Musicien depuis l’enfance, Cyril Morin a toujours gardé une place pour son autre passion : le cinéma. En tant compositeur, il a en effet toujours eu la mission de lier image et musique tout en laissant une place centrale au récit.

Ayant participé à des films comme « Samsâra » (2003), « La Fiancée syrienne » (2004) ou encore « Déesses indiennes en colère » (2015), Cyril Morin est un artiste international qui ajoute son style et sa sensibilité aux multiples projets. La musique est décidément une de nos plus belles interactions car les ondes n’ont pas de frontières.

Entretien avec Cyril Morin, compositeur et conteur d’histoires.
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Vous êtes devenu guitariste très jeune. La musique a-t-elle été une évidence pour vous ?

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J’ai commencé à l’âge de 5 ans. Cela s’est donc imposé tout de suite. Tous les jeudis matin, je suivais les cours d’un professeur qui était aveugle. Ce fut une expérience marquante. Mais lorsque j’ai intégré le conservatoire, cela s’est mal passé, pour des raisons de discipline. J’ai ensuite appris la guitare et ce n’est qu’à l’âge de 25 ans que j’ai acquis le niveau d’un professionnel.

Je jouais beaucoup dans des studios d’enregistrement. Mais par la suite, j’ai plutôt utilisé d’autres instruments que la guitare pour les musiques de film.  En 2017, j’ai réalisé un album, « New Dawn », qui s’inspire du style Jazz rock. Ce fut un plaisir de travailler avec des amis musiciens et de retrouver un certain esprit musical. Dans quelques mois, je sors un nouvel album, « Cymo » (mes initiales), qui sera dans l’esprit blues, soul, funk et rock. J’y exprime à nouveau mon côté guitariste.
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Comment est née votre collaboration avec le cinéma ?

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Enfant, j’étais destiné à faire du dessin avant même de faire de la musique. Cependant, je n’ai pas suivi d’étude en arts graphiques.

Vivant à Blois, petite ville de Province tranquille, je passais mon temps au cinéma de mon quartier. J’ai pu ainsi voir des dizaines et des dizaines de films incroyables. Cela a influencé ma vision de l’image et de la musique. A l’époque je jouais avec une multitude de groupes différents, et la musique, quant à elle, a changé ma vie. J’ai appris une forme de discipline de travail. J’ai pu ainsi, lors de mon adolescence, sortir de mauvais chemins en me structurant musicalement.

Bien plus tard, on m’a dit que ma musique fonctionnait avec l’image. Je n’en avais pas conscience mais il est vrai que je fais partie d’une génération d’artistes qui n’étaient pas destinés à devenir compositeurs de musique de films. C’est venu avec le temps. Cela m’a donné une grande liberté d’interprétation. Je continue mon travail dans cet esprit.  
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Avez-vous une aisance à lier musique et image ?

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Aujourd’hui, je reste concentré sur l’histoire plus que sur l’image – du moins, au départ. La musique que je propose repose avant tout sur le récit. Le visuel a une part importante dans la composition mais j’évite de me faire happer par l’image. Après une bonne expérience dans le cinéma, j’ai finalement compris que j’étais à la fois un filmmaker mais aussi un storyteller : Par la musique, je traduis des émotions, des instants. Ensuite, mon travail va s’enchevêtrer avec l’image, les mouvements de caméra et le jeu des acteurs. Le but est de raconter une histoire.
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Est-ce une réflexion avec le réalisateur ?

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Un film réunit une grande quantité de personnalités. Avec le réalisateur, c’est comme un travail de groupe. Ensemble nous démultiplions nos capacités et en cela, j’aime cette façon de travailler. J’écoute le réalisateur et je reste fidèle au scénario. Les images ne disent pas tout. La musique donne des émotions qui peuvent être cachées.

