Ecriture et dessin s’accompagnent, se complètent mais se différencient. A chacun son mode d’expression, sa liberté. Marion Fayolle est écrivaine et dessinatrice. Alors « Les Aimants » (Editions Le Tripode – 2026) laisse la part belle à l’amour conjugal, « Petit Fruit » (Editions Gallimard – 2026) raconte les vertiges d’une femme dont le ventre reste vide. Son mari est aimant (à nouveau!) mais impuissant face au chagrin. La venue d’un étrange inconnu va bouleverser le foyer.
Avec l’écriture ou le dessin, Marion Fayolle raconte nos désirs, nos solitudes et nos espérances là où les amours se cueillent à même le sauvage.
Entretien avec Marion Fayolle, conteuse de nos sentiments.
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Quand ressentez-vous le besoin d’écrire et le besoin de dessiner ? Le dessin n’est jamais loin puisque vous illustrez les couvertures de vos romans.
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J’ai toujours pensé par l’image. Je suis persuadée que j’écrirais différemment si je n’avais pas été dessinatrice. J’ai pensé l’histoire de « Petit fruit » avec beaucoup d’images, cependant le texte a été là pour insuffler la vie. Le dessin aurait été plus immobile.
En tant que dessinatrice, on me demande souvent d’illustrer des textes de philosophie. L’image synthétise davantage que l’écrit. De plus, le dessin incarne une part invisible. On montre ce que le texte ne décrit pas forcément. En une seule image, un illustrateur peut faire coexister des ambivalences, additionner le oui, le non et le peut-être.
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« Les Aimants » traite des relations femmes-hommes mais surtout de l’amour. Fait-il écho aux « Amours suspendus » (question de la fidélité) ?
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« Les Amours suspendus » était une narration tandis que « Les Aimants » est un recueil de dessins. Avec le premier, je cherchais à parler d’amour et des émotions à travers mes propres expériences. « Les Aimants » fait coexister un grand nombre de dessins différents. C’était comme penser à une recette de cuisine. Il y a des images douces. D’autres sont poétiques, grinçantes. La vérité est selon moi la somme de tous ces sentiments. Avec « Les Aimants », j’ai voulu traiter des ambivalences amour-indépendance, protection-liberté.
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Le désir et la sexualité restent-ils des énigmes (littéraires) pour vous ?
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Si on aborde ces thèmes c’est bien parfois pour faire de la prévention ou de la pornographie. Il existe finalement peu de place pour parler de sexualité sur le ton de l’humour ou de la poésie. Je voulais investir cet espace.
Au moment de la publication des « Coquins » (2014), la sexualité était surtout abordée par les hommes. Le plaisir féminin était comme tabou.
Rire de la sexualité peut être libérateur. Pour la préparation des « Aimants », il m’arrivait de prendre en photo mes dessins et de les envoyer à mes amis. Ces derniers pouvaient ainsi commenter tout de suite mon travail. Cela nous a fait beaucoup rire et j’ai été encore plus motivée pour continuer le projet.

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« Petit Fruit » doit-il être abordé sur le ton de la souffrance (désir maternel) ou finalement vous conseillez une certaine légèreté ?
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Il a l’appellation roman mais il peut être envisagé comme un long poème. « Petit fruit » apporte plus de questions que de réponses. C’est un écrit opposé au synthétisme. « Petit fruit » a une pensée libre et émancipatrice. Mon roman ouvre des fenêtres – donne des conseils plutôt que des ordres.
Le lecteur doit se laisser embarquer dans un autre monde. Lorsque je lis un livre ou je regarde une image, quelque chose s’accroche à moi tel un tatouage. Je veux produire des écrits ou des dessins qui vont accompagner le lecteur dans le temps.

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La campagne est-elle un personnage dans votre univers ? L’intrigue « Du même bois » (2024) se passait déjà dans une ferme.
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J’ai grandi en Ardèche et je vis à présent dans la Drôme. La campagne m’a toujours accompagnée. De plus, je n’aime pas placer mes personnages dans un univers trop défini et contemporain. La campagne est représentée avec un fond blanc, idéal pour mon univers.
Au même titre que « Du même bois », la nature fait écho à la psychologie des personnages de « Petit fruit ». Le petit fruit est attendu dans le corps et est aussi cueilli dans les arbres. Alors que le mari parle de châtaignes, l’épouse perçoit des échanges sur la vie de couple.
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Cette femme est belle, proche de la nature, sensible, curieuse des dessins réalisés par cet inconnu. Est-ce un être pur ?
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Je n’ai jamais aimé la notion de pureté et de morale. Au cours de l’écriture, je me suis attachée à mon personnage. Sur beaucoup d’aspects, nous sommes proches.
L’histoire de « Petit fruit » est née à partir d’un de mes rêves. L’inconscient est mon partenaire de travail. Un étranger était présent. J’échangeais avec lui à travers une plaque de verre. J’ai eu l’idée d’écrire le livre. Au début, cet étranger me faisait peur puis au fil du temps j’ai fini par l’aimer lui aussi. Il a une grande part de mystère. L’étranger apparaît et disparaît. Je l’ai imaginé tel un spectre. Cependant, en aucun cas l’étranger est menaçant. Comme pour mon personnage principal, je me suis réjouie de le retrouver de temps en temps dans mon récit.
Je me suis sentie finalement proche des personnages de la femme, du mari et de l’étranger. Autrice, j’ai réussi à entrer dans chacun d’eux. Ils ont tous du mal à s’exprimer. Par les images, les couleurs et les obsessions en commun, ils finissent par se comprendre.
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La fin de « Petit fruit » est-elle une énigme pour vous aussi ?
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En effet. « Petit fruit » a sa part de mystère pour moi aussi.
La femme finit par accepter d’être quelque d’autre. Elle comble le vide qui est en elle en acceptant de combler le vide de l’autre. L’étranger réussit à s’approprier la femme par le dessin. L’héroïne va alors imaginer qu’il peut également rendre réel son souhait maternel.
Nous ne connaissons pas la suite mais le vide existentiel des trois personnages, quant à lui, disparaît.
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Que souhaitez-vous à présent explorer ?
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J’ai écrit « Petit fruit » il y a plus de 2 ans. La publication a pris du temps. J’écris à présent des poèmes et je dessine toujours. J’aimerais traiter un jour la question de l’alcool. C’est un sujet qui a touché ma famille mais je ne veux pas l’aborder de façon autobiographique. Je fais beaucoup de recherches sur le sujet.
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