Anti-conformiste tendance anarchiste, Philippe Vuillemin barbouille, griffonne et surtout dessine avec force sa vision de l’Humanité. L’auteur des Sales blagues divise mais surtout rit avec nous.
Avec son humour graveleux et scatologique, Vuillemin dessine pour l’Echo des Savanes, Hara-Kiri, Grodada et Charlie Mensuel. A chaque fois, il ne passe pas inaperçu tant son talent et son ton font mouche.
Jusqu’au 21 février 2026 à la Galerie Huberty Breyne rue Chapon (Paris), Vuillemin expose ses planches. L’occasion de constater que son style reste toujours aussi pertinent.
Entretien avec Philippe Vuillemin, super-dessinateur.
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Adepte des histoires courtes et de la ligne provocatrice, avez-vous choisi d’être à la fin des années 70 (ère punk) un anti-Hergé ?
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Je n’ai rien contre Hergé. Je voulais juste dessiner à la façon des Américains comme Robert Crumb et Gilbert Shelton. J’aimais moins la BD belge mais je ne la détestais pas non plus.
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Enfant, vous dessiniez déjà la nudité. Les femmes sont-elles vos modèles préférés ?
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On me demandait de dessiner des filles nues mais c’était incomplet puisque je n’arrivais à faire les pieds et les mains. Je n’ai pas de préférence particulière. Avec leur gros nez et leur ventre c’est toujours plus ou moins les mêmes personnages que je dessine. Les femmes sont des hommes sans moustache (rires).
Dans la série des Sales Blagues, il y a pas mal de sexe. Les plaisanteries étaient assez vulgaires et misogynes. J’y apportais une certaine élégance afin de contrecarrer.
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Le dessin doit-il vous faire rire d’abord avant qu’il puisse être diffusé ?
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Je suis le premier à me marrer. Il m’arrive de retrouver des vieux dessins et certains continuent de me faire rire.
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Le professeur Choron a-t-il été une grande source d’inspiration ?
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Jean-Marc Reiser m’a fait entrer chez Hara-Kiri. Ce fut formidable car j’adorais lire le journal quand j’étais gosse.
Tout de suite, Choron s’est intéressé à moi. Au sein de la rédaction, je me suis senti vraiment chez moi. J’avais toute la liberté possible. Je ne me suis d’ailleurs jamais aussi bien entendu avec quelqu’un qu’avec le Professeur Choron. Lorsque je travaillais avec lui, les conneries jaillissaient rapidement. J’en racontais, il en racontait, je dessinais, il se marrait encore plus – c’était comme un match de ping-pong. Pour moi, la meilleure des récompenses c’était de faire rire Choron. Cela voulait dire que la blague et le dessin étaient bons.
Le professeur m’a trimballé partout avec lui. J’ai pu lui servir de canne (rires). A un moment, beaucoup avaient abandonné Choron. Moi, je suis resté auprès de lui. Wolinski m’a remercié pour cela.
Choron m’a appris l’exigence. Quand la blague s’approche de son esprit, je m’applique.
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« Hitler = SS » (1988) imaginé avec Jean-Marie Gourio a-t-il visé juste ? Livre censuré
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Avec Jean-Marie, nous avons toujours bien travaillé ensemble. L’idée d’« Hitler = SS » est venue lorsque nous avons appris que des homosexuels ayant été persécutés pendant la Seconde Guerre mondiale avaient été chassés d’une manifestation de d’autres déportés. Cela nous a choqués et nous avons voulu répondre par l’humour noir.
Au fil du temps, « Hitler = SS» a été censuré mais je le trouve toujours aussi drôle.
Lors d’une séance de dédicaces, Choron était à mes côtés. Un type se rapproche de nous tout en souriant. Il a lancé : « Je suis Juif » et a relevé sa manche de chemise et nous avons pu voir son tatouage de déporté. Il a ensuite sorti sa carte afin de confirmer son statut de victime du nazisme. Choron ne s’est pas démonté et a montré sa carte de membre de chez Castel. Tous les trois nous avons alors ri ensemble.
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Avez-vous du plaisir à dessiner l’animal ?
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Oui en particulier quand je faisais « Les Petits malheurs de Totote ». Choron écrivait les histoires, je dessinais la faune des campagnes et on publiait dans le magazine pour enfants Grodada.
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Les Sales blagues de l’Echo auraient-elles pu continuer ?
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Suite au décès de Reiser, j’ai repris le concept. Mais quand je lisais des livres de blagues, 90% étaient merdiques. A chaque fois, je les arrangeais à ma sauce. La série avait du succès. Même les enfants lisaient mes histoires. Tout s’est arrêté avec la fin de l’Echo des Savanes.
Pour Charlie Hebdo, il m’arrive encore de dessiner quelques sales blagues.
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Charlie Hebdo a connu des contestations suite au dessin « Les Brûlés font du ski – La comédie de l’année » qui faisait référence à la tragédie de Crans Montana le 1er janvier 2026. Est-il toujours difficile de dessiner ?
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J’étais à côté de Salch quand il a réalisé le dessin. Je lui ai dit : « Tu vas avoir des emmerdes sur les réseaux sociaux » (rires). Quoiqu’on en dise, le dessin est drôle et c’est le principal. Salch ne voulait blesser personne.
Un dessin est mauvais quand il ne fait pas rire – quand il n’est que mauvais goût. Lors d’une séance de dédicaces, une femme avec un beau manteau de fourrure est venue me parler. Je m’attendais à des réprimandes. La dame me dit alors : « Monsieur, j’adore ce que vous faites car il y a beaucoup d’humanité dans vos dessins ». Cela m’a touché. J’aime tous mes personnages car ils restent humains après tout.
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Qu’est-ce qui est de nos jours scandaleux ?
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Le monde est pourri mais ce n’est pas nouveau.
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Après 50 ans de travail, les idées fusent encore ?
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C’est toujours du boulot. Je cherche et parfois je ne trouve pas le bon ton. Je m’inspire en regardant CNews car les conneries sont déjà mâchées (rires). Je lis aussi la presse car mes dessins doivent être en lien avec l’actualité.
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Photo de couverture : © Brieuc Cudennec







