Les mots et les images ne se mélangent pas – ils se complètent. Romans, bandes dessinées, photographies – Chloé Vollmer-Lo les aiment tous. Cette passionnée du récit est écrivaine, scénariste et photographe. A chaque fois, un récit se construit. La trilogie « Les Visages du Feu » (Editions Nathan) se nourrit de l’imagination précoce de Chloé Vollmer-Lo (elle avait déjà l’histoire en tête durant sa jeunesse). « L’Apocalypse selon Magda » (Edtions Delcourt – 2016), bande dessinée imaginée avec la dessinatrice Carole Maurel, traite par l’image la fin d’un certain monde.

Enfin, la photographe Chloé Vollmer-Lo capte avec son appareil photo des visages et des ambiances à la fois familiers et inconnus. Des histoires toujours des histoires.

Entretien avec Chloé Vollmer-Lo, conteuse de nos mondes.

.
.
.
.

Après une formation au théâtre, vous êtes devenue autrice, scénariste, photographe. Était-il tout de même évident pour vous de devenir artiste ?

.
.
.
.

© Chloé Vollmer-Lo

C’était inévitable. Même si j’ai eu un parcours assez classique (notamment une prépa littéraire), l’art a toujours tenu une place prépondérante dans ma vie, sous des formes diverses. J’ai par exemple suivi dès l’enfance une formation de théâtre. J’écrivais aussi assidûment. Pendant mon adolescence, j’ai composé des chansons, joué de la guitare, dessiné, découvert la photographie… Par crainte, j’ai tout de même fait le choix après le bac de continuer un parcours académique plutôt que de m’engager tout de suite dans une voie artistique.

Ma passion pour la photographie m’a peu à peu apporté des commandes et je suis ainsi devenue professionnelle avant même la fin de mes études. Si j’ai délaissé d’autres formes d’art au fil du temps, je n’ai cependant jamais cessé d’écrire.

Ce qui m’amuse, c’est que lorsque j’ai sorti mon livre « L’Apocalypse selon Magda », certaines personnes ont considéré que je restais une photographe qui s’essaierait à l’écriture, comme s’il était impossible que j’aie réellement deux casquettes, que je m’investisse dans ces deux arts avec la même implication. Pourtant, l’écriture a toujours fait partie de ma vie.

En tout cas, il est évident que l’art, au sens large, m’est essentiel et me passionne. Je ne me verrais pas exercer dans un autre domaine.

.
.
.
.

Les mots peuvent-ils vous influencer pour la création d’images ?

.
.
.
.

Les mots peuvent être des déclencheurs pour la photographie ou l’écriture, mais ils ne sont pas forcément une source privilégiée. Certaines lumières, certaines expressions corporelles peuvent tout aussi bien m’inspirer une image ou une histoire. Il s’agit d’interconnexions et de dialogues souterrains. En revanche, je suis toujours en recherche du mot juste lorsque j’écris, que ce soit au niveau du sens ou de sa sonorité.
.
.
.
.

© Chloé Vollmer-Lo

.
.
.
.

Qu’est-ce que la photographie permet ? La photographie est-elle une rencontre ?

.
.
.
.

Quand j’ai commencé la photographie, je prenais plutôt en photo mes proches. C’est comme ça que je me suis rendu compte que mes portraits leur apportaient quelque chose et leur donnaient une vision différente d’eux-mêmes. Je ne me suis jamais lassée de cette étude des visages.

Aujourd’hui, je travaille principalement en commande. Je suis donc constamment confrontée à l’inconnu et ça me plaît beaucoup. La photographie vous permet de prêter une attention accrue à l’autre et d’entrer dans son univers.

Ces commandes m’ont permis de solidifier mes connaissances techniques, de découvrir de nouveaux environnements et de tisser des liens plus facilement. La commande et l’appareil photo me sortent fréquemment de ma zone de confort. Et par l’image, d’une certaine manière, je fais de la traduction : je cherche à transformer les attentes plus ou moins abstraites de mes clients (des valeurs ou une personnalité à véhiculer, par exemple) en un langage visuel efficace, bien qu’intangible.

.
.
.
.

Enquêter, étudier, c’est une passion ?

.
.
.
.

© Chloé Vollmer-Lo

J’ai toujours aimé apprendre. Il m’est arrivé de me passionner pour des sujets qui, pourtant, étaient éloignés de ma personnalité et de mes centres d’intérêt. J’aime le reportage car il vous emmène toujours ailleurs.