J’ai composé plus de 150 bandes originales pour le cinéma et la télévision. J’ai connu des expériences très différentes. J’ai pu composer de bonnes musiques avec des réalisateurs difficiles mais qui, malgré tout, restent passionnant. J’ai pu aussi connaître de beaux moments avec des projets plus légers. Chaque expérience est bonne à prendre.
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La musique a-t-elle également été synonyme de voyages ?
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J’ai la chance d’être appelé à l’autre bout du monde ou sur un sujet très éloigné de mes expériences passées. La variété des pays, des langues ou des cultures m’a toujours beaucoup enrichi. J’aime étudier une nouvelle culture musicale depuis mon studio mais je n’ai pas nécessairement besoin de partir de l’autre côté du globe pour cela.  Mon travail est varié et n’a pas de frontières.
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« Mafiosa, le clan », « Borgia »,… La série demande-t-elle une musique plus simple ?

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Cela l’a été. Le compositeur Lalo Schifrin disait que le générique d’une série TV était un télégramme alors que la musique de film était une longue lettre d’amour. Autrefois, la musique du générique d’une série devait vous déconnecter de vos activités de la maison.

De nos jours, pour des raisons diverses, il y a eu des évolutions. Une série comme Madmen développe beaucoup l’aspect psychologique. La musique doit en être le reflet. Ce n’est plus le générique qui attire mais l’ambiance de la série et des personnages plus complexes.
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Est-ce une autre façon de travailler lorsqu’on collabore avec Madonna ou Kerry James ? Y’a-t-il une compréhension musicale différente aux Etats-Unis ?
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Pour ces projets, n’étant pas compositeur mais orchestrateur, j’ai dû m’adapter différemment. La chanson est selon mois plus contraignante que la musique de films.  Vous devez vous intégrer aux désirs de la production et vous adapter au style musical comme avec Madonna pour qui j’ai finalement orchestré la chanson « Paradise « . Personne ne le sait, mais à l’époque, j’ai voulu rendre hommage au compositeur Georges Delerue. Pour cela, j’ai créé une atmosphère particulière, et pour le pont, un faux trois temps sur quatre temps. Mozart se le permettait, contre les critères de l’époque. Pourquoi pas avec la chanson de Madonna.
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Souhaitez-vous continuer une carrière de réalisateur ?

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Dans mon évolution, je suis passé de la musique à la composition et à la composition de musique de films, puis réalisateur. Aujourd’hui, je me sens plus comme un storyteller. Depuis toujours, je cherche à raconter des histoires – que ce soit par la musique ou l’image. Cela vient de la même personne.
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Que révèle l’album-compilation « 25 » ?

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C’est la première fois où j’ai pu réunir dans un seul « lieu » mon travail. En 25 ans, j’ai pu composer avec des sons de cultures très différentes. Il a fallu me replonger dans des centaines de compositions afin d’en choisir seulement 25.

De plus, je tenais à ajouter des musiques qui ne sont jamais sorties en France. Comme pour « Last Film Show », l’entrée des Oscars concernant l’Inde en 2022. C’est le film de Pan Nalin qui a été projeté pendant 2 ans au Japon. Pourtant, il n’a jamais été montré en France. J’ai travaillé sur d’autres films qui ont connu le succès mais ont connu des sorties bien trop discrètes. Pareil pour « Cold Meat » pourtant numéro 1 en Angleterre.

« 25 » permet d’écouter des musiques d’origines diverses. Il était évident que « Samsâra » devait être présente. Mais j’ai fait en sorte que les musiques choisies, s’orientent vers l’avenir.
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Quels sont vos projets ?

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La prochaine composition est une musique pour un documentaire pour la télévision américaine. En 2025, j’ai composé la musique pour un musée en Arabie saoudite. L’inauguration aura lieu prochainement.

J’aime varier les projets et mêler la musique et l’image. J’adore travailler et rencontrer de nouvelles personnes. Jusqu’à l’âge de 40 ans, j’étais essentiellement en studio, maintenant j’aime voyager à la fois dans les airs et dans les différentes disciplines artistiques.
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