« Rendre visible les invisibles » – Voici la devise (et promesse) de la réalisatrice Erige Sehiri. Après « Sous les figues » (2022), son premier film de fiction, l’artiste franco-tunisienne revient en ce début d’année avec le poignant « Promis le Ciel ».

Marie (Aïssa Maïga) héberge Naney, une jeune mère en quête d’un avenir meilleur, et Jolie, une étudiante déterminée qui porte les espoirs de sa famille restée au pays. Quand les trois femmes recueillent Kenza, 4 ans, rescapée d’un naufrage, leur refuge se transforme en famille recomposée tendre mais perturbée dans par un climat social oppressant.

« Promis le Ciel » ne fait pas que rendre visible les invisibles. Le film montre que, malgré les obstacles, il existe toujours de l’espoir quand on associe ce dernier à la solidarité et à la tolérance.

Entretien avec Maïssa Maïga, actrice-« pasteure » de « Promis le Ciel ».

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« Promis le Ciel » est un film à la fois féminin et africain. Est-ce selon vous une lettre d’amour aux personnalités ?
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C’est une façon de voir le film oui. Derrière les archétypes, il y a des personnes. Les migrants sont bien souvent réduits à des chiffres. Ils ont pourtant tous une histoire, des espérances et des tempéraments divers. La réalisatrice Erige Sehiri aime ses personnages.

Humainement, j’ai moi-même beaucoup appris. Marie, mon propre personnage, est devenue pasteure avant d’avoir eu une vie de journaliste. Il a fallu me nourrir de connaissances et de réflexes.
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Par son prénom, par ses fonctions de pasteure, Marie est une sage parmi des individus tourmentés. Etait-ce un rôle avec beaucoup de responsabilités ?
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Marie prêche. Elle est donc naturellement une porte-parole. Cependant, Marie a des secrets et des blessures. Elle se retient pour s’exposer car elle mène une communauté. Marie n’a pas le droit à l’erreur.

J’aime beaucoup ce personnage car il est sans cesse en réflexion. Marie a plein de visages et de dimensions. Elle étudie la Bible afin de trouver les mots justes. J’ai de l’empathie pour Marie car c’est une femme qui est seule face à l’adversité. Elle vit dans la solitude – nous, tous, connaissons plus ou moins ce sentiment. Je me suis impliquée dans ce personnage.   

Je ne cherche pas à jouer des rôles dits nobles. Selon moi, un acteur doit être à la recherche de personnages forts et complexes. « Promis le ciel » révèle celles et ceux qui sont perçus comme des invisibles.
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En tant que réalisatrice, vous êtes observatrice lorsque vous êtes actrice. Comment échangiez-vous avec Erige Sehiri ?
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Erige a aimé le fait que je sois moi aussi réalisatrice. Nous pouvions échanger plus simplement. Erige me demandait parfois mon avis. Ce fut un énorme cadeau. Réalisatrice tunisienne, Erige s’interrogeait sur sa propre légitimité à raconter une histoire de migrantes subsahariennes. « Promis le ciel » lutte contre les stigmatisations. Erige, en tant Tunisienne, s’adresse aussi à celles et ceux qui ne connaissent pas la vie de migrant.
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« Promis le Ciel » a été présenté à Un Certain Regard à Cannes et au Festival International du film de Marrakech. Est-il accueilli différemment ?
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Nous présentons le film en France et prochainement en Côte d’Ivoire. A chaque fois, nous sommes surpris par l’accueil. Je n’ai pas été présentée « Promis le ciel » en Tunisie mais on m’a raconté que beaucoup de spectateurs ont découvert la dure réalité des migrants en regardant le film. Il était important de montrer que ce sont aussi des personnes qui vivent des moments de joie et d’espérances.
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En tant qu’actrice et réalisatrice, que souhaitez-vous explorer ?

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En tant qu’actrice, j’ai envie de continuer d’explorer l’âme humaine. Avec le temps qui passe, je m’appuie sur une expérience plus consistante. Je me connais mieux et j’ai donc acquis plus de libertés. J’ai moins d’angoisse.

En tant que réalisatrice, j’ai envie de raconter des histoires avec du souffle – en France ou sur le continent africain.
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