Par exemple, j’ai beaucoup aimé travailler pour des écoles dans le domaine paramédical. Le personnel a un rapport si particulier avec le corps, différent de ma propre logique, ça m’a forcément intéressée. J’ai ainsi pu suivre des étudiants en première année de kinésithérapie. Le matin, garçons et filles se déshabillaient sans la moindre retenue et s’observaient afin de déceler toute anomalie. Leur anatomie était désexualisée et décomplexée. Ça m’a donné matière à réflexion et je suis certaine que ça enrichira d’une façon ou d’une autre ma pratique artistique.

Fait amusant par ailleurs : alors que je le prends peu en photo, j’écris beaucoup par le prisme du corps, il est ma porte d’entrée privilégiée vers l’intériorité du personnage.
.
.
.
.

La bande dessinée « L’Apocalypse selon Magda » devait-elle dès le départ être un conte en demi-teinte ?
.
.
.
.

Dès le début du projet, je souhaitais désamorcer le suspense concernant ladite apocalypse. J’ai donc annoncé dans un prologue en forme de flash-forward que, dans ce livre, la fin du monde n’aurait pas lieu. Il s’agissait de se recentrer sur l’intime et la psychologie de mes personnages, en particulier les adolescents. Cette période de la vie est selon moi une succession de fins de monde, ce qui me permettait de tisser des échos thématiques.

Le travail de Carole Maurel sur le dessin et les couleurs a considérablement enrichi cette histoire, lui a conféré une dimension supplémentaire. Par ses choix de palette, sa maîtrise des expressions du visage et son attention aux arrière-plans, elle a pu faire passer énormément de nuances par un biais non-verbal.
.
.
.
.

© Delcourt

.
.
.
.

Craignez-vous la fin du monde ?

.
.
.
.

Disons que l’état du monde ne me rassure pas.

.
.
.
.

La série de romans « Les Visages du Feu » est-il toujours une obsession ?
.
.
.
.

Oui, c’est une vieille obsession. La première fois que j’ai essayé d’écrire cette histoire, j’étais adolescente. Au fil des années, j’ai tenté plusieurs fois de mener le projet à terme plusieurs fois, mais je n’étais pas prête pour différentes raisons. Mais je n’ai jamais abandonné parce que je ressentais comme une dette envers la jeune fille que j’ai été et qui souhaitais ardemment publier ce roman.

Aujourd’hui, je suis très heureuse d’avoir attendu aussi longtemps pour écrire « L’Institut du Nouveau Lendemain » (tome 1 de la trilogie « Les Visages du Feu ») car ces années de maturation m’ont permis de savoir ce que je souhaitais réellement raconter.

Il y a eu de nombreux changements depuis les premières versions. J’ai néanmoins conservé certaines émotions, attentes et sensibilités de mon adolescence. J’ai tâché d’être fidèle à l’élan initial de ce livre.
.
.
.
.

© Chloé Vollmer-Lo

.
.
.
.

Avez-vous imaginé dès le départ réaliser 3 tomes ?

.
.
.
.

Non. Au départ, « L’Institut du nouveau lendemain » devait être un tome unique, mais lorsque j’ai terminé la première version du roman, j’ai eu envie de raconter la suite. En réfléchissant au tome 2, le tome 3 s’est imposé de lui-même. C’est l’histoire elle-même qui réclamait autant de livres : moi, je lui obéis.
.
.
.
.

Magda, les portraits, L2106,… les femmes sont-elles vos plus grandes héroïnes ?

.
.
.
.

Comme beaucoup de femmes de ma génération, j’ai été un garçon manqué car je pensais qu’être une femme était moins valorisant. Dans mes lectures, je trouvais que les rôles intéressants et l’agentivité étaient surtout réservés aux personnages masculins.

Au fil du temps, j’ai compris que les valeurs dites féminines étaient tout aussi intéressantes que les valeurs dites masculines, mais aussi que cette catégorisation était plutôt arbitraire. Nos imaginaires ont besoin de grandes héroïnes, mais aussi de protagonistes issus des minorités, quelles qu’elles soient.
.
.
.
.

Que souhaitez-vous réaliser à présent ?

.
.
.
.

Je souhaite terminer le tome 3 de ma trilogie « Les Visages du feu ». De toute façon, je n’imagine plus ma vie sans écriture.

Côté photo, je suis impatiente de recevoir de nouvelles commandes afin de découvrir de nouveaux univers et d’apporter mon propre regard sur le sujet.
.
.
.
.

© Brieuc Cudennec

.
.
Photo de couverture : © Camille Colin

PARTAGER