Peintre, illustrateur, dessinateur de bande dessinée et auteur, Jean-Claude Götting parcoure avec passion l’art et le récit. Vêtu d’une élégante tenue sombre des années 60, sa longue silhouette rappelle ses propres personnages. Le style s’accommode aisément au chic, au Polar mais aussi au fantastique – Jean-Claude Götting a été notamment l’illustrateur des couvertures françaises d’Harry Potter.
Le dessin nous transporte toujours ailleurs et c’est bientôt un voyage enchanteur.
Entretien avec Jean-Claude Götting, artiste-conteur.
.
.
.
.
Était-il évident que vous deveniez tôt ou tard artiste ?
.
.
.
.
Dès l’enfance, je dessinais. La bande dessinée, c’était ce que je voulais faire. Après le lycée, je n’ai pas souhaité poursuivre mes études scientifiques. Je voulais apprendre le dessin. J’ai passé et réussi le concours de l’Ecole Estienne à Paris. Cependant, pour intégrer la formation, il fallait avoir le baccalauréat, que je n’ai pas obtenu cette année-là. Il a fallu une autre tentative pour l’avoir en poche, mais malheureusement cette fois-ci, c’est aux concours d’Estienne et Duperré que j’ai échoué. La troisième a été la bonne, et j’ai pu intégrer Les Arts Appliqués Duperré à Paris l’année suivante.
.
.
.
.

.
.
.
.
Le cinéma est-il souvent le point de départ de vos créations ?
.
.
.
.
J’ai mis du temps à trouver mon propre style. Au début, je m’inspirais d’auteurs comme Binet, Gotlib mais aussi Moebius ou encore Enki Bilal. Lorsque j’ai trouvé mon style, j’avais des sources d’inspiration surtout en-dehors de la bande dessinée. La littérature et le cinéma noir ont été de vraies références. L’ambiance de la Nouvelle vague est venue ensuite.
.
.
.
.
« Crève-Cœur » a-t-il été pensé comme un étendard artistique (ambiance, lumière, plans cinématographiques) ?
.
.
.
.
En 1986, le nouveau directeur de la publication de Futuropolis, Jean-Marc Thévenet, m’a demandé de participer à sa nouvelle collection. « Crève-Cœur » est un mélange d’ambiance Jazz et de roman noir. Il est le reflet de ma production de l’époque, et n’a pas été pensé comme un « manifeste ».
Pour des raisons esthétiques, je ne dessine pas ou peu l’époque actuelle. J’aime les années 50-60. J’ai plus de facilités à dessiner des voitures avec des volumes marqués et des tenues classiques.
.
.
.
.

.
.
.
.
Le dessin de presse est-il un exercice délicat ?
.
.
.
.
Au début, comme pour la bande dessinée, mes créations pour Libération par exemple, étaient en noir & blanc. Avec les magazines notamment féminins, on demandait des images colorées pour « égayer » les pages. J’ai donc ajouté des couleurs. Ce fut un nouvel exercice pour moi, car je ne m’étais pas essayé à la couleur jusque-là. J’ai d’abord ajouté du pastel puis j’ai tenté l’acrylique. Cela me permettait de conserver le gros trait de mon dessin.
.
.
.
.
« Duke Ellington joue Billy Strayhorn », « Happy Living », « Frank Sinatra »,… La musique reste une forte inspiration pour vous ?
.
.
.
.
Quand je dessine, j’écoute de la musique. Elle fait partie de mon univers graphique. Certains de mes livres ont d’ailleurs été accompagnés d’albums de musique.
Par contre, quand j’écris, je dois être dans le silence.
.
.
.
.

