Avec son appareil photo, Anne-Sophie Benoît nous raconte des histoires. Passionnée par l’image, la jeune photographe trouve sa place dans la multiplicité. Reflets de nos cultures et de notre société, ses images intègrent la plus belle des fantaisies.

Photographe de mode et dans le monde de l’esthétique, Anne-Sophie Benoît construit un univers où les lumières, les ombres et le décor sont au service de l’humain. La mise en scène est splendide et fait écho à nos plus beaux rêves.

Entretien avec Anne-Sophie Benoît, photographe-conteuse.
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L’image a-t-elle toujours été une fascination pour vous ?

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© Anne-Sophie Benoît

Je n’ai pas grandi dans un environnement particulièrement tourné vers la culture visuelle : peu d’expositions, peu de cinéma etc. En revanche, j’ai eu la chance de vivre dans plusieurs pays d’Afrique grâce au métier de mon père. C’est en terminale, lors d’un séjour au Bénin pour l’un de ses chantiers, que j’ai reçu mon premier appareil photo. J’avais envie d’immortaliser cette vie à l’étranger.

Je n’ai pas suivi d’école de photographie, mais je regardais énormément de films, de séries et surtout de clips musicaux, qui ont été ma première vraie porte d’entrée vers l’image. En suivant la volonté de mes parents, j’ai d’abord intégré une école de commerce, sans réelle conviction. J’ai ensuite suivi une formation en webdesign et commencé à travailler en freelance dans la communication digitale, tout en continuant la photographie en parallèle. Je n’imaginais pas encore en faire mon métier.

C’est finalement en 2019 que j’ai décidé de devenir photographe à temps plein. C’était un saut dans l’inconnu, une forme d’aventure, mais une décision que je ne regrette absolument pas.

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Quand vous êtes-vous dirigée vers le monde de la mode ?

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J’ai commencé par la photographie de mariage, presque par hasard : mon premier contrat était le mariage de la sœur d’une amie. J’ai exercé pendant quelques années, mais au bout de deux ou trois ans, j’ai ressenti une vraie frustration. L’exercice me semblait contraignant et assez éloigné de mon envie de créer des images plus artistiques, avec davantage de liberté. C’est un exercice très formateur en revanche, je ne regrette pas d’être passée par cette étape.

En 2020, pendant la pandémie, les cérémonies ont été interrompues. J’ai profité de ce moment pour opérer un virage, me tourner vers la mode et commencer à prendre contact avec ce milieu. Le passage s’est fait progressivement.
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En quoi l’Afrique vous inspire ?

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L’influence de la culture africaine de ma mère dans mon travail est finalement assez récente. Je me suis longtemps sentie plus proche de ma part occidentale. C’est en approchant de la trentaine que j’ai commencé à interroger davantage cette partie de mon identité.

Lors de lectures de portfolios, un retour revenait souvent : il manquait de moi dans mes images. Cela m’a poussée à me questionner sur qui j’étais, ce que je voulais raconter, ce que je voulais transmettre.

En 2024, j’ai réalisé un projet photographique autour de la discrimination des cheveux afro dans le milieu professionnel occidental. Ce travail a marqué un véritable tournant dans ma pratique.
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© Anne-Sophie Benoît

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Marseille est-il un lieu de photographie parfait ?

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Ayant vécu douze ans à Lyon, je me rendais régulièrement à Marseille. J’ai toujours été attirée par la mer et la culture méditerranéenne. Lorsque j’y photographie, je me tourne souvent vers les calanques, que je trouve à la fois inspirantes et apaisantes.

Je ne crois pas qu’il existe de lieu parfait, d’autant plus que je me suis souvent retrouvée confrontée à des conditions météo très contraignantes lors de shootings à Marseille, mais il y a clairement des endroits avec lesquels on entretient un lien affectif plus fort que d’autres.
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Qu’avez-vous appris de plus sur l’être humain et son environnement ?

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Être photographe oblige à aller vers l’autre. Étant de nature assez introvertie, cela a représenté un véritable défi au début. Il faut apprendre à s’adapter aux équipes et aux clients, à fédérer, rassurer, tout en tenant une vision créative.

C’est un métier profondément humain, avec tout ce que cela implique : le meilleur comme le plus complexe. Il m’a aussi appris à dire non, à poser des limites, ce qui est extrêmement formateur.
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Les femmes sont-elles les meilleurs modèles ?
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Je suis sans doute davantage inspirée par les femmes, notamment parce qu’elles offrent une plus grande variété de poses. Les mannequins hommes avec lesquels j’ai travaillé ont souvent des postures plus normées.

Cela dit, pour moi, le genre ne devrait pas être un sujet. J’aimerais photographier davantage d’hommes, mais dans les faits, lorsque je lance des annonces sur Instagram, j’ai très peu de réponses de mannequins homme. J’aimerais montrer une masculinité différente, loin des corps musclés et ultra-dessinés. Or il y a encore très peu de diversité corporelle chez les mannequins hommes en agence. C’est la faute de l’industrie en général, mais cela ne facilite pas les choses.
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En quoi la mode (vêtements, cosmétique) est un formidable apport pour raconter des histoires ?
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J’aime beaucoup mélanger les univers. Je n’ai pas encore réalisé beaucoup de projets documentaires, mon travail est davantage orienté vers la mode et la beauté.

J’aime explorer, jouer avec les contraintes du studio, et je suis convaincue qu’on peut parfaitement mêler esthétique et narration. Une image très esthétique peut être un point d’entrée fort pour amener ensuite le spectateur vers un sujet plus profond.
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Y’a-t-il une musicalité dans vos images ?

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Oui, totalement. J’écoute de la musique tous les jours, et il y en a toujours lorsque je shoote ou que je retouche. Je vais d’ailleurs plus souvent à des concerts qu’à des expositions photo.

Si je n’avais pas été photographe, je pense que j’aurais travaillé dans le milieu de la musique. Dans l’idéal, j’aimerais beaucoup réaliser des clips. Pour moi, l’image et la musique sont intimement liées.
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Quelle bande-son peut-on écouter lorsqu’on regarde vos images ?

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J’écoute des styles très variés. En retouche, je peux passer du jazz au R’n’B, puis à l’électro. La bande-son de mes images change constamment. Je pense finalement que la bande-son idéale est celle qui nous inspire à l’instant présent.
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La peau est-elle un personnage à part entière dans votre travail ?

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La peau est une composante essentielle de notre identité. Les tatouages, les grains de beauté, les marques du soleil sont autant de détails qui racontent une histoire. Une peau photographiée peut nourrir l’imaginaire du spectateur.

En ce moment, je réfléchis à explorer la nudité masculine, un exercice qui me permettrait de sortir de ma zone de confort (rires). C’est encore en réflexion.

Je suis également très attirée par les visages, ce qui explique mon intérêt pour la photographie de beauté. En se concentrant sur un détail, on en apprend souvent beaucoup sur une personne.
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© Anne-Sophie Benoît
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Que souhaitez-vous explorer à présent ?

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J’ai envie de poursuivre cette quête d’identité. En tant qu’artiste, on passe beaucoup de temps à essayer de se connaître, de se comprendre et de traduire cela dans son travail. Je réfléchis aussi à la manière d’intégrer encore davantage la musique à ma pratique, notamment à travers la direction artistique de clips. J’ai encore énormément de choses à explorer, et toute une vie pour le faire.
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© Anne-Sophie Benoît
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Photo de couverture : © Anne-Sophie Benoît

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