage. Le genre fantaisie permet une grande liberté.
Nous avons tenu à être très fidèles aux personnages de Thorgal et d’Aaricia. Dans « La Déesse d’Ambre », ils sont de jeunes parents. Ils ont donc des responsabilités. Avec Ingrid, Huldra et la vieille chamane, j’ai pu développer plus de libertés.
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Y’a-t-il de la magie avec la bande dessinée ?
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Valérie Mangin : Avec la bande dessinée, vous pouvez créer de nouveaux mondes. J’ai une grande admiration pour un auteur comme Alan Moore. A chaque histoire imaginée, il crée de nouveaux mondes. La fiction est un exercice sans limites. Pour beaucoup de leurs lecteurs, en inventant Thorgal, Rosinski et Van Hamme ont changé la perception du monde.
Christophe a imaginé le palais de la déesse et fait des allusions aux peuples des étoiles. « La Déesse d’Ambre » ouvre le champ des possibles.
Christophe Bec : Même lors de la réalisation d’un album, de nouvelles choses apparaissent. Valérie avait notamment imaginé le combat de Thorgal avec les loups. J’ai souhaité l’affrontement avec le mâle alpha. C’est une lutte symbolique. Thorgal aimerait lui aussi être un alpha mais se retrouve en difficulté. Heureusement, Ingrid intervient car il est en difficulté.
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Le palais d’Huldra est-il une référence à Druillet et à Moebius et aux origines de Thorgal (science-fiction) ?
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Christophe Bec : Mon précédent livre, « Inexistences » (2023), était déjà un hommage aux dessinateurs de Métal Hurlant. L’ambre est clairement une référence au travail de Moebius.
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Quel est le rôle des couleurs ?
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Christophe Bec : Le coloriste Gaëtan Georges a fait un travail incroyable. Pour la scène de l’incendie de forêt, j’ai eu comme référence les incendies de Californie de 2025. Toute la zone était couverte d’une couleur orange.
Pour le palais d’Huldra, j’ai demandé à Gaëtan à ce que la couleur ambre envahisse les lieux. Cette ambiance peut rappeler ma série Sanctuaire.
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Rêvez-vous de Thorgal encore aujourd’hui ?
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Christophe Bec : La série-mère est superbement dessinée par Fred Vignaux et se doit d’être très fidèle au travail de Van Hamme et Rosinski. Thorgal Saga est à part car elle donne bien plus de libertés aux auteurs. Je ne dirais pas non à un nouvel album mais ce n’est pas d’actualités.
Valérie Mangin : J’écris une nouvelle histoire de Thorgal pour un autre dessinateur. C’est un monde si passionnant. Je l’explore avec grand plaisir.
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Image de couverture : © Le Lombard