.
.
.
.
« Noir », « Watertown » – La vieille Amérique est-elle un fantasme pour vous ?
.
.
.
.
Adolescent, je rêvais d’aller aux Etats-Unis. C’était un imaginaire familier car j’adorais le cinéma américain.
.
.
.
.
Y’a-t-il un plaisir à écrire des histoires et laisser le dessin à un autre (François Avril, Loustal,…) ?
.
.
.
.
J’ai toujours aimé raconter mes propres histoires. Par conséquent, je n’ai jamais été le dessinateur d’un autre auteur. J’ai d’abord travaillé sur un scénario avec François Avril. L’idée de dessiner mon histoire lui plaisait et nous avons publié « Le Chemin des trois places » (1989).
Un jour, Loustal m’explique qu’il a du mal a trouver de nouvelles histoires à dessiner, ses scénaristes habituels étant occupés par d’autres projets. Comme c’est un auteur dont j’apprécie beaucoup le travail, j’ai sauté sur l’occasion pour lui écrire « Pigalle 62.27 » (2012). Voir nos deux noms sur une même couverture me plaisait beaucoup. Pour « Black Dog » (2016), c’est lui qui a souhaité adapter mon livre « Noir » dans une autre époque et en couleurs, bien sûr. Je l’ai donc réécrit pour lui.
Je laisse les dessinateurs totalement libres de leurs découpages et mises en scène. Mes indications sont minimales, je ne décris pas chaque case. Il faut que le dessinateur s’approprie l’histoire, et c’est toujours un plaisir de découvrir le résultat.
.
.
.
.
Qui sont les femmes de votre univers ?
.
.
.
.
Je les peins dans des instants d’entre-deux ou d’attente, pensives ou endormies. C’est une façon pour moi de raconter à nouveau des histoires, stimuler l’imaginaire des spectateurs. Certains pensent qu’elles sont tristes mais pas pour moi. C’est juste qu’esthétiquement, je ne trouve pas le sourire intéressant.
Lorsque je réalise une toile ou une case, je commence toujours par dessiner le visage. C’est ensuite que j’imagine le décor.
.
.
.
.

.
.
.
.
Contrairement aux couvertures anglo-saxonnes, vous illustrez un Harry Potter calme, spectateur ou rêveur (acrylique sur papier). Avez-vous laissé place au mystère et à la force plutôt qu’à l’action ?
.
.
.
.
J’illustrais déjà des couvertures pour les éditions Folio Jeunesse quand on m’a proposé d’imaginer celle d’un nouveau manuscrit écrit par une écrivaine britannique J.K. Rowling. Il fallait une couverture pour la version française d’« Harry Potter à l’école des sorciers » (1997). N’imaginant pas qu’il y aurait une suite, j’ai réalisé un dessin simple, présentant les 3 personnages principaux et la fameuse école.
Je n’ai jamais été très à l’aise avec les scènes d’action. J’ai préféré dessiner des instants plus calmes. J’aime particulièrement la couverture d’« Harry Potter et les reliques de la mort ». Harry est lui aussi dans la réflexion avant la bataille.

Au fil des ans, les tomes suivants ont été publiés et j’ai illustré chacun d’entre eux. Ce n’était pas une évidence puisque lorsque Warner Bros a acquis les droits d’adaptation cinématographique, il n’était pas exclu que les couvertures deviennent des photos ou l’affiche des films, ou bien que tous les pays doivent reprendre la même couverture américaine. Finalement, chaque éditeur a pu poursuivre avec son illustrateur.
A cause du succès planétaire, le secret était de plus en plus fort. Je ne pouvais réaliser la couverture française avant que le livre ne sorte au Royaume-Uni. Ce fut un problème pour « Harry Potter et le Prince de sang mêlé » (2005). On m’avait juste donné des indications. Dumbledore avait un rôle majeur dans l’histoire, et je pouvais m’inspirer de certains détails de la couverture américaine qui avait déjà été dévoilés. Par conséquent, je l’ai donc dessiné accompagnant Harry dans une forêt, sans trop savoir à quoi cela correspondait. On m’a ensuite prévenu que Dumbledore avait la main brulée. Je l’ai donc noircie (rires).
.
.
.
.
Y’a-t-il une plus grande attention lorsqu’on dessine pour un public plus jeune ?
.
.
.
.
Il y a parfois plus de contraintes. Des choses que les éditeurs pensent nécessaires pour un jeune lecteur, comme un regard en couverture par exemple. Mais j’accorde la même attention à tous les projets.
Dessiner une couverture de livre est ce qu’il y a de plus intéressant. C’est toujours un défi car vous devez trouver l’image qui va synthétiser l’ambiance du livre. Il faut montrer sans trop raconter.
.
.
.
.
Que souhaitez-vous réaliser à présent ?
.
.
.
.
J’écris actuellement un scénario. J’aime installer une ambiance particulière et plonger dedans, souvent sans vraiment savoir à quoi je vais aboutir. Les personnages prennent corps, les situations s’enchainent et au bout d’un moment, l’histoire est là. Je n’en serai cependant pas le dessinateur.
Je continue la peinture pour de prochaines expositions.
.
.
.
.

.
.
.
.
Photo de couverture : © Jean-Claude Götting/Folio Jeunesse







