L’univers littéraire de Georges Simenon est à la fois gigantesque et fascinant tant il décrit avec justesse les doutes et les malheurs des hommes et des femmes. Simenon n’est-il pas le romancier de Belgique le plus lu et le plus traduit dans le monde ? Des Etats-Unis au Japon en passant par l’Italie, les écrits de Georges Simenon connaissent un formidable succès.
Encore de nos jours, l’«artisan» de Liège suscite l’inspiration au cinéma comme en bande dessinée. Dans la collection Simenon – les Romans durs, le scénariste français José-Louis Bocquet s’est associé au dessinateur espagnol Javi Rey afin d’adapter le roman « Quartier nègre » (1935). La bande dessinée est une réussite tant sur le plan graphique que sur le plan narratif.
Entretien avec Javi Rey, dessinateur de « Barrio Negro » (Editions Dargaud 2026) sur son lien avec la bande dessinée et l’univers de Georges Simenon.
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Le fait que vous soyez Espagnol fait-il de vous un dessinateur recherché par les auteurs français et belges ?
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Je ne pense pas que ma nationalité soit un élément important. Mon dessin rappelle la ligne claire tout en ayant un aspect plus contemporain. Peut-être que cela pourrait être ça. Les Espagnols ne constituent pas un groupe homogène. Nous avons tous nos différences. Certains artistes ont des références européennes et d’autres asiatiques et américaines.
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Que ce soit pour « Adelante », pour « Un Maillot pour l’Algérie » et pour « Barrio Negro », vous avez beaucoup dessiné les Français. Est-ce que ce sont des personnages particuliers ?
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C’est parce que les scénaristes de ces albums sont Français. Ils aiment parler de l’Histoire de leur pays. Et lorsqu’on arrive sur un marché comme celui de la bande dessinée en tant que dessinateur, le plus courant est de commencer en collaborant avec des scénaristes francophones.
J’ai aimé travailler sur ces albums car il n’y a jamais eu de point de vue neutre ni complaisant envers le récit historique officiel. C’était même des regards critiques. « Adelante » traite de l’invasion française en Espagne tandis que « Un Maillot pour l’Algérie » (Editions Aire Libre – 2016) traite de la colonisation.
En tant que dessinateur, mon rôle est de composer les bons personnages. Peu importe sa nationalité, ce qui compte, c’est son intériorité. J’adapte mon dessin aux traits de caractères. C’est une façon pour moi de faire comprendre aux lecteurs la profondeur de chaque personnage.
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Violette Morris a-t-il été un « monstre » comme les autres ?
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Je ne juge pas mes personnages, j’essaie de les dessiner. J’essaie d’être eux pendant que je les dessine, tout cela dans la fiction. C’est ça la magie de raconter des histoires. Violette est l’un des personnages les plus complexes avec lesquels je pense travailler un jour.
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Georges Simenon est l’écrivain belge le plus lu dans le monde. Comment est-il perçu en Espagne ?
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Il est surtout connu pour ses polars. Mais aujourd’hui, je ne pense pas qu’il soit beaucoup lu.
En ce qui concerne ma relation avec son œuvre, il y a 20 ans, dans la bibliothèque de mon village, je suis tombé par hasard sur deux de ses romans, « Le Petit saint » (1965) et « Quartier nègre » (1935). Ils m’ont fasciné à l’époque.
Le hasard a voulu que, vingt ans plus tard, étant moi-même auteur de BD, Dargaud me propose de participer à cette belle collection d’adaptations. Je pouvais même faire des propositions. J’ai alors eu l’idée d’adapter « Quartier nègre ». Dargaud a accepté et José-Louis Boquet a écrit le scénario de « Barrio Negro ».
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Comment avez-vous travaillé avec José-Louis Boquet ?
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José-Louis était directeur de la collection Aire Libre chez Dupuis. Nous nous connaissons depuis longtemps. Il a vu mon évolution en tant qu’auteur depuis ma premier bande dessinée. José Louis a même été mon éditeur pour « Un ennemi du peuple » une adaptation BD d’une pièce de théâtre de Henrik Ibsen.
Il est facile de travailler avec lui, toujours ouvert au dialogue et doté d’une immense culture graphique et littéraire, capable de donner le conseil approprié à chaque fois. Un vrai cadeau.
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Avez-vous fait beaucoup de recherches sur le Panama des années 30 ?
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Pour chaque projet, je fais en effet beaucoup de recherches afin de décrire au mieux les lieux de l’intrigue. Sans être le plus rigoureux possible, je veux trouver la bonne ambiance.
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Joseph Dupuche, le personnage principal, évolue tout au long de l’album. Est-ce que ce fut difficile de trouver le bon visage ?
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Joseph change beaucoup en effet. Au début, il est assez frêle et élégant, puis il devient costaud et rustre. En tant que dessinateur, le dessiner a été un vrai plaisir.

Dans ma lecture il y a 20 ans, je me souvenais de Dupuche comme quelqu’un en recherche de liberté. Pour l’adaptation BD, j’ai dû relire « Quartier Nègre ». Aujourd’hui quarantenaire, j’ai mieux compris son conflit entre ambition et résignation, entre les contraintes et pressions sociales et le désir d’y échapper, ainsi que la difficulté d’y parvenir. À 20 ans, je voyais les choses différemment.
Dupuche souhaite fuir la pression du monde qui l’entoure – ces Français qui ne le comprennent pas. Au fil de l’histoire, il ne cherche plus l’ambition mais la joie de vivre.
Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que chaque lecteur a son propre point de vue. Certains comprennent Dupuche, d’autres moins…
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Quels sont vos projets ?
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Je travaille sur plusieurs projets en même temps, rien de ce que je peux encore révéler. Je vous l’expliquerai lors de la prochaine interview !
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